Des bénévoles démantèlent des constructions à la ferme de Hakoortna, à Tulkarem, à la suite d'un ordre de démolition israélien - Photo : Wafa Awad/WAFA
Quarante-trois ans démantelés en 48 heures : l’histoire de la ferme Hakoortna…
Plus de 500 bénévoles ont démantelé une ferme palestinienne biologique vieille de 40 ans sous la menace israélienne, avant qu’un tribunal ne suspende temporairement sa démolition.
Faits marquants :
- Plus de 500 bénévoles ont démantelé les serres, les bassins à poissons, les ruches et le matériel agricole de la ferme Hakoortna, d’une superficie de 32 dunams.
- En activité depuis 1984, cette ferme biologique faisait vivre la famille Al-Tanib et avait formé des dizaines de milliers d’enfants et d’étudiants universitaires.
- Une ordonnance judiciaire provisoire n’a suspendu la démolition qu’après le démantèlement de la plupart des structures visées ; une audience est prévue le 17 décembre.
Plus de 500 bénévoles palestiniens ont passé trois jours à démanteler des constructions à la ferme de Hakoortna, à l’ouest de Tulkarem, craignant que les autorités d’occupation israéliennes ne les démolissent.
Cette ferme biologique familiale est en activité depuis plus de 40 ans près du soi-disant « mur de séparation » israélien, dans le nord de la Cisjordanie occupée.
Le propriétaire de la ferme, Fayez Awad al-Tanib, a déclaré à Anadolu que les autorités israéliennes avaient délivré à la famille un ordre de démolition le 16 septembre et leur avaient accordé un délai limité pour démanteler elles-mêmes les constructions.
« On a dit à la famille que si elle ne se conformait pas à cette injonction, l’armée israélienne procéderait à la démolition à l’aide de ses engins et facturerait les frais à la famille », a-t-il déclaré.
Cet arrêté faisait suite à un premier avis émis en août 2025 enjoignant à la famille de suspendre les travaux sur plusieurs constructions agricoles en vue de leur démolition.
Avec l’aide du Centre d’aide juridique et des droits de l’homme de Jérusalem, la famille a engagé une procédure judiciaire pour contester les mesures israéliennes.
Selon al-Tanib, les autorités israéliennes ont invoqué des « raisons de sécurité » liées à la proximité de la ferme avec le mur. Elles ont également affirmé que certaines constructions obstruaient la visibilité et que d’autres avaient été érigées sans permis délivré par les autorités israéliennes.
La famille a déclaré que ces constructions n’étaient pas récentes, beaucoup d’entre elles datant de la période comprise entre 1984 et 1995.
À l’approche de la date limite, des bénévoles ont commencé à démanteler les serres, d’autres constructions agricoles, les bassins à poissons, les ruches et le matériel utilisé pour la culture des arbres.
« Le travail s’est poursuivi jusque dans la soirée, tandis que la famille vidait les bassins à poissons et déplaçait tout le matériel et les constructions pouvant être démontés », a déclaré al-Tanib.
L’opération s’est poursuivie pendant trois jours, les bénévoles s’efforçant de sauver le matériel et les infrastructures productives de la ferme avant l’arrivée des engins de démolition israéliens.
La suspension est intervenue après le démantèlement
La plupart des constructions visées par l’arrêté israélien avaient déjà été démantelées lorsque le Centre d’aide juridique et des droits de l’homme de Jérusalem a informé la famille qu’il avait obtenu une ordonnance judiciaire provisoire suspendant la démolition.
« Nous avons tout démantelé par crainte de la démolition, puis nous avons reçu une décision la gelant », a déclaré M. al-Tanib.
Le tribunal de district de Jérusalem a rendu cette ordonnance provisoire après que les avocats du centre eurent déposé une requête urgente au nom de la famille.
Une audience était prévue le 17 décembre. L’ordonnance provisoire n’a pas annulé la décision de démolition. Elle en a seulement suspendu l’exécution pendant que le tribunal examine la requête.
La menace de démolition mettait en péril des constructions agricoles qui fonctionnaient depuis des décennies et faisaient partie d’une exploitation agricole à vocation éducative, environnementale et économique.
Al-Tanib a commencé à gérer ces terres en 1984, après le décès de son père. Avec sa famille, il les a ensuite transformées en exploitation agricole biologique, réduisant ainsi leur recours aux engrais et autres produits chimiques.
Hakoortna s’étend sur environ 32 dunams, soit 32 000 mètres carrés.
Une dizaine de dunams sont plantés d’agrumes, tandis qu’une autre dizaine abrite d’autres arbres fruitiers. La ferme comprend également des serres, des bassins à poissons, des ruches et d’autres installations agricoles.
Un bâtiment agricole de deux étages se trouve sur la propriété, chaque étage couvrant environ 120 mètres carrés.
La ferme assurait la subsistance de la famille Al-Tanib tout en devenant un lieu d’enseignement agricole et de formation pratique.
« Des dizaines de milliers d’enfants ont visité la ferme, ainsi que des étudiants universitaires spécialisés en agriculture qui y passaient parfois jusqu’à quatre mois par an pour s’y former », a déclaré M. al-Tanib.
Entre le mur et les usines israéliennes
La situation autour de la ferme a considérablement changé après qu’Israël a commencé à construire son mur en Cisjordanie occupée en 2002.
La ferme a perdu une partie de ses terres, tandis que la famille Al-Tanib a dû faire face à des restrictions croissantes en matière d’accès et d’activités agricoles.
La majeure partie du tracé du mur traverse la Cisjordanie occupée plutôt que de longer la Ligne verte qui la sépare d’Israël.
Les terres agricoles palestiniennes isolées par le mur sont soumises à un système israélien de permis et de postes de contrôle régissant les moments où les propriétaires fonciers peuvent accéder à leurs terres et les cultiver.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a documenté la manière dont ces restrictions perturbent les activités agricoles essentielles, notamment le labour, la taille, la fertilisation et la récolte.
Selon l’OCHA, les agriculteurs des régions du nord de la Cisjordanie, notamment dans le gouvernorat de Tulkarem, ont été particulièrement touchés par le système d’accès imposé par Israël.
La Cour internationale de justice a statué, dans un avis consultatif rendu en 2004, que la construction par Israël du mur à l’intérieur du territoire palestinien occupé et le régime qui y est associé constituaient une violation du droit international.
Hakoortna est situé entre le mur et des installations industrielles israéliennes.
« Ils veulent nous déraciner de notre ferme et nous en chasser pour faire place à des usines chimiques », a déclaré al-Tanib.
La famille a affirmé que les usines situées à proximité avaient endommagé le sol et les cultures de la ferme au fil des ans.
La menace qui pèse sur Hakoortna intervient dans le contexte d’une campagne de démolitions israéliennes qui s’accélère dans toute la Cisjordanie occupée.
Depuis le début de l’année 2026, les autorités israéliennes ont démoli ou contraint des Palestiniens à démolir 1 164 constructions en raison de l’absence de permis délivrés par Israël, selon l’OCHA.
Ces démolitions ont entraîné le déplacement de plus de 1 500 Palestiniens. L’agence des Nations unies a signalé à plusieurs reprises qu’il était pratiquement impossible pour les Palestiniens d’obtenir des permis de construire israéliens.
La Commission palestinienne de résistance à la colonisation et au mur a recensé 71 opérations de démolition israéliennes pour le seul mois d’août.
Ces opérations ont touché 155 constructions palestiniennes, dont 61 installations agricoles et 33 structures servant de moyens de subsistance.
Les autorités d’occupation israéliennes ont également émis 44 avis de démolition au cours du même mois, a indiqué la Commission.
L’OCHA a signalé que le nombre moyen de constructions palestiniennes démolies chaque mois dans la zone C et à Jérusalem-Est occupée depuis 2024 était au moins deux fois supérieur à la moyenne mensuelle enregistrée au cours des 15 années précédentes.
Auteur : Palestine Chronicle
* The Palestine Chronicle est une organisation à but non lucratif dont la mission est d'instruire le grand public en assurant un forum qui s'efforce de mettre en évidence les questions relatives aux droits de l'homme, aux luttes nationales, à la liberté et à la démocratie sous la forme de nouvelles quotidiennes, commentaires, reportages, critiques de livres, photos, œuvres d'art, etc.
L'équipe de Palestine Chronicle est composée de journalistes professionnels et d'écrivains et d'auteurs respectés qui ne parlent au nom d'aucun parti politique ni ne défendent un programme politique spécifique.
Le compte Twitter.
27 septembre 2026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

Soyez le premier à commenter