L’Autorité de Ramallah interdit violemment toute manifestation de soutien à Gaza

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L'Autorité palestinienne et ses sbires se comportent comme une dictature, tout en étant à la botte de l'occupant israélien - Photo : Amnesty
Yara Hawari – La police de l’Autorité palestinienne a utilisé des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des matraques pour disperser les manifestants qui dénonçaient les sanctions contre la bande de Gaza.

Mercredi soir à Ramallah, les gens se sont à nouveau mobilisés dans le cadre d’une nouvelle campagne appelant l’Autorité Palestinienne (AP) à lever les sanctions qu’elle a imposées à Gaza.

Les sanctions comprennent la réduction de plus de 30% des salaires des employés du gouvernement et la retraite anticipée forcée de près d’un tiers des employés de l’Autorité palestinienne à Gaza. Mesures radicales en elles-mêmes, ces sanctions sont rendues encore plus brutales dans le contexte du siège israélien imposé sur Gaza, qui ne produit que chômage et pauvreté.

Les manifestants voient les sanctions comme un moyen d’accentuer le blocus de Gaza et de pratiquer une punition collective. Ils rejettent également la forte division politique et la lutte de pouvoir entre le Fatah et le Hamas.

La manifestation de mercredi a eu lieu à la suite d’une manifestation similaire qui s’était déroulée dimanche à Ramallah et avait attiré près de deux mille personnes. Il y avait eu très peu de violence dans la manifestation de dimanche, mais ce qui s’est passé mercredi soir était une autre histoire.

Mardi, un jour avant la manifestation prévue, l’AP a annoncé l’interdiction de toutes les formes de manifestations jusqu’à la fin de l’Aïd al-Fitr, la fête musulmane qui marque la fin du mois de Ramadan. Cela a permis à l’Autorité palestinienne de traiter la manifestation prévue d’ « illégale » et d’organiser ses forces pour la disperser.

Avant la manifestation, les rues de Ramallah étaient remplies de policiers. Les agents ont été placés dans des endroits stratégiques dans l’objectif évident d’intimider les militants.

Peu de temps après que les manifestants ont commencé à se rassembler, armés de rien d’autre que des affiches disant « Gaza nous unit », les forces de répression ont commencé à tirer des gaz lacrymogènes et à lancer des grenades assourdissantes. Des policiers lourdement armés en tenue anti-émeute ont également brandi des matraques et utilisé des pistolets Taser contre les manifestants non armés. À la fin de la nuit, plus de 40 manifestants avaient été arrêtés. Les manifestants détenus ont été tabassés dans des véhicules de police et des postes de police. La plupart des détenus ont été libérés rapidement, mais tous ont été blessés.

La pire des violences n’est pas venue de la police, mais des voyous payés par le Fatah, connus familièrement sous le nom de « baltajiyeh », qui se sont joints à la police pour battre et intimider les manifestants. Identifiables par les casquettes blanches qu’ils portaient, ces hommes étaient incroyablement violents envers les manifestants et ont harcelé sexuellement et agressé plusieurs femmes dans la foule.

L’intimidation des militants en Palestine, en particulier ceux qui critiquent l’AP, n’est pas nouvelle. De nombreuses manifestations similaires ont été réprimées par le passé, et ce qui s’est passé mercredi soir ne devrait surprendre personne. Les dirigeants qui ont commandité l’attaque des manifestants pacifiques cette semaine étouffent l’opposition politique depuis des années. Ils a également échoué à tenir des élections démocratiques depuis plus d’une décennie.

Pourtant, malgré tout son autoritarisme et son agressivité envers son propre peuple, l’AP a toujours le soutien de la dite communauté internationale et ses forces de sécurité sont célébrées pour leur efficacité. En 2006, les forces de sécurité de l’AP ont été réformées et recyclées dans le cadre d’une initiative menée par le Coordinateur de la sécurité des États-Unis (USSC) et le Bureau de coordination de l’Union européenne pour le soutien de la police palestinienne (EUPOL COPPS). Ils ont depuis été congratulés par divers politiciens israéliens pour leur coopération et leur aide dans la prévention des soi-disant « activités terroristes ».

Après la manifestation de dimanche dernier, l’Autorité palestinienne a affirmé que la campagne en cours à Ramallah contre les sanctions de Gaza était organisée directement par le Hamas. Cependant, ce n’est clairement pas le cas. La campagne contre les sanctions contre Gaza est un mouvement populaire non partisan. Des Palestiniens de tous les milieux et de toutes les affiliations politiques se sont rassemblés mercredi à Ramallah pour protester.

L’objectif principal de la campagne est de lever les sanctions qui exacerbent les souffrances causées par le siège israélien. Mais elle tente également de contester la fragmentation du peuple palestinien, en soulignant qu’il ne fait qu’un – de Gaza à Haïfa en passant par Ramallah – et que son seul adversaire sont les colonies israéliennes et tous les mécanismes de contrôle.

Ce qui est plus clair que jamais aujourd’hui, c’est que l’AP a perdu toute légitimité. En tant que sous-produit d’Oslo, elle reste un mécanisme qui vise à maintenir le peuple palestinien sous occupation et dans la soumission dans les territoires de 1967. Elle ne représente pas les réfugiés palestiniens dans les autres pays ou les Palestiniens vivant dans les territoires de 1948.

Mais la communauté internationale continue son partenariat avec l’AP et, pire encore, continue de financer sa brutalité envers son propre peuple.

Le début des manifestations de la Grande marche de retour à Gaza il y a plusieurs mois a montré la renaissance de l’organisation populaire palestinienne. En effet, de Haïfa à Ramallah, Gaza unit le peuple palestinien !

* Yara Hawari est analyste politique à Al-Shabaka, le groupe de réflexion palestinien.

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15 juin 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine