Il n’y a rien de bon à attendre des élections israéliennes

« J'ai pris cette photo quelques mois seulement après mon arrivée en Palestine, en 2003. Elle reste pour moi l'une de mes plus fortes et j'y reviens toujours. Je pense que c'est parce que cette photo 'David contre Goliath' incarne pour moi l'essence de l'occupation et pose de manière très saisissante et visuelle la disparité des forces en place. Ce jour-là, le poste de contrôle de Qalandiya, qui à l'époque était beaucoup plus petit qu'aujourd'hui, était totalement fermé. De nombreux Palestiniens étaient bouleversés parce qu'ils ne pouvaient pas rentrer chez eux à Jérusalem. La tension était palpable. Les soldats israéliens criaient après tout le monde. J'ai remarqué un enfant palestinien qui tentait sa chance pour contourner les soldats, jusqu'à ce qu'il fasse face à un énorme soldat qui leva la main et les yeux vers lui alors qu'il était sur le point de le frapper. C'est ce moment que j'ai photographié. Pour moi cette prise de vue en dit long sur le système de domination, l'humiliation, l'environnement dans lequel grandissent les enfants palestiniens, le contrôle de tous les aspects de la vie, et la violence inhérente au système d'occupation »- Anne Paq/Activestills

Par Diana Buttu

Tout au long de la campagne électorale israélienne, l’attention s’est concentrée sur deux « blocs » : l’un dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’autre qui s’oppose à lui.

Pour l’observateur extérieur, les étiquettes « pro-Netanyahu » et « anti-Netanyahu » laissent entendre qu’il existe deux visions différentes pour le pays et que les politiques du prochain gouvernement dépendront de celui qui remportera les élections.

Cette hypothèse n’a rien de surprenant. Partout dans le monde, les différents candidats proposent des visions différentes pour leur pays lors des campagnes électorales. Mais en Israël, et en particulier en ce qui concerne les Palestiniens, rien n’est plus éloigné de la vérité.

Les diplomates étrangers s’interrogent sur l’avenir de la mythique « solution à deux États » et évoquent les plans de reconstruction à Gaza. Ils partent du principe que Netanyahu est la cause de l’absence de progrès. Sans lui, tout changerait. On ne peut qu’espérer…

On pourrait penser que trois années de génocide, les inculpations pour crimes de guerre en cours, les décisions et les affaires pendantes devant la Cour internationale de justice, ainsi que les dizaines de rapports documentant les atrocités commises par Israël, auraient une incidence sur les élections israéliennes.

On pourrait supposer qu’en se rendant aux urnes, les Israéliens réfléchiraient à ce qu’ils ont fait subir aux Palestiniens, aux conséquences que cela aura pour l’avenir et, même de manière égoïste, à ce que cela signifie pour eux. Mais ce ne sera pas le cas.

Les élections israéliennes sont l’occasion d’une surenchère génocidaire

Au contraire, la grande majorité d’entre eux votera pour des candidats qui, comme eux, soutiennent le déni persistant de liberté pour les Palestiniens, la colonisation continue de la Cisjordanie, la destruction ininterrompue de Gaza, le génocide continu des Palestiniens et les bombardements et vols incessants des terres des nations souveraines voisines.

Tout cela transparaît clairement dans les slogans et les déclarations des candidats eux-mêmes : ceux qui soutiennent Netanyahu ont appelé à raser Gaza, ont souhaité que la Cisjordanie occupée soit transformée en une nouvelle Gaza et ont proclamé qu’il n’y avait pas d’innocents parmi les Palestiniens.

Leurs publicités montrent des bulldozers démolissant des maisons palestiniennes, des Palestiniens affamés et des bombes israéliennes explosant dans des zones civiles, tandis que les candidats promettent encore plus. « Occuper. Expulser. Coloniser » : tel est l’un de ces slogans.

Qu’en est-il de l’opposition ? Ses positions ne diffèrent pas. Par exemple, Avigdor Liberman, un rival acharné de Netanyahu, soutient lui aussi depuis longtemps qu’il n’y a « aucun innocent à Gaza ». Lui et les membres de son parti se sont efforcés d’empêcher l’acheminement de denrées alimentaires vers Gaza et ont ouvertement appelé à la prise de contrôle du Liban.

Même des membres de l’opposition, considérés comme « de gauche », comme Yair Golan, ont critiqué la reconnaissance internationale de la Palestine et soutiennent les colonies [toutes illégales selon le droit international] d’Israël en Cisjordanie occupée.

Pas un seul candidat des partis d’opposition ne soutient la création d’un État palestinien.

Ainsi, le génocide et la « solution à deux États » ne feront pas l’objet du scrutin du 27 octobre. Pas plus que les « guerres sans fin » d’Israël. La bataille électorale portera plutôt sur des détails : les juifs haredim (ultra-orthodoxes) doivent-ils participer à ces guerres et dans quelle mesure les Palestiniens doivent-ils être punis ?

En bref, ce que cette élection à venir pourrait changer en Israël, c’est le visage du gouvernement, et non la politique menée.

La question est donc de savoir quel genre de société vote massivement pour des politiciens qui expriment ouvertement leur désir de commettre des crimes de guerre ? La réponse réside dans le fait que ces crimes se sont normalisés en Israël, au point qu’il est désormais si courant de les commettre que ne pas les défendre passe pour étrange.

Depuis la création d’Israël sur les ruines des foyers palestiniens et par le biais du nettoyage ethnique des Palestiniens, la société israélienne n’a jamais eu à faire face aux conséquences de ses actes, qu’il s’agisse de spoliation de terres, de meurtres, d’emprisonnements, de punitions collectives ou même de génocide.

La nouvelle « normalité » pour les Israéliens, c’est de massacrer les Palestiniens

Le message que le monde a envoyé aux Israéliens est qu’ils sont « dans leur droit » et que tout ce qu’il faut, c’est encore plus de violence contre les Palestiniens pour obtenir précisément ce qu’ils veulent : une Palestine sans Palestiniens.

Ainsi, même si les diplomates étrangers et leurs gouvernements considèrent peut-être le départ de Netanyahu comme la solution, cela ne résoudrait pas le problème central : la conviction que les Israéliens jouissent de droits supérieurs ; qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent aux Palestiniens et que personne ne peut les en empêcher.

Depuis bien trop longtemps, on laisse entendre à Israël qu’il peut agir à sa guise sans subir aucune conséquence sur la scène internationale. Le changement ne viendra pas de l’intérieur du pays. Il ne peut venir que de l’extérieur, sous la forme de sanctions.

Des sanctions, par exemple, pourraient s’avérer efficaces. Des sanctions de grande envergure qui isoleraient Israël sur les plans économique et politique et feraient clairement comprendre aux Israéliens qu’ils ne disposent pas d’un droit exceptionnel leur permettant de commettre des atrocités sans avoir à en répondre.

Quel que soit le bloc qui remporte les élections israéliennes, la communauté internationale doit mettre fin à sa politique de silence et de complaisance. Sinon, je crains que « Occuper. Expulser. Coloniser » ne reste pas un simple slogan de campagne. Ce sera une promesse que les deux « blocs » tiendront.

25 octobre 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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