La famine menace à nouveau à Gaza alors qu’Israël durcit les restrictions sur l’aide

20 septembre 2025 - Des milliers de Palestiniens déplacés font la queue sous un soleil de plomb à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, dans l'attente d'un seul repas distribué par une petite cuisine solidaire afin d'apaiser leur faim, alors que le siège étouffant imposé par Israël a transformé l'accès à la nourriture en une lutte quotidienne pour la survie - Photo : Doaa Albaz /Activestills

Par Tareq S. Hajjaj

Le durcissement des restrictions imposées par Israël à l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza depuis la guerre israélo-US contre l’Iran a entraîné des pénuries de produits de première nécessité et une flambée des prix, faisant craindre un retour de la famine.

Yousef al-Lahham, 54 ans, a parcouru le marché de Khan Younis la semaine dernière à la recherche de nourriture, mais n’a rien trouvé qui soit ne serait-ce qu’un tant soit peu abordable.

Les prix des produits de première nécessité dans la bande de Gaza n’ont cessé d’augmenter depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché leur guerre contre l’Iran.

Pour les Palestiniens de Gaza, qui ont connu des vagues répétées de pénuries alimentaires, de famines délibérément provoquées et de flambée des prix des denrées alimentaires, tout cela leur est familier.

Les Gazaouis ont commencé à avoir du mal à rassembler suffisamment d’aliments pour préparer un repas correct à leur famille, explique al-Lahham à Mondoweiss, faisant craindre que la famine ne revienne bientôt dans la bande de Gaza.

Fin février, le gouvernement israélien a ordonné la fermeture totale de tous les points de passage vers Gaza, dès le début de la guerre contre l’Iran, ce qui a entraîné l’interruption de l’aide alimentaire et humanitaire.

Les prix ont immédiatement grimpé en flèche, une situation encore aggravée par l’afflux de personnes se ruant sur les marchés pour faire des provisions de produits de première nécessité en prévision des pénuries à venir.

Le 3 mars, Israël a commencé à autoriser l’entrée de petites quantités de denrées alimentaires dans la bande de Gaza par le point de passage de Karam Abu Salem, au sud, tandis que le point de passage de Rafah avec l’Égypte et celui de Zikim, au nord, sont tous deux restés fermés.

Pourtant, le nombre de camions autorisés à entrer en une seule journée — plus de 200 transportant des produits laitiers, des boissons gazeuses, des fruits, des légumes, du chocolat, des aliments surgelés, des biscuits et des gâteaux — a été réparti sur les deux premières semaines de mars.

À Gaza, nous ne pouvons pas être sûrs que notre nourriture soit saine

Entre le 1er et le 10 mars, 214 camions au total ont pu entrer, ce qui a ramené le nombre quotidien à 40-50 camions.

Le 6 mars, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a signalé que la fermeture des points de passage soulevait des inquiétudes quant à « la disponibilité des fournitures et services humanitaires, ainsi que des marchandises du secteur privé ».

Selon OCHA, ces fermetures ont non seulement affecté l’entrée de l’aide, du carburant et des fournitures commerciales, mais elles ont également des répercussions sur « la coordination des mouvements humanitaires dans et à proximité des zones où les troupes israéliennes restent déployées, les évacuations médicales, le retour des résidents de l’étranger et la rotation du personnel humanitaire entrant et sortant de l’enclave côtière ».

Al-Lahham indique que l’effet le plus immédiat a été sur le coût de tous les produits de première nécessité, les commerçants locaux ayant augmenté leurs prix peu après le début de la guerre, sentant que leurs produits allaient bientôt disparaître du marché.

Al-Lahham raconte que lorsqu’il parcourt les marchés, son objectif est de trouver un type de légume et une source de protéines animales, que ce soit du poulet ou de la viande.

Cela suffirait pour le repas de l’iftar pendant le ramadan. Mais la plupart du temps, il revient les mains vides après avoir fait plusieurs fois le tour du marché.

Les marchés sont peu fournis, et les produits disponibles sont d’un prix prohibitif. Un jour comme les autres, il parvient parfois à trouver des oignons verts et du persil, de quoi ajouter un peu de couleur à un plat.

Munis Abu Jazar, employé de la Helmi Barbakh Trading Company, explique qu’une raison importante de la hausse spectaculaire des prix réside dans les expériences passées. Lors du dernier ramadan, les Gazaouis ont connu la famine (qui a ensuite été officiellement déclarée par le principal organisme mondial de surveillance de la famine).

Ce ramadan, dès qu’Israël a annoncé la fermeture des points de passage, une ruée paniquée s’est produite vers les marchés.

« L’augmentation de la demande a fait grimper les prix », explique Abu Jazar à Mondoweiss. « Les gens ont commencé à faire des réserves de denrées alimentaires pour s’assurer de pouvoir se nourrir, surtout pendant le ramadan. »

Abu Jazar précise qu’il reste encore des marchandises dans les entrepôts qui ne sont pas encore épuisées, mais que la demande continue empêche les prix de baisser. Si les points de passage restent fermés, les stocks devraient être épuisés d’ici quelques semaines.

Il précise toutefois que les organisations humanitaires ont commencé à acheminer des produits de première nécessité, ce qui a contribué à atténuer, sans toutefois la résoudre, la flambée des prix.

Cela n’a pas non plus mis fin aux pénuries ; l’huile de cuisson est complètement épuisée, d’autant plus qu’elle sert également de combustible pour allumer des feux, voire pour faire rouler des voitures, tandis que certains en sont venus à mélanger de l’huile de cuisson avec du diesel ordinaire pour faire fonctionner des bulldozers destinés au déblaiement des décombres.

Abu Jazar note que les marchandises qui entrent actuellement par les points de passage arrivent au compte-gouttes et sont loin de répondre aux besoins de la population. Jusqu’à présent, elles sont complétées par les réserves, dit-il.

Une autre conséquence du changement dans l’acheminement de l’aide est la forte hausse des soi-disant « frais de coordination » qui facilitent l’entrée des marchandises par les points de passage frontaliers.

Ce système s’appuie sur un dispositif préexistant à la frontière, dans lequel des commerçants désignés, chargés d’importer les marchandises et de les livrer aux vendeurs locaux, perçoivent une commission, que beaucoup à Gaza considèrent comme une forme officialisée de corruption.

Ces commerçants ont désormais commencé à exiger des frais plus élevés, qu’ils justifient en invoquant l’instabilité provoquée par la guerre. Cela contribue également à faire grimper le prix de base des marchandises importées.

Les autorités locales tentent de mettre en place un contrôle des prix

La plupart des habitants de Gaza ne croient pas à l’explication d’Abu Jazar. Younes al-Lahham affirme que les marchés sont vides et que la plupart des commerçants thésaurisent désormais leurs marchandises, attendant que les prix grimpent encore davantage pour en tirer un plus grand profit.

« Je parcours le marché encore et encore, mais je ne trouve que des denrées alimentaires vendues au double de leur prix initial », dit-il.

Que se passe-t-il dans le « triangle des Bermudes » de Gaza ?

« Nos vies sont dictées par ces fluctuations », se plaint al-Lahham. « Si les commerçants apprennent que le point de passage va fermer, ils augmentent les prix ou stockent leurs marchandises. S’ils entendent parler d’une guerre, ils augmentent les prix. »

Al-Lahham explique que certains soirs, il ne peut offrir à sa famille que du pain et du thé. « Et même le thé que nous buvons est sans sucre, car le sucre n’est pas disponible à des prix abordables », ajoute-t-il.

Ces hausses de prix ont poussé les autorités de Gaza à intervenir, notamment par des opérations de contrôle des marchés visant à imposer un contrôle des prix sur les marchandises.

Le Bureau des médias du gouvernement de Gaza a publié un communiqué au cours de la deuxième semaine de mars confirmant qu’il avait lancé une campagne destinée à empêcher les monopoles et les pratiques abusives en matière de prix, soulignant qu’il ne tolérerait aucune violation susceptible de conduire à « l’exploitation des citoyens ».

Selon ce communiqué, lors d’une tournée d’inspection sur le terrain dans le gouvernorat de Khan Younis, environ 3511 kilogrammes de fruits et légumes ont été saisis chez un commerçant qui avait délibérément augmenté leurs prix.

Cette quantité a ensuite été vendue au prix officiel approuvé par les autorités locales, précise le communiqué.

Le Bureau des médias a également énuméré un certain nombre d’autres mesures punitives prises par les autorités locales à l’encontre de commerçants accusés de pratiques abusives en matière de prix ; un commerçant de produits surgelés a reçu l’ordre de vendre 800 kg de viande et 160 kg de poulet au prix réglementé ; 250 kg de viande ont été confisqués à un autre commerçant ; et à Rafah et dans les gouvernorats du centre, les autorités locales ont interpellé des commerçants qui avaient augmenté leurs prix et ont pris à leur encontre les « mesures nécessaires », notamment la confiscation de produits alimentaires ou l’obligation de vendre au prix officiel.

19 mars 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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