De Shireen Abu Akleh à Amal Khalil, c’est toujours le même meurtrier

(À droite) Amal Khalil en reportage dans le Sud-Liban pour le journal libanais Al-Akhbar, (à gauche) Shireen Abu Akleh en reportage pour Al Jazeera

Par Shatha Hanaysha

Il y a quatre ans aujourd’hui, Shireen Abu Akleh a été assassinée par un soldat israélien. Depuis lors, Israël a assassiné plus de 275 journalistes à Gaza et au Liban. C’est le monde qui a laissé le meurtrier de Shireen en liberté qui a rendu tout cela possible.

Je suis toujours sous l’arbre. À mes côtés se trouvent Shireen et des centaines de journalistes de Gaza et du Liban, qui se tiennent par la main, essayant de survivre au monstre de l’occupation.

Le jour où Amal Khalil a été tuée dans le sud du Liban — après avoir lancé des appels à l’armée libanaise et à la Croix-Rouge pour qu’elles l’évacuent, elle et sa collègue Zeinab Faraj, alors qu’elles étaient prises au piège dans un bâtiment pendant qu’elles couvraient les attaques israéliennes sur Bint Jbeil —, je me suis retrouvée sous cet arbre avec Shireen, les balles nous entourant.

Il y a quatre ans aujourd’hui, une balle tirée par un soldat israélien a atteint Shireen Abu Akleh à la tête et l’a tuée. Ce jour-là, la guerre menée par l’occupation israélienne contre les journalistes est devenue visible aux yeux du monde entier.

Mais depuis lors, la vie des journalistes dans cette région n’a cessé de se durcir de jour en jour. Les crimes de l’occupation n’ont pas cessé. Les meurtriers n’ont jamais été tenus pour responsables. Et le droit international n’a pas empêché l’occupation de tuer à nouveau.

Les gens me demandent comment je vais après ces quatre années. Je leur réponds que plus de 275 journalistes ont été tués à Gaza et au Liban depuis l’assassinat de Shireen. Si le monde avait tenu Israël pour responsable de ce premier crime, aurions-nous atteint ce chiffre ?

C’est cette absence de responsabilité qui rend possible le comportement actuel d’Israël, devenu si effronté qu’il annonce fièrement et ouvertement quand il tue des journalistes, des médecins et des secouristes.

Il l’a fait avec Anas Al-Sharif, Hasan Eslayeh et Ismail al-Ghoul à Gaza, ainsi qu’avec Ali Shuaib, Fatima Ftouni et son frère Muhammad dans le sud du Liban.

Dans chacun de ces cas, et dans bien d’autres, l’armée israélienne a publié des communiqués officiels confirmant qu’ils avaient été pris pour cible, après les avoir préalablement menacés de mort, parfois ouvertement sur les réseaux sociaux.

Le monde entier, ses institutions, ses organismes de défense des droits de l’homme, ses forums internationaux, porte la responsabilité du bain de sang à Gaza, en Cisjordanie et au Liban.

Sans oublier le sang des journalistes qui se trouvent actuellement dans les prisons israéliennes : plus de 44 d’entre eux sont placés en détention administrative, vivant dans l’isolement, la faim, la maladie et la soif, sans date précise de libération.

Leur seul crime est d’être journaliste.

Il y a quelques jours, le journaliste Ali al-Samoudi a été libéré après une année entière de détention administrative. Ali accompagnait Shireen le jour où elle a été tuée et a été blessé le matin même par une balle à l’épaule.

Il est sorti de prison émacié, les yeux creusés, avec des récits qui feraient fondre en larmes n’importe qui. Il a raconté qu’on lui avait dit pendant l’interrogatoire : « Tu nous as dérangés, Ali. »

Son collègue Mujahid Al-Saadi, qui était également avec nous ce jour-là, est toujours détenu par les Israéliens. On est sans nouvelles de son état de santé et aucune date de libération n’a été communiquée.

Il y a aussi Raneen Sawafta, une photographe de Reuters et mon amie, qui a miraculeusement survécu après avoir été attaquée par des colons alors qu’elle couvrait la récolte d’olives dans les montagnes de Naplouse. Ils lui ont jeté des pierres et l’ont frappée à coups de matraque. Elle est toujours soignée à l’hôpital.

Et mon collègue Mujahid Bani Mufleh, l’un des meilleurs rédacteurs arabophones de Palestine, a été détenu pendant huit mois. Quatre jours après sa libération, il a été victime d’un AVC. Il est toujours à l’hôpital dans un état critique.

Un ami a déclaré : « Je ne peux pas imaginer ce que Mujahid a dû vivre en prison pour en sortir dans cet état. » Mujahid m’a lui-même raconté que deux prisonniers étaient morts dans sa cellule. En entendant cela, j’ai eu l’impression qu’il avait vu la mort entrer dans la pièce, qu’il l’avait sentie et qu’il avait attendu qu’elle l’atteigne.

Chaque jour, les journalistes de Gaza, de Cisjordanie et du sud du Liban quittent leur domicile sans savoir s’ils reviendront. Chaque jour est une tentative de survie : un missile tiré par un avion israélien, une balle tirée par un soldat israélien, un colon armé d’un gourdin, attaquant tout ce qui est palestinien.

Et quatre ans après Shireen, je suis toujours sous cet arbre.

11 mai 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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