En mémoire de Yasser Murtaja, journaliste palestinien assassiné par Israël

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Yasser Murtaja - En toute impunité, l'occupant israélien a pour politique d'assassiner les journalistes palestiniens - Photo : Réseaux sociaux
Fadi O. Al-NajiEn août 2017, Al Jazeera World a produit un documentaire intitulé « Gaza: survivre à Shujayea ».

La plupart des images ont été tournées par Yasser Murtaja, journaliste de Gaza âgé de 30 ans, qui figurait parmi les 10 journalistes pris pour cible par des snipers israéliens depuis le lancement de la Grande Marche du Retour six semaines auparavant, dans la bande de Gaza sous blocus. A cette date, Murtaja était le premier journaliste à avoir été tué).

Regardez ce documentaire et vous comprendrez vite pourquoi des centaines d’habitants venus de tout Gaza ont assisté aux funérailles de Murtaja, depuis les plus hauts responsables politiques jusqu’aux nombreux enfants qui aimaient le suivre. Le documentaire présente ses compétences en tant que vidéographe pour Ain (« Oeil ») Media. Il avait pris le risque d’entrer à Shujayea avec les ambulanciers après le massacre commis par les Israéliens en juillet 2014, et malgré l’impossibilité d’obtenir un permis de l’armée d’invasion pour pénétrer dans le quartier. Bisan Daher, huit ans, était coincée dans les décombres de sa maison avec deux autres membres de la famille (cinq autres étaient déjà morts) et Murtaja a rapporté méticuleusement le sauvetage de l’enfant. Ses plans rapprochés laissaient deviner le courage dont il faisait preuve en photographiant des manifestants palestiniens près de la frontière israélienne (à environ 300 mètres de là).

Selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR), Murtaja enregistrait les événements – alors qu’il portait un gilet bleu bien étiqueté « presse » – quand il avait été frappé à l’abdomen par une balle d’un tireur d’élite, rompant l’artère principale alimentant ses intestins. Il a été déclaré mort après 12 heures de saignements internes graves.

« Les faits sur le terrain confirment qu’aucune menace n’a été posée pour la vie des soldats », a déclaré le PCHR dans un communiqué. «Murtaja et les autres journalistes ont été séparés [des soldats israéliens] par trois clôtures de sécurité et des fortifications avec une énorme barrière de sable et des boucliers personnels. Cela confirme l’absence de toute possibilité de menace réelle pour la vie du soldat. »https://wearenotnumbers.org/home/Story/Yasser_Murtaja_becomes_hero_for_Gaza_journalists_under_fire

Nedal al-Weheidy, un collègue journaliste et ami de Yasser qui était avec lui quand il a été tué, a déclaré : « Une fois que les forces israéliennes ont ouvert le feu sur nous, tout le monde a commencé à courir en se bousculant ». Il se souvient : « J’ai vu Yasser étendu par terre. On voyait à son visage qu’il était en état de choc. Il ne voulait pas mourir. »

Certaines des dernières images filmées par Murtaja (à droite) ont été obtenues à l’aide d’un petit drone, moyen bien connu du photojournaliste et qui est devenue une technique courante parmi les journalistes. Certains compatriotes de Murtaja ont supposé que c’était la raison pour laquelle Israël l’avait pris pour cible, bien que ses collègues de Ain Media insistent sur le fait que le jeune homme n’utilisait pas de drone au moment où il a été assassiné.

Ezz Abu Shanab, rédacteur en chef de l’agence de presse Skypress, a été blessé par une balle au pied. « Je me tenais avec mes collègues sur une petite colline, à environ 200 mètres des manifestants. Nous étions clairement identifiés comme des journalistes, portant nos casques et vestes de presse. Soudain, nous nous sommes retrouvés directement pris pour cibles par les tireurs israéliens. L’un des membres de mon personnel a survécu à une balle qui a touché sa veste de protection et j’en ai reçu une dans le pied. »

Le Centre palestinien pour le Développement et la Liberté des médias (MADA) appelle à la création d’une commission d’enquête indépendante chargée d’enquêter sur le meurtre de Murtaja et l’utilisation excessive de la force par les forces israéliennes d’occupation à l’encontre des journalistes. Les responsables de MADA ont ajouté que depuis le début des années 2000, et avec le meurtre de Murtaja, 42 journalistes de Cisjordanie et de la bande de Gaza ont été assassinés par les troupes d’occupation.

Reporters sans frontières (RSF) s’est associée à la condamnation : « Le photographe palestinien Yasser Mutaja portait un gilet portant la mention » presse « : il était visiblement victime d’un coup volontaire », a déclaré sur Twitter Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. « RSF condamne de la façon la plus vive les tirs délibérés sur des journalistes par l’armée israélienne ».

Le documentaire d’Al Jazeera montrait toutefois plus que le talent et le courage de Murtaja ; il reflétait aussi son grand cœur. Plus tard, il s’est lié d’amitié avec la petite fille dont il avait filmé le sauvetage, contribuant à éclairer sa vie après le traumatisme causé par la perte de nombreux membres de sa famille et présenté dans le film.

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Yasser Murtaja et la petite Bisan Daher, à laquelle il était resté lié après avoir filmé son sauvetage – Photo : Réseaux sociaux

Malheureusement, Murtaja n’a jamais eu l’occasion de partager son cœur et ses talents au-delà de Gaza. Le moment où il a été le plus près de sortir de Gaza remonte à février, lorsqu’il avait quitté la bande de Gaza par le point de passage de Rafah pour se rendre en Égypte. Hélas, après des heures d’attente du côté égyptien de la frontière, il avait été refoulé en raison de l’instabilité des conditions de sécurité dans le Sinaï.

Dans son dernier message sur son compte Facebook le 24 mars, il exprimait son désir de voyager. (Al-Weheidy a raconté que le rêve de Murtaja était de se rendre en Turquie pour exposer ses images de Gaza.) Murtaja a partageait une photo aérienne du port de la ville de Gaza, tel que capturé par son drone, et il disait : « Quand arrivera-t-il le jour où je pourrai prendre une telle photo en étant dans le ciel, et pas au sol ? Je m’appelle Yasser, j’ai 30 ans, je vis à Gaza et je n’ai jamais voyagé de ma vie! »

* Fadi O. Al-Naji, âgé de 23 ans, est diplômé en langue et littérature anglaises de l’Université Al-Azhar à Gaza.


9 avril 2018 – WeAreNotNumbers – Traduction : Chronique de Palestine

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