3 mai 2026 - Le militant brésilien Thiago Avila (à gauche) et le militant espagnol Saif Abukeshek (à droite) au moment où ils sont escortés par des agents pénitentiaires vers une audience au tribunal de district d'Ashkelon, en « Israël » - Photo : via EuroMed Monitor
Par EuroMed Monitor
Le fait que les autorités israéliennes aient soumis le militant espagnol Saif Abu Keshek et le militant brésilien Thiago Ávila à des procédures judiciaires et d’enquête arbitraires à la suite de leur enlèvement dans les eaux internationales, est extrêmement préoccupant.
La marine israélienne a illégalement intercepté des navires de la flottille Global Sumud dans les eaux internationales près de la Grèce, alors que celle-ci menait une mission humanitaire civile déclarée visant à acheminer de l’aide vers la bande de Gaza et à lever le blocus.
Les deux militants ont comparu ce matin devant le tribunal de première instance israélien d’Ashkelon pour la deuxième fois en deux jours, lors d’audiences visant à prolonger leur détention à la suite de leur transfert illégal vers Israël.
Le tribunal a ordonné une prolongation de six jours de leur détention jusqu’au dimanche matin 10 mai 2026, bien qu’aucune accusation officielle n’ait été formulée et que leur détention reste exclusivement à des fins d’enquête.
Cette décision s’est fondée sur des soupçons vagues non étayés par des preuves, ainsi que sur des éléments confidentiels auxquels ni les militants ni leurs avocats n’ont été autorisés à accéder ou à contester de manière effective.
Selon des sources juridiques et de défense des droits humains, le parquet israélien a présenté des chefs d’accusation incluant la collaboration en temps de guerre, la correspondance avec un agent étranger, l’appartenance à une organisation terroriste et la fourniture de services présumés à une entité désignée comme terroriste.
Les militants et leurs représentants légaux nient ces allégations.
La décision du tribunal d’accorder aux autorités israéliennes la prolongation totale demandée, sans imposer de limites judiciaires claires à l’enquête, renforce les craintes que la détention, les interrogatoires et les preuves secrètes ne soient utilisés pour punir et criminaliser une activité humanitaire pacifique.
Cela est particulièrement préoccupant compte tenu de l’isolement continu des militants, de leur exposition à une lumière vive constante, du fait qu’on leur bande les yeux lors des transferts et des examens médicaux, ainsi que de leur grève de la faim en cours depuis le jeudi matin 30 avril, en signe de protestation contre leur détention et leur traitement.
Le fait de transformer la participation à une flottille humanitaire civile déclarée en affaire judiciaire de sécurité et de terrorisme reflète une utilisation dangereuse et arbitraire du système judiciaire visant à criminaliser le travail humanitaire et à le priver de toute protection.
Cela crée un dangereux précédent, permettant de poursuivre les militants de la solidarité et les travailleurs humanitaires en tant que menaces pour la sécurité plutôt que de les protéger en tant qu’acteurs civils.
Cette approche sape les protections accordées aux civils et à ceux qui cherchent à leur venir en aide, porte atteinte aux garanties de liberté individuelle, de procès équitable et de respect des procédures légales, et décourage les initiatives humanitaires pacifiques visant à lever le blocus, contribuant ainsi au maintien du siège, de la famine et de l’isolement de la population de Gaza.
Ávila et Abu Keshek ont tous deux rapporté avoir été soumis à de graves violences physiques et psychologiques dès les premiers instants de leur détention illégale.
Ils ont été maintenus menottés et les yeux bandés pendant de longues périodes en mer, dans des conditions dégradantes.
Selon des témoignages relayés par des avocats et des militants libérés, Abu Keshek a été séparé des autres détenus et soumis à de graves mauvais traitements, des témoins rapportant que ses cris étaient audibles à bord.
Ávila aurait perdu connaissance à deux reprises en raison des violences physiques qu’il a subies.
Des témoignages font également état de coups, d’isolement, de privation des besoins fondamentaux et de blessures chez plusieurs membres de la flottille, ce qui justifie une enquête indépendante immédiate et la mise en cause de la responsabilité de tous ceux qui ont ordonné, commis ou dissimulé ces actes.
Les conditions de détention et de traitement décrites constituent une violation manifeste de l’interdiction de la torture et des autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Selon les témoignages disponibles, celles-ci comprenaient un isolement prolongé dans des cellules dépourvues de conditions de vie élémentaires, une exposition continue à une lumière vive et à un froid extrême, le port d’un bandeau sur les yeux même pendant les examens médicaux, ainsi que le refus de tout contact avec les membres de la famille et le monde extérieur, la communication étant limitée à des entretiens restreints avec des avocats.
De telles pratiques ne peuvent être justifiées par aucune considération de sécurité. Leur effet cumulatif, en particulier dans le contexte d’une détention au secret illégale, équivaut à un traitement cruel, inhumain ou dégradant et peut constituer un acte de torture s’il est établi que des douleurs ou des souffrances aiguës ont été infligées intentionnellement à des fins telles que la punition, l’intimidation, l’obtention d’informations ou l’extorsion d’aveux.
Les accusations portées contre les deux militants ne reposent sur aucun acte ou comportement violent susceptible d’étayer raisonnablement des allégations de terrorisme. Elles se rapportent au contraire uniquement à leur participation à une flottille humanitaire civile déclarée visant à briser le blocus de Gaza et à acheminer de l’aide.
L’interception de navires dans les eaux internationales près de la Crète, la détention de ressortissants étrangers à bord, leur transfert vers Israël et leur soumission à des procédures pénales et de sécurité devant les tribunaux israéliens soulèvent de graves préoccupations quant à l’absence de fondement juridique de la compétence israélienne.
Cela reflète un recours arbitraire aux lois antiterroristes pour punir une activité humanitaire pacifique, d’autant plus que les informations disponibles indiquent que les deux militants faisaient partie d’équipes de surveillance plutôt que de navires destinés à rejoindre Gaza.
De plus, l’isolement des militants et le fait de leur refuser toute communication régulière avec leurs familles et leurs avocats constituent une grave violation des garanties de liberté individuelle et du droit à un procès équitable, augmentant le risque de torture et de mauvais traitements en l’absence de contrôle effectif.
Le recours à l’isolement, aux moyens de contention, au bandage des yeux et au refus de communication, ainsi que les violences physiques et psychologiques signalées, s’inscrivent dans un schéma plus large de traitements dégradants visant à isoler les détenus et à les priver des protections juridiques et humanitaires fondamentales.
L’interception de navires civils non armés dans les eaux internationales constitue une violation manifeste de la liberté de navigation en haute mer, un principe bien établi du droit international qui garantit aux navires civils le droit de naviguer sans ingérence ni contrainte de la part d’États dépourvus de compétence juridictionnelle.
L’interception, la saisie et le détournement de ces navires par la marine israélienne en dehors de ses eaux territoriales, sans fondement juridique déclaré ni menace spécifique pour la sécurité, portent directement atteinte au régime de libre navigation et étendent de fait l’autorité de l’État au-delà de ses limites légales.
En outre, la détention des militants étrangers de solidarité à bord de ces navires et leur transfert forcé vers Israël sont indissociables de l’interception illégale en eaux internationales et constituent une privation arbitraire de liberté ainsi qu’une soumission illégale de ressortissants étrangers à la juridiction israélienne pour des actes survenus en dehors de son territoire.
La participation à une mission humanitaire pacifique ne peut justifier l’arrestation, le transfert, la détention ou le traitement en tant que suspects de sécurité ou de terrorisme.
L’illégalité de ce processus a persisté tout au long des étapes suivantes, les militants restant détenus sans inculpation formelle, et leur détention ayant été prolongée sur la base de preuves secrètes inaccessibles à la défense.
Cela rend leur détention arbitraire et dépourvue de garanties fondamentales.
Le fait de les soumettre à des procédures judiciaires et d’enquête reposant sur cette base illégale transforme l’ensemble du processus en une procédure illégale qui porte atteinte à l’essence même du droit à la défense et à un procès équitable, et instrumentalise le pouvoir judiciaire pour criminaliser l’action humanitaire pacifique et punir la solidarité internationale avec la population de Gaza.
La communauté internationale doit intervenir de toute urgence pour obtenir la libération immédiate et inconditionnelle de Saif Abu Keshek et Thiago Ávila, mettre fin aux procédures pénales et de sécurité arbitraires engagées à leur encontre, leur garantir un accès total à leurs avocats et à leurs familles, et assurer un accès consulaire immédiat et effectif, y compris des visites rapides pour évaluer leur état physique et psychologique, documenter les allégations de torture et de mauvais traitements, et prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur retour en toute sécurité dans leur pays d’origine et leur accorder réparation.
Euro-Med Human Rights Monitor appelle les gouvernements espagnol et brésilien à engager des procédures judiciaires nationales, chacun dans le cadre de sa juridiction, afin d’enquêter sur l’enlèvement de leurs ressortissants en eaux internationales, leur transfert forcé vers Israël, ainsi que la détention arbitraire et les actes de torture ou de mauvais traitements qu’ils ont subis, et à demander des comptes à tous ceux qui ont ordonné, exécuté ou dissimulé ces actes, plutôt que de limiter leur réponse à des efforts diplomatiques ou à des appels à la libération.
Tous les États, en particulier ceux dont des ressortissants ont participé à la flottille, devraient adopter des positions publiques claires et prendre des mesures concrètes pour protéger leurs citoyens et les militants humanitaires contre les poursuites et détentions arbitraires, faire pression pour mettre fin à l’utilisation abusive des lois antiterroristes visant à criminaliser le travail humanitaire pacifique, et rejeter les tentatives visant à présenter les initiatives civiles destinées à briser le blocus et à acheminer de l’aide comme des menaces pour la sécurité ou des actes de terrorisme.
Les mécanismes pertinents des Nations unies, notamment le Rapporteur spécial sur la torture, le Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits de l’homme, le Groupe de travail sur la détention arbitraire et le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé, doivent prendre des mesures urgentes concernant la détention des militants et les allégations de torture et de mauvais traitements, s’adresser officiellement aux autorités compétentes, exiger leur libération et enquêter sur les violations commises depuis le moment de l’interception en eaux internationales jusqu’à leur détention.
Le fait de prendre pour cible une flottille humanitaire civile dans les eaux internationales ne peut être considéré indépendamment de la cause sous-jacente qui a motivé de telles initiatives, à savoir le blocus illégal imposé à la bande de Gaza et la famine généralisée, la privation et l’obstruction systématique de l’aide humanitaire qui en résultent.
La protection de l’action humanitaire exige non seulement la libération des militants, mais aussi de s’attaquer à la cause profonde en levant immédiatement le blocus sur Gaza, en ouvrant tous les points de passage pour assurer la circulation sans entrave de l’aide, et en garantissant l’acheminement sûr et continu de nourriture, de médicaments, de carburant et de fournitures médicales aux civils, sans chantage, ni coercition ni contrôle militaire.
Euro-Med Monitor exhorte la communauté internationale à aller au-delà des condamnations verbales et à adopter des mesures concrètes, notamment des actions diplomatiques et juridiques efficaces contre les responsables de l’interception de navires civils et de la détention et de la torture de militants, à mettre fin à tout soutien politique, militaire ou sécuritaire contribuant au maintien du blocus ou couvrant les violations, et à garantir la pleine responsabilité des coupables.
Auteur : EuroMed Monitor
* L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme [EuroMed Monitor] est une organisation indépendante à but non lucratif dirigée par des jeunes qui défend les droits humains de toutes les personnes à travers l'Europe et la région MENA, en particulier celles qui vivent sous occupation, en proie à la guerre ou à des troubles politiques et/ou ont été déplacés en raison de persécutions ou de conflits armés.
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5 mai 2026 – EuroMed Monitor – Traduction : Chronique de Palestine

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