Khan al-Ahmar résiste face à la violence et aux bulldozers

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Les forces israéliennes d'occupation usent d'une rare violence face aux habitants de Khan al-Ahmar qui refusent la destruction de leurs foyers - Photo : MaanImages
Tamara NassarLe 5 juillet, la Haute Cour d’Israël a temporairement suspendu la démolition de la communauté bédouine de Khan al-Ahmar, face aux fortes protestations des habitants et des militants solidaires, et aux critiques internationales qui ne font que s’amplifier.

Plus tôt cette semaine, Israël a commencé ce qui pourrait être la destruction complète et définitive du village occupé de Cisjordanie – un acte qui serait un crime de guerre.

Les forces militaires israéliennes sont arrivées dimanche dans le village pour commencer les préparatifs de démolition.

Certains des quelque 200 habitants de Khan al-Ahmar ont tenté de résister à l’invasion israélienne sur leurs terres, mais les forces d’occupation les ont battus et arrêtés.

Des dizaines de villageois ont été blessés et quatre ont été hospitalisés, ont déclaré des sources médicales palestiniennes aux médias mercredi.

Cette vidéo montre que les forces israéliennes réagissent avec une violence extrême contre les Palestiniens, femmes et hommes, qui tentent de défendre leurs maisons contre les bulldozers, tandis que les enfants terrifiés les regardent. Un homme peut être vu avec la tête en sang.

. . @JCBmachines est une multinationale anglaise qui aide Israël à démolir le village palestinien de #Khan_AlAhmar, en violant les droits de l’homme et se rend potentiellement complice de crimes de guerre. Les avocats palestiniens exhortent le gouvernement britannique à prendre des mesures.

La Cour a donné au gouvernement israélien jusqu’au 11 juillet pour répondre à l’affirmation de la communauté selon laquelle des permis de construire lui ont été refusés, mais les Palestiniens n’ont aucune confiance dans l’injonction temporaire de suspension, étant donné que le même tribunal a précédemment approuvé leur expulsion.

« L’ambiance est meilleure, les gens sont moins un peu moins inquiets, mais nous sommes toujours sur le qui-vive », a déclaré à Reuters Mahmoud Abu Dahouk, âgé de 51 ans. Dahouk est né dans le village.

Démolitions à proximité

Alors que les yeux étaient tournés vers Khan al-Ahmar, Israël a démoli une douzaine de structures dans la communauté palestinienne d’Abu Nuwwar mercredi. En conséquence, 62 Palestiniens, dont la moitié sont des enfants, ont été laissés sans abri, selon le groupe israélien des droits de l’homme B’Tselem.

Ce matin, Israël a démoli 9 habitations et 3 bâtiments de ferme dans la communauté palestinienne d’Abu a-Nuwar, près de la colonie de Ma’ale Adumim. 62 personnes – dont la moitié sont des mineurs – se sont retrouvées sans domicile. Début février, Israël a démoli deux salles de classe dans la communauté.

B’Tselem בצלם بتسيلم (@btselem) 4 juillet 2018

« Les enfants d’Abu Nuwwar ne devraient pas connaître le traumatisme du déplacement que les générations précédentes de réfugiés palestiniens ont déjà connu », a déclaré l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine.

Plus tôt cette année, les forces d’occupation israéliennes ont démoli deux bâtiments à Abu Nuwwar. La destruction a laissé plus de 25 enfants dans les troisième et quatrième années sans un lieu pour étudier.

L’école a été construite avec des fonds de l’Union européenne et de l’Autorité palestinienne en septembre, mais l’UE n’a rien fait pour que Israël soit tenu responsable de la destruction des salles de classe.

Cela est cohérent avec l’inaction de l’UE face aux dizaines de millions de dollars de projets qu’elle a financés et qu’Israël a détruits ces dernières années.

Jeudi, les forces israéliennes ont démoli la maison d’une famille palestinienne dans la communauté de Susiya dans les collines du sud d’Hébron.

Les soldats ont également battu des membres de la famille de huit personnes lorsque ceux-ci ont tenté de résister à la démolition, qui s’est produite sans avertissement.
groupe

Complicité de l’Union européenne

Mardi, l’armée israélienne a fait de Khan al-Ahmar une zone militaire fermée, bloquant les routes à l’intérieur et menant au village.

Les forces israéliennes d’occupation ont également empêché les diplomates européens d’entrer dans le village, les empêchant de visiter l’école du secteur.

L’école a été construite en 2009 avec des pneus en caoutchouc et de la boue séchée dans le but d’échapper aux restrictions imposées par Israël aux Palestiniens et qui interdisent l’utilisation du ciment pour la construction. Elle sera également détruite avec le village.

Cela laissera 160 enfants de cinq villages sans école.

L’Union européenne fait rarement état des violations des droits des Palestiniens par Israël. Elle a par exemple été incapable de condamner les récents massacres israéliens de civils non armés à Gaza.

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Mais l’UE a critiqué la destruction prévue de Khan al-Ahmar, non pas par souci de ses habitants, mais parce qu’Israël projette de construire des colonies sur ses terres.

L’UE considère cela comme un nouveau coup porté à la solution déjà moribonde dite « à deux États ».

Khan al-Ahmar, Abu Nuwwar et Susiya font partie des communautés qu’Israël menace de démolir et de transférer de force dans la zone C.

Israël refuse dans la pratique d’autoriser toute construction palestinienne dans la zone C, qui constitue 60% de la Cisjordanie occupée aux termes des accords d’Oslo signés au début des années 1990. Cela oblige les habitants à construire sans permis et à vivre dans la peur constante de la démolition.

De nombreux dirigeants israéliens demandent maintenant l’annexion pure et simple de la zone C.

Khan al-Ahmar et Abu Nuwwar se trouvent dans une zone à l’est de Jérusalem appelée E1, où Israël projette d’étendre ses méga-colonies de Maaleh Adumim et de Kfar Adumim et de les relier à Jérusalem.

Selon l’ONU, plus de 8000 Palestiniens sont menacés d’un transfert forcé par Israël dans le centre de la Cisjordanie, dont 3500 dans la zone E1.

L’expansion des colonies dans la zone E1 isolerait les parties nord et sud de la Cisjordanie les unes des autres, excluant la possibilité d’un état palestinien contigu.

Malgré ces risques élevés, l’UE n’a pris aucune mesure pour dissuader Israël de procéder à la destruction de Khan al-Ahmar et d’autres communautés.

Complicité active d’entreprises internationales

Les défenseurs des droits de l’homme soulignent la complicité des entreprises qui vendent les équipements qu’Israël utilise pour transférer de force des Palestiniens.

« Les entreprises ayant leur siège au Royaume-Uni soutiennent directement la destruction des maisons et des écoles palestiniennes à Khan al-Ahmar, Abu Nuwwar et d’innombrables autres villages », a déclaré Ryvka Barnard de la Campagne War on Want.

« Des sociétés comme CAT [Caterpillar] et JCB tirent profit d’activités illégales – et dans ce cas, de crimes de guerre. »

« Poursuivre la démolition de Khan al-Ahmar n’est pas seulement profondément cruel; il s’agira également d’un transfert forcé, qui est un crime de guerre », a déclaré Magdalena Mughrabi, directrice adjointe d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

« Israël doit être tenu responsable de ces violations graves de la quatrième Convention de Genève. »

Jeudi, les responsables de l’ONU ont également appelé à la fin des démolitions israéliennes en Cisjordanie et au respect du droit international.

La violence d’Israël cette semaine « rend la vie dans ces communautés pratiquement intenable », a déclaré Scott Anderson, de l’organisation OCHA de surveillance humanitaire de l’ONU.

« Ces communautés pastorales sont pour la plupart des réfugiés palestiniens – à l’origine déplacés de leurs terres tribales dans le Néguev. Ils ne devraient pas être contraints de subir un second déplacement contre leur volonté. »

6 juillet 2018 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine