La plus grande arme d’Israël était la terreur, et elle est aujourd’hui en échec

8 mars 2026 - La Résistance islamique au Liban (Hezbollah) a annoncé une série d'opérations contre les positions de l'armée d'occupation israélienne et les concentrations de troupes dans le nord de la Palestine occupée, tandis que les affrontements terrestres faisaient rage le long de la frontière - Photo : al-Manar / médias résistance

Par Ramzy Baroud

La guerre d’Israël contre l’Iran révèle une crise plus profonde : l’effondrement d’une doctrine psychologique fondée sur la terreur et l’invincibilité.

Les guerres se livrent rarement uniquement sur les champs de bataille. Elles se livrent également dans l’esprit des sociétés, dans la perception du pouvoir et de la vulnérabilité, et dans l’imaginaire politique de régions entières.

Israël a compris ce principe très tôt dans son histoire, et la domination psychologique est devenue un élément central de sa doctrine militaire.

Dès les premières années du projet sioniste, l’idée que le pouvoir devait apparaître comme écrasant a été ouvertement exprimée.

En 1923, le leader sioniste révisionniste Ze’ev Jabotinsky écrivait dans son célèbre essai The Iron Wall (Le mur de fer) que le sionisme ne réussirait que lorsque la population indigène serait convaincue que toute résistance était vaine. Selon lui, ce n’est que lorsque les Palestiniens auraient compris qu’ils ne pouvaient pas vaincre le projet sioniste qu’ils accepteraient sa permanence.

La coalition israélo-US dans l’illusion d’une « blitzkrieg » !

Les événements qui ont entouré la Nakba de 1947-1948 reflètent cette logique. Entre 800 000 et 900 000 Palestiniens ont été expulsés ou contraints de fuir leurs maisons, tandis que des centaines de villages ont été détruits ou dépeuplés.

Les expulsions ont été le résultat d’une combinaison d’attaques militaires directes, de déplacements forcés et de l’effondrement de la société palestinienne sous l’effet de la guerre.

Les massacres ont joué un rôle crucial dans la propagation de la peur. Les massacres commis à Deir Yassin en avril 1948, au cours desquels plus d’une centaine de civils ont été tués par les milices sionistes, ont rapidement eu des répercussions dans toute la Palestine.

Mais Deir Yassin n’était qu’un des nombreux massacres qui ont eu lieu pendant cette période. Les meurtres commis dans des endroits tels que Lydda, Tantura, Safsaf et de nombreux autres villages ont contribué à créer un climat de terreur qui a accéléré le dépeuplement des communautés palestiniennes.

L’impact psychologique de ces événements a été énorme. La nouvelle des massacres s’est répandue de village en village, convainquant de nombreux Palestiniens que rester chez eux signifiait risquer l’anéantissement.

La leçon était claire : la guerre pouvait servir non seulement d’outil de conquête, mais aussi d’instrument de domination psychologique.

La doctrine de la terreur

Au fil du temps, cette approche a évolué vers une culture stratégique plus large qui mettait l’accent sur la dissuasion par une violence écrasante. Les guerres d’Israël visaient non seulement à vaincre militairement ses ennemis, mais aussi à renforcer l’idée que toute résistance contre Israël aurait toujours des conséquences dévastatrices.

Les dirigeants israéliens ont souvent exprimé ouvertement cette philosophie.

Au cours des premières années de l’État, Moshe Dayan, l’une des figures militaires les plus influentes d’Israël, a déclaré que les Israéliens devaient être prêts à vivre par l’épée.

Cette remarque reflétait la conviction que la survie d’Israël dépendait d’une préparation constante à l’usage de la force et du maintien d’une réputation de cruauté militaire.

Des décennies plus tard, les dirigeants israéliens ont continué à définir l’identité du pays en des termes similaires. Au milieu des années 2000, l’ancien Premier ministre Ehud Barak a décrit Israël comme une « villa dans la jungle », une expression qui reflétait une vision du monde dans laquelle Israël se considérait comme une île fortifiée de civilisation entourée d’un environnement hostile et supposé barbare.

Cette perception a renforcé l’idée qu’Israël devait toujours projeter une force écrasante. Selon cette logique, tout signe de faiblesse inviterait à l’attaque.

Cette doctrine a pris une forme plus concrète au début du XXIe siècle. Pendant la guerre de 2006 au Liban, les stratèges israéliens ont formulé ce qui est devenu plus tard la doctrine Dahiya, du nom de la banlieue de Beyrouth qui a été lourdement bombardée pendant le conflit.

Cette doctrine préconisait l’utilisation d’une force massive et disproportionnée contre les infrastructures civiles associées aux mouvements de résistance.

L’objectif n’était pas seulement de détruire des cibles militaires, mais aussi d’infliger des dégâts tels que des sociétés entières seraient dissuadées de soutenir les groupes de résistance.

Une philosophie similaire a guidé les guerres répétées d’Israël contre Gaza.

Le 7 octobre 2023, les Palestiniens ont abattu les murs de leur prison

Les stratèges israéliens ont commencé à qualifier ces campagnes périodiques de « tonte de l’herbe ». Cette expression suggérait que la résistance palestinienne ne pouvait jamais être éliminée de manière permanente, mais qu’elle pouvait être affaiblie périodiquement par des opérations militaires courtes et dévastatrices visant à rétablir la dissuasion israélienne.

Pendant des décennies, cette stratégie a semblé fonctionner. La supériorité militaire d’Israël, combinée au soutien indéfectible des États-Unis, a renforcé une image d’invincibilité qui a façonné les calculs politiques à travers le Moyen-Orient.

Mais la domination psychologique dépend de la croyance, et la croyance peut s’éroder.

Gaza et la crise de la dissuasion

La première rupture majeure dans l’aura d’invincibilité d’Israël s’est produite en mai 2000, lorsque Israël s’est retiré du sud du Liban après des années d’occupation et une résistance soutenue du Hezbollah.

Dans tout le monde arabe, ce retrait a été largement interprété comme la première fois qu’Israël était contraint de battre en retraite sous la pression militaire.

Israël a tenté de rétablir sa domination lors de la guerre du Liban en 2006, mais le résultat a de nouveau remis en question l’image de la supériorité militaire décisive d’Israël.

Malgré des bombardements massifs et des opérations terrestres, le Hezbollah est resté intact et a continué à lancer des roquettes jusqu’aux derniers jours du conflit.

Mais le coup le plus dur porté à la doctrine psychologique d’Israël s’est produit des décennies plus tard, avec les événements du 7 octobre et la guerre qui a suivi.

La réponse d’Israël au 7 octobre a été le génocide dévastateur de Gaza. Des centaines de milliers de Palestiniens ont été tués ou blessés, et la quasi-totalité de la bande de Gaza a été détruite,

L’ampleur de la violence était sans précédent, même par rapport aux précédentes guerres menées par Israël contre Gaza. Cependant, l’objectif n’était pas seulement une riposte militaire ou une punition collective. Il s’agissait également d’une tentative de rétablir l’équilibre psychologique qu’Israël estimait avoir été brisé.

Cette logique avait été exprimée des années plus tôt par les dirigeants israéliens. Lors de la précédente guerre d’Israël contre Gaza en 2008-2009, la ministre des Affaires étrangères de l’époque, Tzipi Livni, avait ouvertement suggéré qu’Israël devait réagir en faisant preuve d’une force écrasante : lorsqu’Israël est attaqué, « il réagit en se déchaînant, et c’est une bonne chose ».

En d’autres termes, la guerre elle-même fonctionnait comme un théâtre psychologique. Mais le génocide de Gaza a produit un résultat très différent.

Le mythe commence à s’effondrer

Les guerres modernes ne se déroulent pas seulement à travers des opérations militaires, mais aussi à travers des images qui circulent instantanément à travers le monde.

Malgré les menaces, la résistance palestinienne ne désarmera pas

Pendant le génocide de Gaza, d’innombrables vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux, montrant des véhicules blindés israéliens, y compris les chars Merkava autrefois redoutés, frappés par des armes antichars palestiniennes relativement simples.

Pendant des générations, la puissance militaire d’Israël a été associée à une invincibilité technologique. Soudain, des millions de téléspectateurs ont été témoins d’un tout autre spectacle : une armée puissante luttant contre des résistants opérant dans des conditions de siège.

La guerre contre l’Iran a intensifié cette transformation psychologique.

Pendant des décennies, la société israélienne – et une grande partie de la région – a cru que le territoire israélien était protégé par un bouclier défensif presque impénétrable. La vue des vagues de missiles iraniens frappant des cibles à l’intérieur d’Israël a donc eu une portée symbolique énorme.

Ces images remettent en question l’une des hypothèses les plus profondément ancrées dans la politique au Moyen-Orient : celle selon laquelle Israël est intouchable sur le plan militaire.

Dans le même temps, d’autres acteurs exploitent ce changement de perception.

Le Hezbollah continue de disposer de capacités militaires importantes malgré les attaques répétées d’Israël. Les groupes de résistance palestiniens restent actifs malgré la dévastation de Gaza. Pendant ce temps, Ansarallah au Yémen a perturbé les routes maritimes dans le détroit de Bab al-Mandeb, démontrant ainsi que même des acteurs non étatiques peuvent remodeler les réalités stratégiques.

Les dirigeants israéliens eux-mêmes présentent de plus en plus la confrontation actuelle comme une question existentielle. Benjamin Netanyahu a décrit à plusieurs reprises la guerre comme une lutte pour la survie d’Israël, faisant écho à des propos antérieurs sur le fait de « vivre par l’épée ».

Pourtant, la crise profonde n’est peut-être pas purement militaire. Israël reste l’un des États les plus lourdement armés au monde. Mais l’aura d’invincibilité qui amplifiait autrefois cette puissance s’estompe.

Une fois que la peur commence à disparaître, il devient extrêmement difficile de la rétablir.

Et c’est peut-être là la conséquence la plus importante de la guerre contre l’Iran : non pas la destruction qu’elle engendre, mais l’effondrement de la doctrine psychologique qui a soutenu la puissance israélienne pendant des décennies.

8 mars 2026 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Soyez le premier à commenter

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.