26 mars 2026 - Un Palestinien pleure lors des funérailles de Yosri Majed Abu Qubaita, 28 ans, à Yatta, au sud de la Cisjordanie. Des civils et des soldats israéliens armés l’ont tué en tirant directement sur son véhicule. Il transportait des travailleurs sans papiers cherchant un emploi de l'autre côté du mur israélien lorsque son véhicule a été pris en chasse et pris pour cible, ce qui l'a fait se renverser près du village d'Umm al-Kheir, au sud de la Cisjordanie. Depuis le début du génocide à Gaza, les autorités israéliennes d'occupation ont considérablement réduit les quotas déjà stricts de permis autorisant les Palestiniens à travailler en dehors de la Cisjordanie. Le manque de permis de travail et la répression générale menée par Israël contre l'économie palestinienne en Cisjordanie obligent de nombreuses personnes à chercher du travail par des moyens dangereux et dits illégaux - Photo : Mosab Shawer / Activestills
Par Yara Hawari
La machine de guerre génocidaire américano-israélienne sème la mort et le chaos dans de plus en plus de régions du monde.
Nous assistons à une guerre contre l’humanité. Et je n’exagère pas. Ce qui se déroule à travers le monde n’est pas une série d’événements ou de crises isolés. Il s’agit d’une attaque coordonnée menée par des forces brutales contre les systèmes internationaux qui soutiennent l’humanité.
L’objectif est d’imposer un ordre mondial qui non seulement applique la loi du plus fort, mais s’en vante.
On ne peut pas comprendre ce qui se passe en ce moment si l’on ne voit pas que la Palestine – à la fois en tant que lieu et en tant que lutte – est au cœur des événements actuels.
Même si, depuis le cessez-le-feu d’octobre, Gaza est largement délivrée des bombardements intensifs quotidiens, des tirs d’artillerie, des frappes de drones et des tirs ciblés de snipers, une violence meurtrière continue de s’abattre sur les Palestiniens depuis le ciel.
En violation de l’accord, le régime israélien continue également de restreindre sévèrement l’entrée de l’aide humanitaire et de la nourriture dans la bande de Gaza.
L’armée israélienne a divisé Gaza en deux avec la soi-disant « ligne jaune » qui s’étend du nord au sud et qui sépare plus de 50 % du territoire de Gaza tel qu’il était avant le génocide.
Censée être temporaire, cette ligne fonctionne en réalité comme un mécanisme de réorganisation démographique permanente.
Cette violence quotidienne est une composante structurelle de l’accord conclu après le cessez-le-feu. Nous devons donc définir avec précision la nature de cet accord.
Il s’agit d’une nouvelle phase du génocide, qui permet au régime israélien de passer à une autre étape, tout en permettant aux États tiers de se targuer d’avoir fait avancer la situation, alors que la réalité fondamentale pour les Palestiniens de Gaza reste largement inchangée.
Il ne fait aucun doute que ce qui se passe en ce moment marque l’apogée du plan du régime israélien visant à créer le « Grand Israël » – un projet biblique qui verrait Israël s’étendre à la Jordanie, au Liban, à l’Irak et à certaines parties de l’Arabie saoudite.
La destruction de Gaza, l’annexion de vastes portions de la Cisjordanie, l’invasion du sud du Liban et désormais le bombardement de l’Iran ouvrent tous la voie à la concrétisation de ce plan.
Comme il rencontre peu de résistance et qu’il n’est jamais obligé de répondre de ses crimes, malgré son mépris flagrant du droit international, le régime israélien est désormais certain de pouvoir agir comme bon lui semble et de de pouvoir s’approprier tout ce qu’il veut.
Rien de tout cela ne peut toutefois être compris indépendamment de ce qui l’a rendu possible : le soutien diplomatique, financier et militaire inconditionnel de près de huit décennies apporté au régime israélien par les États-Unis et les États européens.
Le refus d’obliger Israël à rendre des comptes persiste alors même que le gouvernement israélien réduit à néant toute prétention d’ordre mondial fondé sur des règles.
On en a eu une des manifestations les plus frappantes en novembre dernier, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2803, approuvant le plan en 20 points du président américain Donald Trump pour Gaza, y compris la création du Conseil de la paix.
Les Etats-Unis ont exercé une pression politique et une coercition extraordinaires pour faire adopter cette résolution. Elle impose un contrôle administratif étranger sur la population palestinienne de Gaza, sans aucune référence au génocide, aux crimes de guerre, ni aux coupables.
Il s’agit, en effet, d’une résolution qui dissimile l’impunité dont jouit Israël sous le voile du multilatéralisme.
Depuis lors, l’administration Trump a clairement indiqué qu’elle entendait faire du Conseil de la paix un projet international– un projet visant à supplanter l’ONU et à remplacer la gouvernance multilatérale par une structure dépendante de Washington.
Il est clair que pour Trump, Gaza est le point de départ de ce projet, mais le projet est plus vaste.
Le plan s’est poursuivi avec l’attaque illégale contre la souveraineté du Venezuela et l’enlèvement de son président ; l’intensification du siège de Cuba et sa famine délibérée ; la guerre illégale américano-israélienne contre l’Iran, qui bénéficie toujours d’une couverture diplomatique de la part de nombreux États occidentaux ; l’assaut d’Israël contre le Liban, visant à réoccuper des parties de son territoire.
Parallèlement, nous assistons également à l’essor d’entreprises d’intelligence artificielle impliquées dans le génocide à Gaza et dont la technologie est désormais déployée par l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) dans les rues des villes américaines.
Nous voyons le secteur de la sécurité privée, l’industrie de la surveillance et le complexe militaro-industriel – dont les profits ont atteint leur apogée pendant le génocide et connaissent un nouvel essor aujourd’hui pendant la guerre contre l’Iran – se développer grâce aux conflits et trouver de nouveaux marchés, de nouveaux laboratoires et de nouvelles populations sur lesquelles mener des essais.
C’est un moment crucial, non seulement pour la région, mais aussi pour le reste du monde.
Les commentaires de Trump sur l’Espagne, après le refus du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez d’autoriser les États-Unis à utiliser ses bases militaires pour mener des frappes contre l’Iran, en sont la parfaite illustration.
Il a déclaré : « L’Espagne a en fait dit que nous ne pouvions pas utiliser leurs bases. Ce n’est pas grave. Nous pourrions utiliser leur base si nous le voulions. Rien ne nous empêche d’y aller et de nous en servir ».
Il ne faut pas considérer cela comme de simples divagations de Trump ; c’est un avertissement pour toutes les nations souveraines.
Capituler ou accorder par souci d’apaisement l’accès à leurs ports et à leur espace aérien ou signer des traités de coopération en matière de défense, ne protégeront pas les nations souveraines du danger – bien au contraire. Tout cela les lie à la machine de guerre des États-Unis et d’Israël, et rend leur souveraineté conditionnelle.
C’est un engrenage que de nombreux pays ne connaissent que trop bien.
Ce qui est désormais clair, c’est que ce qui a commencé à Gaza se poursuit ailleurs dans le monde. La machine de guerre génocidaire américano-israélienne s’étend, et elle s’apparente de plus en plus à une guerre contre l’humanité elle-même.
Auteur : Yara Hawari
* Yara Hawari est Senior Palestine Policy Fellow et codirectrice d'Al-Shabaka. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l'Université d'Exeter, où elle a enseigné en premier cycle et est chercheur honoraire.En plus de son travail universitaire axé sur les études autochtones et l'histoire orale, elle est également une commentatrice politique écrivant régulièrement pour divers médias, notamment The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera. Son compte twitter.
29 mars 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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