L’État de Washington se désengage de Caterpillar et la capitale, Olympia, bloque les investissements dans l’apartheid

23 mai 2004 - Des enfants courent se mettre à l'abri alors que des bulldozers Caterpillar D-9 de l'armée israélienne démolissent des maisons dans le camp de réfugiés de Rafah, au sud de Gaza - Photo : Lefteris Pitarakis via MintPress

Par Lois Pearlman

Le bureau du trésorier de l’État de Washington a annoncé avoir vendu ses 62 millions de dollars d’obligations Caterpillar, et le conseil municipal d’Olympia a voté à l’unanimité pour bloquer les investissements dans des entités impliquées dans l’apartheid ou une occupation illégale.

Vingt-trois ans après que Rachel Corrie est morte, écrasée par un bulldozer Caterpillar à Gaza, une certaine justice lui a été rendue par le biais de deux succès en matière de désinvestissement dans son État natal de Washington.

Le mois dernier, le bureau du trésorier de l’État de Washington a vendu les 62 millions de dollars d’actions Caterpillar qu’il détenait, et le 24 mars, le conseil municipal d’Olympia, dans l’État de Washington, a inclus, à l’unanimité, dans sa politique d’investissement éthique, une disposition ferme qui exclut tout investissement dans des entités se livrant à l’apartheid ou à une occupation illégale.

Rachel défendait la maison de la famille Nasrallah à Rafah, à Gaza, où elle était hébergée en tant que volontaire du Mouvement de solidarité internationale. Olympia est la ville où Corrie a grandi, et où sa famille réside toujours.

Avec la vente des obligations Caterpillar par le trésorier de l’État, Mike Pellicciotti, l’État de Washington devient le premier État américain à se désinvestir de toutes les entreprises figurant en tête de la liste [short list] du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), selon Noam Perry, coordinateur de recherche au Centre d’action pour la responsabilité des entreprises de l’American Friends Service Committee.

Cette liste se concentre sur les sociétés cotées en bourse profondément impliquées dans l’apartheid israélien. Selon des organisations de défense des droits humains, Israël utilise depuis des décennies des bulldozers Caterpillar pour démolir des maisons palestiniennes.

Le communiqué du bureau du trésorier indique, à propos de la vente des actions Caterpillar : « Ces mesures ont été prises afin de générer des liquidités et de réaffecter les investissements conformément au portefeuille obligataire 2026 approuvé par l’équipe d’investissement du Trésor, qui inclut de nouvelles sociétés qui nécessitent investissement. »

En d’autres termes, son équipe d’investissement a jugé que les actions Caterpillar constituaient un investissement risqué, étant donné que d’autres entités se désengagent de l’entreprise, comme la Norvège, les Pays-Bas et le comté d’Alameda en Californie.

Mais Perry a déclaré à Mondoweiss qu’il ne s’agissait pas seulement de cela : « Nous savons pertinemment que c’était à cause de la pression des militants du BDS ».

Rae Levine, de Seattle Jewish Voice for Peace (JVP), a confirmé cette assertion. En collaboration avec Washington for Peace and Justice, une organisation dirigée par des Palestiniens, ces organisations avaient passé plus d’un an à faire pression sur le Washington State Investment Board pour qu’il se désengage de l’apartheid israélien.

Levine a expliqué que l’État dispose de deux sources de financement : le Washington State Investment Board, qui gère les fonds de pension, et le Bureau du trésorier, qui gère les fonds de fonctionnement de l’État. Selon Diana Fakhoury, de Washington for Peace and Justice, le Washington State Investment Board détient toujours dans son portefeuille des investissements dans 53 entreprises figurant sur la short list du BDS, pour un montant d’environ 1 milliard de dollars.

Selon Dov Baum, directeur de l’AFSC Action Center for Corporate Responsibility, lorsque les militants cherchent à obtenir un désinvestissement, ils ciblent les budgets de fonctionnement d’une entité, car « cela peut se faire facilement puisque ces fonds sont généralement gérés par un trésorier ».

« Nous nous intéressons généralement aux budgets de fonctionnement, pas aux fonds de retraite », a expliqué Baum. « Très peu de fonds de pension ont des considérations éthiques, car ces fonds doivent être stables et à long terme. Et il est très difficile d’y modifier quoi que ce soit. »

« Et nous considérons cela comme un désinvestissement total. »

En tant que trésorier de l’État, Pellicciotti avait déjà mis en place une politique d’investissement responsable sur le plan environnemental et social pour son département, et les militants n’ont eu qu’à lui faire remarquer que Caterpillar ne répondait pas à ces normes. Son bureau a examiné l’investissement dans Caterpillar et a découvert que d’autres entités s’étaient désengagées de l’entreprise, ce qui rendait celle-ci risquée et controversée.

« Lorsqu’un trésorier déclare qu’un investissement est risqué, cela a beaucoup de poids », a déclaré Levine.

La prochaine étape pour la coalition consiste à convaincre le comité d’investissement de l’État d’adopter une politique d’investissement responsable. Elle soutiendra un projet de loi intitulé Responsible Investment Act, qui n’a pas été adopté par l’Assemblée législative de l’État lors de cette session mais qui sera probablement présenté à nouveau lorsque l’Assemblée se réunira en janvier 2027.

Dans une déclaration publiée par l’entreprise de matériel lourd basée dans l’Illinois, Caterpillar a continué de nier toute responsabilité quant à la manière dont Israël utilise les bulldozers qu’il lui achète. Après avoir déclaré « Nous ne tolérons pas l’utilisation illégale ou immorale de tout équipement Caterpillar », Caterpillar a ajouté qu’elle était « soumise à des exigences anti-boycott strictes en vertu de deux lois américaines ».

L’initiative de désinvestissement à Olympia, dans l’État de Washington, est un cas à part, car la politique d’investissement récemment amendée a été approuvée à l’unanimité par le conseil municipal.

Le texte mis à jour stipule notamment : « La ville s’abstiendra d’investir dans des entreprises dont les activités principales relèvent d’industries nuisibles, telles que le tabac, les combustibles fossiles, l’incarcération de masse ou la détention d’immigrants, et les armes de toute nature, ou dans des entreprises ayant un historique constant d’implication directe dans de graves violations des droits humains telles que l’esclavage et le travail forcé, les crimes de guerre, l’occupation militaire illégale, la ségrégation raciale ou l’apartheid. »

Clark Gilman, membre du conseil municipal et l’un des premiers partisans de cette initiative, a déclaré : « J’espère que cela incitera d’autres collectivités locales à se joindre à nous pour affirmer que nos investissements ne doivent pas soutenir les auteurs de violations des droits humains, les énergies fossiles ou les armes de guerre. »

Pour Cindy et Craig Corrie, les parents de Rachel Corrie, ces deux mesures de désinvestissement sont l’aboutissement d’un long parcours qui a notamment consisté à intenter des poursuites contre Israël et Caterpillar, à solliciter l’aide de responsables du gouvernement américain et à fonder la Fondation Rachel Corrie pour la paix et la justice au cours des mois difficiles qui ont suivi la mort de Rachel.

Bien que plusieurs responsables américains, dont l’ancien secrétaire d’État Antony Blinken, aient reconnu que l’enquête israélienne sur la mort de Rachel n’était pas concluante, les États-Unis n’ont jamais fait pression sur Israël pour qu’il mène une enquête plus approfondie. Et les tribunaux israéliens, statuant sur les poursuites judiciaires engagées par les Corrie contre Israël, ont jugé que la mort de Rachel était un accident.

Lorsque la famille Corrie a intenté un procès contre Caterpillar, au nom de Rachel et de quatre familles palestiniennes victimes de démolitions israéliennes menées à l’aide de bulldozers Caterpillar, les tribunaux fédéraux de district américains ont rejeté l’affaire. La cour a estimé que, puisque les États-Unis avaient financé les bulldozers Caterpillar, il serait inadmissible que la cour s’immisce dans les décisions de politique étrangère du pouvoir exécutif.

L’ancien représentant américain de Washington, Brian Baird, a même présenté en 2003 un projet de loi demandant une enquête approfondie. Bien que 78 membres de la Chambre des représentants aient coparrainé cette mesure, elle n’a jamais été soumise au vote.

Mais la famille Corrie, dont fait partie Sarah, la sœur de Rachel, n’a jamais baissé les bras, continuant à œuvrer pour la justice en Palestine au niveau local, par le biais de la Fondation Rachel Corrie et en collaboration avec d’autres organisations.

« Nous n’avons jamais eu le sentiment que nos efforts étaient une perte de temps », a déclaré Cindy Corrie lors d’un entretien téléphonique. « Ils constituaient tous des étapes du processus. »

À la suite du début de l’offensive israélienne sur Gaza en octobre 2023, ce processus les a amenés à former une alliance avec d’autres militants d’Olympia, appelée Palestine Action of the South Sound (PASS), qui a mené la campagne en faveur d’une politique d’investissement éthique. Olympia est située au sud du Puget Sound.

Selon Perry, le désinvestissement fondé sur des politiques d’investissement responsable est la voie de l’avenir. Le site web « Divesting for Palestinian rights » (Désinvestir pour les droits des Palestiniens) de l’American Friends Service Committee répertorie des dizaines de villes, de comtés, d’États, d’universités et d’organisations qui ont désinvesti des actions israéliennes ou des entreprises soutenant l’apartheid israélien.

Le Centre d’action pour la responsabilité des entreprises de l’organisation offre des conseils et un soutien aux groupes travaillant sur le désinvestissement. Cindy Corrie a déclaré que Perry et Baum avaient aidé à coordonner les efforts tant au niveau de l’État de Washington qu’à Olympia, allant même jusqu’à se rendre en personne à Seattle pour travailler avec eux.

« Tout cela est un excellent exemple de ce qu’on peut obtenir et que, de fait, on finit par obtenir », a-t-elle conclu.

6 avril 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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