Les israéliens craignaient Amal Khalil, tout comme ils craignaient Shireen Abu Akleh

Le 22 avril 2026, les Israéliens ont délibérement visé et tué la journaliste Amal Khalil, alors qu'elle réalisait un reportage sur l'agression israélienne au sud-Liban - Photo : via réseaux sociaux

Par Yara Hawari

La journaliste libanaise Amal Khalil a été assassinée parce qu’elle a refusé de se laisser intimider et réduire au silence.

Le 22 avril, le régime israélien a assassiné une nouvelle journaliste. Elle s’appelait Amal Khalil. C’était une journaliste libanaise de renom, née au début de la dernière occupation israélienne du Sud-Liban, qui a passé des années à rendre compte de la vie des habitants du sud du pays sous les invasions et les bombardements israéliens.

Amal était connue et appréciée dans tout le Liban. Comme l’a dit son frère, Ali Khalil, lors de ses funérailles, elle était présente dans tous les foyers.

Pendant deux ans, Amal a reçu des menaces directes de la part du régime israélien. Dans une interview, elle a évoqué un appel d’un agent du Mossad qui l’avait menacée de lui trancher la tête si elle ne cessait pas de couvrir l’actualité dans le sud. Ils connaissaient les moindres détails de sa vie – ils voulaient qu’elle sache qu’elle était suivie de près.

Pourtant, elle a continué à couvrir l’actualité, sachant que le régime israélien pouvait mettre ses menaces à exécution d’un jour à l’autre.

Encore et toujours… tuer ceux et celles qui témoignent

Amal était le genre de personne qu’Israël redoute le plus : celle qui ne se laisse pas intimider jusqu’à se taire, celle qui ne se recroqueville pas dans un coin, celle qui défie ouvertement la puissance brutale d’Israël.

Il ne fait guère de doute que l’armée israélienne l’a prise directement pour cible. Al Akhbar, le média pour lequel Amal travaillait, a publié des détails sur son assassinat.

Selon ces informations, Amal était en mission près de la ville stratégique de Bint Jbeil, sur laquelle elle avait souvent réalisé des reportages par le passé.

Bint Jbeil a été le théâtre d’une bataille décisive entre les forces du régime israélien et les combattants du Hezbollah avant le cessez-le-feu. C’est un lieu symbolique de la résistance pour de nombreux Libanais, car lors de l’invasion de 2006, la ville a réussi à repousser de nombreuses tentatives des forces du régime israélien visant à la conquérir.

Amal se trouvait dans une voiture avec la photographe indépendante Zeinab Farraj lorsqu’un véhicule qui les précédait a été touché par un drone israélien. Les deux femmes ont cherché refuge dans un immeuble voisin, d’où elles ont appelé des proches et des collègues à l’aide.

L’immeuble a été bombardé par les forces israéliennes peu après.

Le Premier ministre libanais a publié une déclaration appelant la Croix-Rouge à intervenir. L’organisation a dépêché une équipe qui a pu évacuer Zeinab, blessée, du bâtiment. Ils ont essuyé des tirs et n’ont donc pas pu récupérer Amal. Lorsqu’ils sont finalement revenus, ils l’ont trouvée morte.

L’assassinat d’Amal rappelle de manière terrifiante celui de Shireen Abu Akleh, journaliste palestinienne chevronnée et correspondante de longue date d’Al Jazeera.

Il y a quatre ans, elle couvrait également depuis un site des plus symboliques de la résistance symbolique contre les forces d’invasion du régime israélien : la ville palestinienne de Jénine.

Elle a été touchée à la tête alors qu’elle tentait de se mettre à l’abri des tirs israéliens avec une collègue.

Depuis son assassinat, plus de 250 journalistes et professionnels des médias palestiniens ont été tués – principalement pendant le génocide à Gaza. Beaucoup d’entre eux ont été pris pour cible alors qu’ils étaient en mission, d’autres ont été attaqués alors qu’ils se trouvaient chez eux avec leur famille.

Ce fut le cas de Mohammed Abu Hatab, tué avec 11 membres de sa famille lors d’une frappe aérienne israélienne sur son domicile en novembre 2023.

Les attaques du régime israélien contre des journalistes palestiniens et libanais sont largement documentées, et l’assassinat d’Amal vient s’ajouter à un bilan qui, depuis octobre 2023, est devenu le plus meurtrier pour la presse dans l’histoire de tous les conflits.

Ce qui frappe dans ce bilan, ce n’est pas seulement son ampleur, mais les conditions qui l’ont rendu possible.

L’assassinat de Shireen Abu Akleh : justice a-t-elle été rendue ?

L’impunité n’est pas simplement un échec de la justice après coup, mais plutôt une structure de tolérance qui façonne ce que les régimes croient pouvoir faire avant les faits. Le régime israélien a appris, au fil de décennies d’expérience, qu’il n’y a aucun acte qu’il puisse commettre qui lui coûterait de manière significative le soutien de ses soutiens occidentaux, et il en a tiré la conclusion qui s’impose.

Ce serait une erreur de qualifier le régime israélien de particulièrement violent dans l’histoire des projets coloniaux de peuplement et des régimes impériaux. Mais ce qui le distingue, ce n’est pas tant la nature de la violence que l’effronterie avec laquelle elle est exercée, et cette effronterie est elle-même le produit de l’impunité.

C’est un régime qui ne prend plus la peine de dissimuler ce qu’il fait. Les journalistes ne sont pas pris entre deux feux ; ils sont traqués et pris pour cible. Le message envoyé n’est pas fortuit, c’est le but recherché.

Amal était consciente du risque qu’elle prenait et l’a pris quand même, comme l’ont fait sans relâche les journalistes locaux au Liban et en Palestine, car quelqu’un doit témoigner de ce qui arrive à la population qui y vit. Le régime israélien l’a tuée pour cette raison.

Le monde qui prétend défendre la liberté de la presse la pleurera brièvement – tout comme il l’a fait pour Shireen – puis continuera à fournir la couverture qui rendra inévitable le prochain assassinat.

26 avril 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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