20 décembre 2025 - Un membre de la défense civile palestinienne participe aux opérations de recherche menées par les équipes dans le quartier d'Al-Amal à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, pour retrouver les corps de Hussein Abu Hilal et de sa famille. M. Abu Hilal, sa femme et ses trois filles ont été tués le 13 août 2025 lorsque leur maison a été touchée par une frappe aérienne israélienne. Seule l'une de ses filles, Huda, a survécu. Les opérations de recherche se déroulent dans un contexte de grave pénurie de ressources, alors que des milliers de corps seraient encore ensevelis sous les décombres dans toute la bande de Gaza. Israël empêche l'entrée dans la bande de Gaza des équipements lourds nécessaires et les Palestiniens se voient refuser l'accès à une grande partie du territoire situé au-delà de la « ligne jaune » - Photo : Doaa Albaz / Activestills
Par Diana Buttu
Dans une décision qui pourrait s’avérer fatale, le gouvernement israélien a informé 37 organisations humanitaires étrangères, dont Médecins sans frontières, qu’elles ne pouvaient plus opérer en Palestine. Où est l’indignation ?
C’est ce que j’appelle « la mort par mille coupures » : la manière lente, méthodique et bureaucratique de tuer ou de détruire quelque chose que le gouvernement israélien a perfectionnée au fil des décennies. Elle s’accompagne toujours d’un faux argument sécuritaire, mais la véritable raison est de contrôler la vie des Palestiniens, de leur rendre la vie impossible, pour finalement nous effacer.
Nous observons ce schéma depuis des décennies, non seulement dans la manière dont Israël tente de voler des terres, d’ériger des checkpoints ou de détruire nos maisons, mais aussi dans la manière dont il tente de contrôler le travail des organisations non gouvernementales palestiniennes et internationales.
Il n’est donc pas surprenant qu’Israël ait désormais interdit de facto des dizaines d’organisations non gouvernementales internationales (ONGI) travaillant en Palestine.
C’est une coupure fatidique et mortelle, qui était planifiée et que nous avons vue venir. Pourtant, l’indignation des gouvernements étrangers dont ces groupes d’aide vitaux sont originaires a été pour le moins minime.
Un espace qui ne cesse de rétrécir
Depuis au moins une décennie, les organisations de la société civile palestinienne documentent ce qu’elles appellent « l’espace qui se rétrécit » dans lequel elles peuvent opérer, à l’instar de « l’espace qui se rétrécit » dans lequel vivent les Palestiniens.
Les ONG palestiniennes ont été qualifiées d’organisations « terroristes » par Israël pour avoir notamment défendu des enfants palestiniens contre l’emprisonnement. Plus récemment, les États-Unis ont imposé des sanctions à trois ONG palestiniennes simplement pour avoir demandé à ce qu’Israël soit traduit devant la Cour pénale internationale.
Des entités soutenues par Israël, telles que NGO Monitor, ont passé plus de deux décennies à traquer le personnel des ONG palestiniennes, à les harceler sur les réseaux sociaux et à rédiger des rapports (déformés) afin de faire licencier leur personnel ou de réduire le financement de ces organisations.
Ces attaques ont visé les ONG palestiniennes basées dans toute la Palestine, que ce soit en Cisjordanie, à Jérusalem, à Gaza ou même dans la Palestine de 1948.
Au cours des deux dernières années, Israël (et les États-Unis) s’en sont pris à l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA. Aujourd’hui, Israël s’en prend aux ONG internationales, interdisant à 37 organisations, dont Médecins sans frontières, le Conseil norvégien pour les réfugiés, l’International Rescue Committee, Mercy Corps, World Vision et Handicap International, d’opérer dans la bande de Gaza dévastée et en Cisjordanie.
Le 30 décembre 2025, Israël a envoyé des notifications à ces 37 ONG, les informant que leur enregistrement expirerait le lendemain et leur donnant 60 jours pour « cesser leurs activités » dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Pourquoi ? Parce qu’Israël veut s’assurer qu’il n’y ait aucun témoin ou critique étranger de son génocide (continu) à Gaza et de ses attaques en Cisjordanie, et n’enregistre que les ONG qui ne critiquent pas Israël, à aucun égard.
Selon ces nouvelles réglementations, les ONG internationales doivent fournir à Israël toutes les données concernant leur personnel palestinien et international, ce qui viole de nombreuses lois européennes sur la protection de la vie privée auxquelles beaucoup de ces organisations sont soumises, et met ces Palestiniens en danger, Israël ayant tué plus de 500 travailleurs humanitaires depuis le 7 octobre.
De plus, et écoutez bien, le ministère refusera l’enregistrement si l’organisation (y compris tout titulaire de fonction, partenaire, membre du conseil d’administration ou fondateur) ou tout employé : (1) ne reconnaît pas Israël comme un « État juif et démocratique » ; (2) a appelé au boycott d’Israël au cours des sept dernières années ; (3) a promu des campagnes (non définies) de « délégitimation » contre Israël ; ou (4) a exprimé son soutien à des poursuites judiciaires contre des citoyens israéliens dans un pays étranger ou devant un tribunal international pour crimes de guerre.
Ce qui est intéressant, c’est que même si Israël s’efforce de prétendre qu’il s’agit d’une question de « sécurité », il ne parvient pas vraiment à convaincre. En fait, pour comprendre de quoi il retourne, il suffit de regarder le nom du ministère israélien qui interdit ces ONG humanitaires : le ministère des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme.
Comme vous le savez sans doute déjà, selon Israël, toute critique de cet État raciste, fasciste et génocidaire équivaut à de l’antisémitisme.
Il est donc naturel que le ministère créé pour lutter contre ce phénomène se concentre exclusivement sur la répression des organisations qui fournissent de l’eau potable aux familles de Gaza (après qu’Israël ait bombardé les infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement) ou des organisations qui fournissent de la farine aux boulangeries (après qu’Israël ait passé près de deux ans à affamer les Palestiniens), ou celles qui fournissent des soins de santé et envoient des médecins (après qu’Israël ait bombardé les 36 hôpitaux de Gaza et tué de nombreux médecins spécialistes de Gaza) ou celles qui veillent à ce que les enfants puissent poursuivre leurs études (malgré le fait qu’Israël ait bombardé leurs écoles et tué leurs enseignants) ; ou les groupes qui fournissent la grande majorité des abris dans la bande de Gaza (après qu’Israël ait systématiquement bombardé et démoli plus de 90 % des logements). Selon la logique tordue d’Israël, il est logique de refuser des prothèses aux enfants de Gaza, car cela permettrait de lutter contre l’antisémitisme.
Les « derniers témoins étrangers »
J’ai discuté avec plusieurs membres du personnel d’ONG internationales, et beaucoup craignaient d’être cités dans cet article. Ils s’inquiètent pour leurs collègues palestiniens, dont la vie continuera d’être en danger, et craignent de ne jamais pouvoir retourner en Palestine. L’un de ces travailleurs humanitaires m’a dit :
« Je ne suis pas surpris que les Israéliens aient agi ainsi, car nous avons vu la direction que ce pays a prise. Ils ont déjà interdit l’accès aux journalistes étrangers, et les humanitaires sont désormais les derniers témoins étrangers. Les organisations que nous représentons sont celles qui ont appelé à un cessez-le-feu, à la protection des civils et à la responsabilisation. C’est le rôle des travailleurs humanitaires. Israël pense qu’en nous expulsant, il pourra mettre fin à notre action de sensibilisation, mais ironiquement, ce ne sera pas le cas. »
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des ONG internationales sont interdites par Israël : en 2019, Israël a révoqué le visa de travail d’Omar Shakir, de Human Rights Watch (HRW), au motif qu’il avait appelé au boycott d’Israël lorsqu’il était étudiant et semblait faire de même dans le cadre de son travail pour HRW.
L’objectif était alors clair : faire taire les détracteurs d’Israël. À l’époque, peu de gens pensaient qu’Israël imposerait cette mesure à toutes les ONG.
Lorsque Omar a été expulsé, les diplomates étrangers ont publié des déclarations de peu de consistance condamnant son expulsion, et cela s’est arrêté là. Aujourd’hui, nous en sommes au même point : les mêmes déclarations diplomatiques évasives et vides de sens expriment leur « inquiétude » face aux actions d’Israël, mais ne font rien pour l’arrêter.
Les ministres des Affaires étrangères du Canada, du Danemark, de la Finlande, de la France, de l’Islande, du Japon, de la Norvège, de la Suède, de la Suisse et du Royaume-Uni ont même exprimé leur « grave préoccupation » et qualifié cette situation d’« inacceptable ». Waouh… Cela va sûrement effrayer Israël.
Je ne serais pas surprise que ces mêmes pays fassent pression sur les ONG pour qu’elles fassent tout leur possible pour apaiser un Israël inapaisable, plutôt que de faire pression sur Israël pour qu’il cesse de resserrer l’étau autour du cou des Palestiniens.
Selon la logique d’Israël, les Palestiniens ont le droit de recevoir de l’aide (parfois) et devraient être reconnaissants à Israël de nous permettre de vivre. Mais si quelqu’un ose s’exprimer ouvertement, alors, selon la logique bancale d’Israël, c’est tout simplement inacceptable.
Mais cela ne va-t-il pas à l’encontre de la logique de l’aide humanitaire ? Le travail des travailleurs humanitaires n’est-il pas de mettre en évidence les raisons pour lesquelles l’aide humanitaire est nécessaire afin de garantir que ces systèmes défaillants soient réparés ?
Pourquoi nous, Palestiniens, aurions-nous besoin d’aide si Israël ne faisait pas tout pour nous faire disparaître de la surface de la Terre ?
Et quelle « démocratie » se sentirait tellement menacée qu’elle aurait besoin que les travailleurs humanitaires s’engagent à ne jamais demander que des criminels soient poursuivis ? Seuls ceux qui commettent un génocide, je suppose.
Auteur : Diana Buttu
* Diana Buttu est avocate et analyste palestinienne. Conseillère politique de Al-Shabaka, Diana Buttu est une avocate qui a été conseillère juridique de l’équipe de négociateurs palestiniens et membre de l’équipe qui a participé aux poursuites contre le Mur devant la Cour internationale de Justice. Elle intervient fréquemment sur la Palestine sur des chaînes de télévision internationales comme CNN et la BBC. Elle est également une analyste politique d’Al Jazeera International et elle contribue régulièrement à The Middle East magazine et à Zeteo. Diana Buttu conserve une activité juridique en Palestine, principalement en droit international appliqué aux droits de l’homme.
7 janvier 2025 – Zeteo – Traduction : Chronique de Palestine

Soyez le premier à commenter