Une attaque israélo-US sur l’Iran sera une descente aux enfers

À l'occasion du 45e anniversaire de la révolution islamique iranienne, qui a eu lieu le 11 février 1979 sous la direction de l'ayatollah Ruhollah Khomeini, un événement a été organisé sur la place Azadi, dans la capitale Téhéran. Une personne participant à l'événement porte une affiche représentant Qassem Soleimani, commandant de la Force Quds de l'Armée des Gardiens de la révolution islamique iranienne, assassiné dans une attaque menée par les États-Unis en Irak - Photo : Fatemeh Bahrami / AA

Par Robert Inlakesh

Les appels occidentaux en faveur d’un changement de régime en Iran recyclent la propagande de guerre habituelle pour masquer la réalité : à savoir que toute attaque déclencherait un conflit régional dévastateur, et non un effondrement rapide du pays.

Alors que les médias traditionnels et les influenceurs des réseaux sociaux se sont lancés dans une propagande éhontée en faveur du changement de régime en Iran, à coups de statistiques non vérifiées, d’affirmations fabriquées de toutes pièces et de négations de la réalité objective, il est important de dépasser tout cela et de se poser la question essentielle : à quoi ressemblerait une guerre visant à changer le régime en Iran ?

Avant d’aller plus loin, je me dois d’insister sur le fait que la vague actuelle de propagande en faveur d’un changement de régime en Iran, dont le but implicite est de susciter le consentement à la guerre, n’est pas fondamentalement différente des affirmations et arguments qui servent depuis des décennies à justifier les guerres d’agression.

L’année dernière, Israël a attaqué l’Iran en violation flagrante de la Charte des Nations unies et, peu après, les États-Unis, se sont joints à cette agression illégale. Il faut d’ailleurs noter qu’il est devenu inutile de se référer au droit international, celui-ci ayant été rendu caduc par l’alliance américano-israélienne depuis le 7 octobre 2023.

Au lendemain de la guerre de 12 jours de juin dernier, les think tanks américains favorables à la guerre, du Washington Institute for Near East Policy (WINEP) à la Foundation for the Defense of Democracies (FDD) en passant par l’Atlantic Council, ont tous commencé à élaborer des plans sur ce que devrait être la prochaine étape ainsi que les objectifs à atteindre.

Entre-temps, le 7 juillet, Axios News a cité ses sources affirmant qu’Israël cherchait déjà à obtenir le feu vert pour une nouvelle attaque et qu’il pensait que les États-Unis le lui accorderaient.

Avance rapide jusqu’au 28 décembre 2025, date à laquelle des manifestations pacifiques ont éclaté en Iran pour dénoncer la mauvaise gestion par le gouvernement de la crise économique qui s’aggravait, causée par les sanctions économiques occidentales.

Le lendemain, le 29 décembre, l’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett a publié une vidéo dans laquelle il évoquait un soulèvement antigouvernemental de masse, qui n’avait pas encore eu lieu. Son message était accompagné d’innombrables vidéos anciennes et d’images générées par l’IA illustrant une telle rébellion.

Au moment même où cela se produisait, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rendait visite au président américain Donald Trump à Mar-a-Lago, où, selon plusieurs médias, il réclamait une attaque américaine contre l’Iran et l’obtenait. Début janvier 2026, des éléments violents ont soudainement fait leur apparition et des manifestations appelant à la chute du gouvernement ont commencé.

Les 8, 9 et 10 janvier, la situation s’est considérablement aggravée lorsque l’Iran a coupé l’accès à Internet dans tout le pays. Les images ont révélé que les foules les plus importantes participant aux émeutes et aux manifestations ne comptaient que quelques dizaines de milliers de personnes, mais de nombreux groupes d’émeutiers ont émergé dans tout le pays.

Les médias occidentaux et les influenceurs pro-israéliens sur les réseaux sociaux avaient alors déjà construit leur propre récit, qualifiant ce qui se passait de « révolution » de « millions de personnes à travers l’Iran » et affirmant que des manifestants pacifiques étaient massacrés pour avoir défendu leur liberté.

Sans entrer dans les détails, il suffit de dire que ce que nous voyons dans les médias grand public à propos de l’Iran relève d’un univers parallèle. Il y a un rejet total de toute nuance, une incapacité à reconnaître que les manifestations pro-gouvernementales de masse ont été plus importantes que les émeutes, un refus de diffuser les innombrables vidéos montrant des militants armés dans les rues et les destructions massives causées par les émeutiers.

Au contraire, l’Iran est présenté comme un « régime maléfique » qui « massacre son propre peuple » uniquement parce qu’il manifeste pacifiquement pour sa liberté, dans une propagande qui instrumentalise au passage les droits des femmes.

Même ceux qui admettent que plus de 160 membres des forces de sécurité iraniennes ont été tués, dont certains décapités et brûlés vifs, continuent de soutenir qu’une révolution pacifique a eu lieu.

Une révolution qui, selon eux, allait renverser le gouvernement en quelques jours ou quelques semaines.

Il suffit de revenir sur les dernières décennies pour voir les mêmes scénarios de changement de régime à l’œuvre. Le féminisme colonial utilisé pour justifier ces guerres d’agression a été évident tout au long de ces dernières années, en particulier dans le cas de l’Afghanistan.

Pourtant, après 20 ans de guerre et 2000 milliards de dollars provenant des contribuables, il était clair que la plus longue guerre menée par les États-Unis n’avait rien à voir avec la « libération des femmes afghanes ».

Gardez également à l’esprit que la propagande sur les atrocités peut provenir de sources dites fiables en particulier lorsqu’elle est utilisée pour rallier le soutien à un objectif de politique étrangère aussi important que le renversement du gouvernement iranien.

Par exemple, avant la première guerre du Golfe, Amnesty International a confirmé des allégations totalement inventées selon lesquelles des soldats irakiens auraient sorti des bébés de leurs couveuses pour les jeter à terre.

Pour justifier l’intervention de l’OTAN, l’ancien président libyen Mouammar Kadhafi a également été accusé d’avoir « assassiné son propre peuple », lors de manifestations soi-disant pacifiques pour soi-disant instaurer la démocratie. Ces accusations ont été suivies de toute une série de statistiques totalement inventées et d’histoires farfelues, qu’aucun média grand public n’osa contester.

À chaque fois, le cycle est le même : un récit totalement fictif est construit pour justifier une sorte d’« intervention humanitaire » avant que, plus tard, lorsqu’il est trop tard, tout le monde reconnaisse qu’une grande partie était exagérée, voire carrément fausse.

Mais avant l’intervention, quiconque ose remettre la propagande en question est qualifié de « marionnette du régime » et délégitimé par des insultes.

Des membres de la diaspora de ce pays, mécontents de son régime, sont également utilisés pour inventer des histoires larmoyantes et appeler à un changement de régime, une manœuvre politique méprisable.

À quoi ressemblerait une guerre contre l’Iran ?

Une guerre avec l’Iran pourrait prendre de nombreuses directions différentes, en fonction des nombreuses données et évènements qui influencent nécessairement la prise de décision de toutes les parties.

Le premier chapitre de cette brève analyse doit donc porter sur la différence entre ce qui se passe réellement à l’intérieur de l’Iran et les descriptions fictives fournies par les médias du système occidental.

L’Iran n’est ni le Venezuela, ni la Syrie. La République islamique d’Iran, pour commencer, possède des capacités militaires qui dépassent celles de tous les autres acteurs d’Asie occidentale, à l’exception des armées israélienne et turque. Même ces dernières ne possèdent pas le volume de missiles balistiques, de missiles de croisière ou de drones que l’Iran a fabriqués en série.

Ce qui manque à Téhéran en termes de développement technologique de pointe, il le compense par son arsenal de missiles offensifs et de drones, qui lui permet de frapper les bases israéliennes et américaines dans toute la région. Ces capacités ont désormais fait leurs preuves sur le champ de bataille.

Sur le terrain, l’Iran dispose de son Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ainsi que de son armée régulière. Selon des estimations prudentes, l’IRGC compterait environ 190 000 hommes en service actif, tandis que l’armée régulière compterait 420 000 membres en service actif.

À cela s’ajoute une force paramilitaire volontaire connue sous le nom de Basij, qui serait capable de mobiliser plus d’un million de combattants si nécessaire.

L’armée iranienne est bien entraînée, bien armée et mène constamment des exercices destinés à lutter contre les insurrections et les forces d’invasion étrangères. Le territoire iranien est également montagneux et vaste, ce qui signifie que même si des erreurs sont commises, il est possible de regagner le terrain perdu.

Tous les jeux de guerre américains précédents estimaient au début des années 2000 qu’une invasion de l’Iran aurait été un désastre pour les forces américaines. Et c’était avant que les Iraniens ne développent leur force militaire comme ils l’ont fait au cours de la dernière décennie.

Les millions d’Iraniens qui ont manifesté leur soutien au gouvernement en descendant dans la rue pour protester sont également un signe fort du soutien dont bénéficie le gouvernement actuel. Bien que les données d’enquête soient rares, une grande partie de la population iranienne est en effet socialement conservatrice et croit en la doctrine religieuse de la République islamique.

Un autre élément à prendre en compte ici est que l’opposition iranienne n’a pas de véritable leader. Le fils du Shah dispose d’une base de soutien très réduite en Iran et est largement considéré comme une simple marionnette d’Israël.

Il y a ensuite les minorités iraniennes, qui ont réussi à coexister beaucoup mieux sous la République islamique que sous le régime de l’ancien Shah, car le système religieux chiite ne gouverne pas uniquement pour la majorité perse et n’a pas les mêmes tendances ethno-suprémacistes que les précédents dirigeants iraniens.

Outre les forces iraniennes, il y a aussi les alliés régionaux de l’Iran. Il s’agit notamment d’Ansarallah au Yémen, du Hashd al-Shaabi irakien, du Fatimeyoun afghan, du Zeinabiyoun pakistanais, de l’ensemble de la résistance palestinienne et du Hezbollah au Liban. Ce sont les principaux acteurs, mais il existe également divers autres groupes avec lesquels l’Iran a établi des partenariats.

Une question subsiste quant au rôle que jouera la Chine pour soutenir l’Iran, tandis que la Russie devrait également fournir une aide quelconque. Pékin, en particulier, ne peut se permettre de perdre le pétrole iranien et a déjà signé un accord de partenariat économique avec Téhéran.

Il est clair, au bout du compte, que les Iraniens ont plusieurs cartes à jouer, et l’idée que le gouvernement tomberait sans combattre et que ses dirigeants s’enfuiraient est une pure fantaisie. Plusieurs scénarios pourraient se produire en cas de guerre ; voilà les principaux :

  • 1. L’Iran lance une série de frappes préventives.
  • 2. Les États-Unis bombardent symboliquement l’Iran et tentent de mener un conflit limité.
  • 3. Les Américains et les Israéliens mettent point un plan de changement total de régime.

Première option : il est possible que, compte tenu de l’échec des émeutes à créer des fractures majeures dans le système de la République islamique et à entraîner le pays dans une guerre civile, les États-Unis et Israël tentent d’inciter l’Iran à attaquer en premier. L’objectif serait de pouvoir évaluer l’ampleur du conflit dès les premières frappes, puis d’ajuster leur propre offensive en conséquence. Ce type de conflit serait probablement limité.

Deuxième option : une campagne aérienne américaine visant à porter un coup à l’Iran, dans l’espoir que cela conduise également à un changement de régime, mais principalement pour envoyer un message et prolonger le conflit. Un tel échange pourrait finir par dégénérer, selon la manière dont les deux parties choisiraient de riposter aux attaques de l’autre, mais l’objectif serait d’éviter une longue guerre.
Si ce type de rounds à la manière de la guerre des 12 jours devait se reproduire tous les ans ou à peu près, cela favoriserait grandement l’Iran. En effet, l’Iran reconstitue ses stocks beaucoup plus rapidement que les États-Unis et Israël.

Troisième et pire scénario : une guerre totale visant à renverser le régime. Que cela se produise à la suite d’une série d’attaques aériennes et terrestres menées par des mercenaires, ou d’une escalade de représailles qui y mènerait, il faut s’attendre à d’énormes pertes humaines et matérielles de tous côtés.

L’avantage militaire des États-Unis dans les airs est incontestable, même si une campagne aérienne seule ne suffira pas à renverser le gouvernement. Si cela se produisait, le pire scénario serait que les États-Unis frappent l’Iran à plusieurs reprises, peut-être en collaboration avec Israël, assassinant des dirigeants politiques et militaires, détruisant des dépôts d’armes, des sites de lancement de missiles, des infrastructures, des bâtiments gouvernementaux et des sites culturels.

Si l’Iran était incapable de se défendre efficacement contre une telle attaque, il lui faudrait environ quatre jours pour se relever. De fait, une telle attaque risquerait de radicaliser la population et de la pousser à redoubler d’efforts.

Si les États-Unis et Israël parviennent à assassiner l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei, il faut s’attendre à une guerre sans merci qui pourrait même s’étendre au-delà de la région. Plus qu’un simple guide suprême iranien, il est également un chef spirituel chiite, ce qui signifie que son rôle transcende celui d’un simple dirigeant d’un pays. Cela équivaudrait à assassiner le pape.

L’Iran dispose lui-même de plusieurs options : bombarder les bases américaines, frapper des avions américains, lancer des vagues beaucoup plus importantes de missiles balistiques sur Israël, et à ce stade, il est probable que les alliés de l’Iran se seraient mobilisés. Les Iraniens pourraient aussi fermer le golfe Persique en bloquant le détroit d’Ormuz, provoquant ainsi une crise économique mondiale.

Le Hezbollah, Ansarallah, le Hashd al-Shaabi, Zeinabiyoun, Fatemeyoun et les factions palestiniennes pourraient alors tous participer à une guerre totale, d’où il n’y aurait pas de retour en arrière possible.

Les chiites en particulier, ont une doctrine qui ne leur permet pas de reculer dans de telles situations ; ils interpréteront très probablement ces circonstances comme équivalentes à la bataille de Karbala, où le petit-fils du prophète de l’islam, Hussein, a été martyrisé.

Si cela se transforme en une guerre totale, tout le monde s’en mêlera, et la seule façon dont les Israéliens pourront probablement s’en sortir sera d’utiliser des armes nucléaires, ce qui pourrait bien ne même pas fonctionner.

Bien que ce scénario apocalyptique soit possible, il est probable que la guerre prendra fin avant d’en arriver là. D’une part, tous les alliés de l’Iran pourrait y participent cette fois-ci, et d’autre part, les États-Unis n’ont peut-être pas envie de s’engager dans une guerre d’agression longue, impopulaire et impossible à gagner.

L’administration Trump aime les guerres rapides qui ne prennent pas beaucoup de temps et a tendance à prendre le large lorsque les choses ne se passent pas comme elle le souhaite, comme nous l’avons vu avec son attaque contre le Yémen.

Il faut s’attendre à ce que les Israéliens et leurs alliés occidentaux mettent tout en œuvre pour provoquer une guerre civile en Iran. Jusqu’à présent, la syrianisation de l’Iran a échoué, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils vont y renoncer.

Tout cela pour dire que quelques frappes aériennes ne résoudront pas la question du changement de régime en Iran ; il s’agit d’un État idéologique bénéficiant d’un large soutien populaire et d’un grand nombre d’alliés prêts à se battre à ses côtés.

Par conséquent, l’idée que la République islamique d’Iran pourrait tomber en quelques jours ou en quelques semaines est tout simplement saugrenue.

19 janvier 2026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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