Que sont devenus « les trésors cachés de Gaza » de Nafez Abed ?

Photo : communiquée aimablement par Nafez Abed - Photo : Ahmed Abed

Par Hamza Abu Eltarabesh

Nous reproduisons ici un article publié par The electronic Intifada et traduit par Agence Média Palestine, remontant au 19 avril 2016. M. Nafez Abed nous a fait part il y a quelques jours de la façon dont son fonds d’objets archéologiques a été dilapidé dans le contexte de la guerre génocidaire infligée par Israël à la Bande de Gaza.

Une petite pièce sur un toit dans le camp surpeuplé de la Plage dans la Bande de Gaza occupée ressemble à un musée archéologique en miniature.

C’est l’atelier de Nafez Abed, 55 ans, qui étudie des objets archéologiques afin de les reproduire fidèlement dans les moindres détails.

Eléments biographiques : « Nafez Abed vivant à Gaza est ancien employé de l’Autorité palestinienne, département du tourisme et des antiquités, branche civile, responsable de département et directeur adjoint du site d’Abu Khadra de Travail, Restauration et Reproduction d’antiquités. Il a visité le musée du Louvre en France en 1997 dans le cadre d’une mission représentant l’Autorité palestinienne, et il a suivi un cours au musée d’Arles dans le sud de la France, dont le directeur était alors Tabrik Blair. Il a participé aux travaux de l’Institut du monde arabe dans le cadre de la mission de l’Autorité palestinienne. »

Abed copie des antiquités photographiées dans les livres d’histoire et celles qu’il a vues lors de ses visites dans les sites archéologiques de Gaza, qui a été traversée par de nombreuses civilisations, comme les autres pays arabes et l’Europe.

« J’ai commencé à rassembler et à copier des restes archéologiques un an après ma libération d’une prison israélienne en 1987 », a dit Abed. Selon Abed, Israël l’avait accusé d’activités avec le parti de gauche, le Front Populaire de Libération de la Palestine [FPLP]. »

Nafez Abed dans son atelier sur un toit à Gaza - Photo : Momen Faiz
Copie d’un ancien artefact par Nafez Abed - Photo : Momen Faiz
Répliques de pièces de monnaies anciennes réalisées par Nafez Abed dans son petit atelier - Photo : Momen faiz

« Je n’ai pas étudié la sculpture, mais, avec la pratique et l’expérience, je suis devenu un expert de l’imitation et de la copie », a-t-il ajouté.

Les objets qu’il copie vont de l’époque grecque à l’époque islamique et comportent des mosaïques, des pièces de monnaie, des boutons et des poteries.

« J’essaie de trouver un musée pour y présenter notre patrimoine et construire un pont sur le fossé qui sépare les amoureux du patrimoine et les époques vers lesquelles on ne peut pas retourner », a dit Abed.

Abed espère aussi transmettre son savoir à la jeune génération. « L’art ouvre l’esprit des jeunes vers des angles différents et développe l’espoir », a-t-il dit.

« Nafez Abed possèdait un musée sur le toit de la maison, composé de plusieurs pièces qui contiennent un grand nombre d’objets de valeur, originaux et imités. On y trouvait des sculptures en marbre représentant des Césars et des empereurs grecs et romains, notamment l’empereur Auguste, Alexandre le Grand, Alexandre le Grand, le roi Néron et tous les grands Césars, ainsi que des pièces de monnaie antiques d’un poids notable et en argent, d’Alexandre de Macédoine. S’y trouvait aussi des lampes à huile en poterie, qui étaient utilisées pour l’éclairage. Le tout constituant un fonds de grande valeur. »

La situation actuelle de Gaza met en danger le travail d’Abed en vue de préserver l’héritage de ce portail historique entre les civilisations.

« Terrifié »

« Pendant la dernière guerre, j’avais extrêmement peur pour mes sculptures ; elles sont très chères à mon coeur », a-t-il dit.

Le plus grand obstacle pour le travail d’Abed, c’est le blocus qu’Israël impose à Gaza depuis bientôt dix ans et qui empêche l’importation des matériaux de base dont Abed a besoin pour son travail.

La fermeture par l’Egypte du passage de Rafah – seul point de sortie et d’entrée pour la très grande majorité des 1.8 millions de résidents – isole la bande côtière du reste du monde et empêche les artistes comme Abed d’exporter et de montrer leur oeuvre à l’étranger.

Les conditions actuelles à Gaza font qu’il n’y a ni tourisme, ni l’industrie des souvenirs qui l’accompagne.

Mais le petit atelier d’Abed est devenu une destination pour les rares visiteurs étrangers, de même que pour les collectionneurs palestiniens. « Des délégations hollandaise, américaine, polonaise, française, allemande et suisse sont venues dans cette petite pièce », a-t-il dit.

Abed a dit qu’un jour, on lui avait proposé de travailler au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, mais il a refusé pour pouvoir se concentrer sur son travail en Palestine.

« Hélas, ce musée a été complètement détruit par la guerre qui a conduit au bombardement de notre maison et le musée s’est retrouvé sous les décombres, tandis qu’une partie a été volée par des personnes mal intentionnées et maintenant nous sommes en errance et dans des camps de réfugiés et nous avons fui du nord au sud et laissé derrière nous notre maison, nos rêves, nos souvenirs et notre beau musée sur le toit de la maison dont le fonds était estimée à une très grande valeur. Je suis très affecté par cette perte immense. » – Nafez Abed & commentaires communiqués par son fils Ahmed Abed.

A ce moment là, expliqua Abed, il travaillait pour l’Autorité Palestinienne ; il avait été nommé en 1995 à un poste au ministère du tourisme et des antiquités par feu Yasser Arafat.

Abed a dit qu’il avait travaillé avec des experts européens sur des sites archéologiques en Cisjordanie occupée, sites inaccessibles à la plupart des Palestiniens de Gaza à cause des sévères restrictions de circulation imposées par Israël. Il a participé à des projets de restauration au Louvre en France et en Suisse.

Les guerres, le siège

Abed souhaite que l’on apporte plus d’attention à la préservation de l’important patrimoine archéologique de Gaza.

« Les monuments de Gaza sont en danger à cause des guerres successives, du siège, du rôle restreint des autorités responsables, et du manque de sensibilisation de la société »,a-t-il dit.

Israël a endommagé et détruit des sites historiques et se les est appropriés pour étendre ses colonies et son contrôle sur la terre. Et en plus des menaces dues à l’occupation, un porte-parole du ministère du tourisme et des antiquités à Gaza a dit qu’il n’y avait pas assez de ressources et de savoir-faire pour restaurer et préserver les antiquités de la Bande.

« Gaza est pleine de trésors cachés des grandes civilisations », a dit Abed. « Il faut apporter plus d’attention à leur préservation. »

Pour une aide à la famille de Ahmed N Abed, souscrivez ici.

19 avril 2019 – The Electronic Intifada – Traduction : Agence Média Palestine

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