Francesca Albanese est rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés - Photo : via Globovisión
Par Mahmoud Senadji
Sur cette terre de France – qui a connu les années sombres de l’Occupation nazie dans lesquelles une partie de la France et de loin la plus représentative, s’est alliée aux Nazis et aveuglée par son antisémitisme répandu dans son aile droitière et fascisante – est tombée au plus bas en s’impliquant activement dans l’idéologie exterminatrice des Juifs prônée par le Nazisme.
Après avoir défendu le Gouvernement de Vichy en qui il voyait le représentant de la France dans la personne du Maréchal Pétain, un homme affecté d’une infirmité mais animé d’une foi chrétienne et d’un grand courage s’est élevé pour dénoncer l’inacceptable, l’abominable que toute conscience humaine devait condamner.
Il rédigea une lettre de protestation qu’il fît lire dans les églises du diocèse à Toulouse lorsqu’il fut informé des scènes tragiques et inhumaines endurées par deux convois de juifs étrangers les 8 et 10 août 1942 en quittant le camp de Récébédou pour se rendre à la gare à pied.
Dans cette lettre où il fait appel au devoir d’humanité des Français en leur rappelant que « les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes, tout n’est pas permis contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. IIs font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. »
L’écho de cette lettre se répandit dans toute la France et gagna les cœurs de toutes les couches sociales et religions confondues en créant un élan de solidarité qui marque encore l’histoire de France : le mouvement des Justes.
Cette appellation « Les Justes » s’est gravée dans les esprits et dans l’histoire plus que dans le nom de son initiateur : Jules-Gérard Saliège, l’Archevêque de Toulouse.
Plus de quatre-vingts ans après, sur cette terre de France qui porte dans sa conscience la tradition des Droits de l’Homme et du respect de la personne humaine et s’est salie en se rendant responsable de ces horreurs, des voix françaises, représentant la France gouvernementale et parlementaire [1] se sont dressées dans un air martial pour demander la démission de Francesca Albanese, rapporteuse de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens.
Quel est le crime d’Albanese ? Celui d’avoir rappelé, elle aussi, à son tour, à la face du monde, le spectacle d’une terreur génocidaire dont est victime le peuple palestinien.
Devant cette réalité tragique d’un peuple qu’on a arraché et chassé de sa terre et qui vit en tant que réfugié depuis 1948, le voilà maintenant, devant nos yeux, livré à la volonté de sa suppression en tant que peuple.
Une voix onusienne, armée de sa morale humaine et de sa mission au service des droits de l’homme ne fait que décrire la vérité de la situation et nous rappeler à notre devoir d’humanité.
Une voix à honorer. Non à condamner. L’histoire se répète, hélas, d’une façon tragique. Ceux qui l’ont condamnée, ont commencé par la calomnier en travestissant ses paroles et en l’accusant d’être l’ennemi des Juifs et du peuple d’Israël.
Nous assistons à un moment de basculement historique des valeurs humaines où le criminel n’est pas celui qui commet le crime mais celui qui le dénonce. Car, les accusateurs, de mauvaise foi, accusent le dénonciateur de s’attaquer à la personne en tant que telle alors que le dénonciateur, lanceur d’alerte, ne fait que nommer les faits.
Toute cette campagne institutionnelle pour salir une honnête et consciencieuse personne a été orchestrée pour déplacer l’épicentre du problème, celui d’une idéologie qui vise l’anéantissement de tout un peuple, tout en masquant la responsabilité du gouvernement israélien dans cette tragédie et celle de ses complices qui le financent et l’arment et les voix de tous ceux qui lui apportent leur soutien inconditionnel.
Faisant preuve de ténacité et d’un grand courage car c’est une Juste parmi les Justes, Francesca Albanese, est la gloire des victimes, de toutes les victimes, et dans ce moment planétaire, en leur mémoire et en leur nom, nous demandons qu’elle soit honorée du Nobel de la Paix.
Et nous les « Remplaçants » dans cette France toujours en mutation, nous disons à celles et à ceux qui ont voulu la dénigrer et l’abattre, que Oui, vous êtes Français mais, vous n’êtes pas la France.
Nous disons aussi à nos compatriotes de confession juive, aux Inconditionnels de la politique de Netanyahu, aux encartés qui se reconnaissent dans le Conseil représentatif des institutions juives ainsi qu’aux Franco-israéliens enrôlés dans l' »armée israélienne, qu à votre tour, vous êtes contaminés par l’idéologie suprémaciste et ainsi le Palestinien, l’Arabe, le musulman redeviennent une quantité négligeable donc effaçable, et de ce fait, vous ne pouvez prétendre parler au nom des Juifs de France [2] ni défendre les valeurs de la République ni les valeurs du judaïsme.
« Plus fort que le glaive est mon esprit », citation écrite sur le fronton de la synagogue de Strasbourg et chaque jour contredite par les faits du gouvernement israélien à Gaza.
Dans cette construction idéologique de civilisation judéo-chrétienne que les Maîtres du présent ont élaborée en Occident pour exclure la troisième religion abrahamique, nous ne retrouvons ni la sagesse athénienne ni la morale de Jérusalem mais uniquement l’idéologie de puissance de l’homme blanc que Trump symbolise parfaitement, à l’heure de son crépuscule et qui signe le glas de l’humanisme occidental.
Notes :
[1] En l’occurrence le Ministre des Affaires Étrangères, Jean-Noël Barrot à l’Assemblée Nationale, le 10 février 2026, le chef du Gouvernement, Sébastien Lecornu, lors du dîner du CRIF, le 20 février et certains parlementaires dont la chef de file Caroline Yadan, à l’origine de cette campagne de désinformation.
[2] Nous ne manquerons pas de rappeler notre admiration pour les Français de confession juive qui résistent, pour les associations telles que UJFP, Tsedek ! et pour toutes les autres personnalités indépendantes, telles Georges Yoram Federmann, Rony Braumann, Edwy Plenel etc…
Auteur : Mahmoud Senadji
* Mahmoud Senadji est ancien professeur à l’Ecole supérieure des Beaux-Arts d’Alger.
9 mars 2026 – Transmis par l’auteur.

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