Main basse sur le Vénézuéla !

Photo : Rachael Boothroyd Rojas/Venezuelanalysis

17 avril 2017 - Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Caracas afin de célébrer le Jour de l'Indépendance et en défense du gouvernement chaviste - Photo : Rachael Boothroyd Rojas/Venezuelanalysis

Par Belen Fernandez

Sept ans après avoir profité de la tribune des Nations unies à New York pour mettre en garde contre un changement de régime imposé par les États-Unis et leur mainmise sur les ressources du Venezuela, la présidente par intérim du pays est revenue à la même tribune pour remercier le ploutocrate qui a imposé ces deux scénarios.

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, est montée hier à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, pour prononcer un discours sans consistance, dans lequel elle a remercié le président américain Donald Trump d’avoir renoué les « relations diplomatiques et la coopération » avec le Venezuela.

Le ton était assurément différent de celui qu’elle avait adopté au même lieu en septembre 2019, lorsqu’elle avait, en tant que vice-présidente sous Nicolas Maduro, accusé les États-Unis de se livrer à un « terrorisme économique » qui ne nécessitait pas le recours aux bombes, « mais plutôt aux banques et aux compagnies d’assurance ».

Dénonçant alors la militarisation des relations internationales par la superpuissance mondiale et les représailles infligées à des millions d’innocents « afin d’appliquer des doctrines de changement de régime et de s’accaparer les ressources d’autres nations », Mme Rodriguez avait ensuite évoqué, en 2019, les pertes économiques subies par le Venezuela, qui se sont élevées à 130 milliards de dollars rien qu’entre 2015 et 2018 [sous les présidences Obama puis Trump] en raison des sanctions américaines.

Elle avait en outre estimé que la domination du système politique américain par des « minorités ploutocratiques » rendait ce pays inapte à imposer son modèle à d’autres pays.

Sept ans plus tard, la ploutocratie américaine bat son plein avec Trump à sa tête – ce même Trump aux côtés duquel une Rodriguez souriante est apparue sur une photo prise à New York mardi, moins de neuf mois après qu’il eut orchestré un changement de régime au Venezuela en kidnappant Maduro.

Le président enlevé se trouve désormais lui aussi à New York, bien qu’en prison, et doit comparaître devant la justice US en juin 2027. Et ce, malgré ses tentatives de rappeler à tous qu’en tant que chef d’État en exercice, sa poursuite devant un tribunal étranger est contraire au droit international.

Rappelons bien qu’enlever les présidents d’autres pays est totalement illégal. Mais Trump a clairement fait savoir qu’il était le seul à décider de ce qui est permis ou non, jour après jour.

Le kidnapping a eu lieu le 3 janvier, lorsque l’armée américaine a lancé des frappes aériennes sur le Venezuela, tuant une centaine de personnes et emmenant Maduro et son épouse.

Maduro est accusé d’une série de méfaits, notamment d’être à la tête du « Cartel des Soleils » – qui, précisons-le, n’existe pas – et d’avoir pris part à un « complot visant à se procurer des mitrailleuses et des engins destructeurs ».

C’est une accusation pour le moins grotesque de la part d’un pays qui vient justement d’utiliser toutes sortes d’engins destructeurs pour bombarder le Venezuela et tuer un grand nombre de personnes.

Quoi qu’il en soit, l’hypocrisie éhontée n’a rien de nouveau au pays des « minorités ploutocratiques ».

Aujourd’hui, le désintérêt croissant des médias grand public pour le sort de Maduro est un nouvel encouragement à l’impunité des États-Unis, alors que le public en vient presque à oublier qu’un chef d’État étranger est incarcéré dans une prison de Brooklyn.

Mais la disparition de Maduro arrange bien Rodriguez, qui s’emploie à faciliter le vol même des ressources qu’elle dénonçait autrefois.

Rodriguez a pris la parole à l’ONU le lendemain de Trump, qui a profité de cette tribune pour se féliciter d’avoir bafoué la souveraineté vénézuélienne, ce qui a opportunément abouti à l’annonce faite le mois dernier par la Maison Blanche du « plus gros accord pétrolier de l’histoire mondiale », garantissant aux États-Unis le contrôle de plus de 65 milliards de barils de réserves pétrolières prouvées du Venezuela.

S’adressant à son auditoire international, Trump s’est vanté : « Au vainqueur revient le butin. Vous l’avez tous entendu dire. »

Peu importe que, par souci de discrétion, on ne soit pas censé admettre avoir attaqué un pays uniquement pour s’emparer de son pétrole. (On n’est pas non plus censé, en bonne société, menacer d’anéantir l’Iran – une autre des éructations lancées par Trump à l’ONU.)

Depuis janvier, les États-Unis ont levé de nombreuses mesures économiques coercitives contre le Venezuela (y compris contre Rodriguez elle-même), assouplissant ainsi le régime brutal de sanctions qui, selon l’ancien expert indépendant de l’ONU Alfred-Maurice de Zayas, aurait déjà causé la mort de 100 000 Vénézuéliens en 2020.

Mais échanger des sanctions contre un colonialisme de facto n’est pas non plus une bonne affaire.

Par ailleurs, les bombardements frénétiques et incessants menés par Trump contre des navires dans les Caraïbes et le Pacifique – qui, selon un récent rapport de l’ONU, pourraient constituer des crimes contre l’humanité – suggèrent que les États-Unis sont loin d’avoir renoncé à leur vieille habitude du terrorisme – raison de plus pour laquelle Rodriguez aurait pu s’abstenir de remercier le dirigeant américain pour sa « coopération ».

Comme me l’a fait remarquer avec diplomatie Gregory Wilpert, fondateur du site Venezuelanalysis et auteur de « Changing Venezuela by Taking Power » : « On ne peut s’empêcher de se demander si Delcy Rodríguez ne se montre pas trop conciliante envers Trump sur certains aspects de ses tractations avec lui. »

Soulignant que Delcy Rodriguez se trouve « dans une position extrêmement vulnérable », M. Wilpert a passé en revue quelques-unes des options qui s’offrent à elle, telles que « la possibilité que l’administration Trump la traite comme elle a traité Maduro – en la faisant kidnapper – ou comme elle a traité l’Iran, en tuant les plus hautes sphères du gouvernement du pays ».

Ou bien, a ajouté Wilpert, il y a toujours l’approche « cubaine », qui impliquerait « le genre de blocus économique » mis en place « dans le but d’affamer tout un pays ».

Dans son discours à l’ONU, Rodriguez a promis que le Venezuela organiserait des élections à une date non précisée – non pas que les États-Unis, pour leur part, se soucient en quoi que ce soit de démocratie tant que ce sont les bonnes personnes qui sont au pouvoir. Et bien qu’il soit encore trop tôt pour le dire, Rodriguez pourrait bien en faire partie.

24 septembre 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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