Les immeubles en ruines de Gaza se transforment en pièges mortels

16 septembre 2026 - Le corps d’un jeune homme est en train d’être extrait des décombres d’un immeuble résidentiel de quatre étages qui s’est effondré dans le quartier d’Al-Sina’a, à Gaza, tandis que les équipes de secours poursuivent leurs recherches pour retrouver des survivants et des personnes portées disparues. L’immeuble abritait des dizaines de familles déplacées et avait déjà été endommagé lors de bombardements israéliens. Selon les autorités de la protection civile de Gaza, une centaine de personnes sont portées disparues et au moins 21 ont été tuées. Le bureau des médias de Gaza a également averti que des milliers d’immeubles endommagés, dans lesquels des personnes déplacées trouvent refuge à travers la bande de Gaza, risquaient de s’effondrer. Malgré le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre 2025, la reconstruction dans la bande de Gaza reste entravée par le siège et les attaques israéliennes qui se poursuivent, laissant la grande majorité de la population sans abri adéquat - Photo : Yousef Zaanoun/Activestills

Par Mohamed Al-Astal

Alors que plus de 40 000 Palestiniens trouvent refuge dans des bâtiments menacés d’effondrement et qu’un hiver « cauchemardesque » approche, la Protection civile de Gaza met en garde contre une catastrophe évitable qui se profile sous nos yeux.

Amr Adas extrait les restes des vêtements de sa famille des décombres de l’immeuble Al-Sa’ada, tandis que des amis le soutiennent pour l’empêcher de s’écrouler en larmes.

Le bâtiment s’était effondré sur les familles déplacées qui s’y étaient réfugiées, parmi lesquelles se trouvaient sa femme et ses cinq enfants. Il place chaque vêtement dans un sac de farine vide. Lorsqu’il tombe sur les vêtements de ses deux enfants — Bilal, 6 ans, et Dunia, 12 ans, qui ont péri lors de l’effondrement de l’immeuble mercredi au point du jour —, il éclate en sanglots.

Ses cris s’élèvent du côté est du site, se mêlant au bruit des bulldozers qui déblayent les décombres depuis l’ouest pour la deuxième journée consécutive. Amis et voisins tentent de le calmer, certains par des paroles, d’autres en lui citant des versets du Coran sur la patience.

« Ce n’est pas la volonté de Dieu », crie-t-il, sans s’adresser à personne en particulier. « C’est le silence du monde face à notre anéantissement. C’est l’absence du moindre soutien pour trouver un abri sûr. Cela nous oblige à accepter n’importe quel endroit où nous loger, aussi dangereux soit-il. »

Adas, 37 ans, est agenouillé sur le lieu où il a été secouru, au milieu des décombres et de la poussière. Il montre du doigt ce qui était la chambre de ses enfants. Deux d’entre eux sont morts ; trois ont survécu : Sama, 14 ans, gravement blessée ; Malak, 10 ans, victime d’une fracture du bassin ; et Mennatullah, âgée d’un an et demi.

Il se souvient que lorsque l’effondrement a commencé à 2h45 du matin, il s’est précipité pour protéger le bébé, mais sa femme, Nawal, 32 ans, l’avait déjà recouverte de son propre corps. Il les a serrées toutes les deux dans ses bras tandis que le bâtiment s’écroulait autour d’eux, en criant à ses autres filles qui se trouvaient dans la pièce voisine : « Venez ici, venez ici. »

« Le bâtiment a continué de s’effondrer pendant quelques minutes, tout tombait sur nous, et je n’entendais rien d’autre que le bruit des briques et du béton », a raconté Adas. « J’entendais les cris de mes quatre enfants dans la pièce voisine, mais je ne pouvais pas bouger, et j’arrivais à peine à prononcer quelques mots dans l’espoir de les rassurer. »

« Soudain, le silence s’est fait après la fin de l’effondrement, et les voix de mes enfants qui m’appelaient se sont tues elles aussi, en particulier celles des deux qui sont morts », a-t-il dit.

« Lorsque les voix de mes enfants se sont tues, ce fut le moment le plus dur de ma vie : j’étais à quelques mètres d’eux et je n’ai pas pu les sauver. »

L’effondrement de l’immeuble Al-Sa’ada n’est pas un incident isolé. Selon la toute dernière analyse satellitaire d’UNOSAT, basée sur des images datant de juillet 2026, environ 78 % de l’ensemble des structures de Gaza ont été endommagées ou détruites depuis octobre 2023 — dont environ 282 904 logements endommagés.

16 septembre 2026 – L’immeuble écroulé abritait des dizaines de familles déplacées et avait déjà été endommagé lors de bombardements israéliens – Photo : Yousef Zaanoun/Activestills

Alors que l’immeuble Al-Sa’ada s’effondrait, Adas ne savait pas au départ s’il s’agissait d’une frappe israélienne ou d’un effondrement. Il a entendu des voisins crier : « Y a-t-il des survivants ? » et a répondu une fois : « Nous sommes là, sauvez-nous », avant de ne plus pouvoir parler.

Sa femme a continué à appeler à l’aide jusqu’à ce que les sauveteurs arrivent, braquent une lampe dans leur direction et déblayent les décombres à mains nues et à l’aide d’outils de fortune. Adas a expliqué qu’il avait été coincé sous des pierres et un pilier en béton.

Adas, qui était mécanicien moto avant la guerre et qui est au chômage depuis, a déclaré qu’il avait accepté de vivre dans cet immeuble bombardé parce qu’il n’y avait nulle part ailleurs où aller.

« L’occupation a détruit ma maison à Zeitoun, à l’est de la ville de Gaza, qui se trouve désormais dans la zone de danger, et il n’y avait nulle part ailleurs où aller », a-t-il expliqué.

« Certains spécialistes nous ont dit que l’endroit était dangereux et menaçait de s’effondrer, mais nous n’avions pas d’autre choix. Je ressens une immense culpabilité d’avoir accepté ce choix et d’avoir perdu deux de mes enfants, mais je jure devant Dieu que nous n’avions pas d’autre alternative. »

« Un crime commis sous les yeux du monde entier »

Muhammad al-Sawtari, 30 ans, se trouvait également sur les lieux, à la recherche des effets personnels éparpillés de sa famille. Sa femme a été légèrement blessée et a dû quitter l’hôpital car elle allaitait leur fille de deux mois, Misk.

Leur fille aînée, Sham, âgée de 9 ans, a été grièvement blessée et a été admise en soins intensifs. Leurs deux autres filles ont également été blessées.

« Aujourd’hui, certaines institutions locales et internationales se sont empressées de déblayer les décombres et d’extraire les victimes », a déclaré al-Sawtari. « Et si elles avaient agi avant cela et nous avaient fourni un abri digne de ce nom ? Tout le monde nous avait mis en garde contre cet endroit, mais personne ne nous a proposé d’alternative, et on nous a laissés dans un immeuble dangereux. »

« Je ne sais pas encore si ma fille aînée survivra, et je ne sais pas où nous allons aller maintenant, puisque toutes nos affaires sont sous les décombres », a-t-il ajouté.

« C’est un crime qui s’est produit au vu et au su du monde entier, et l’ONU ainsi que les institutions internationales présentes à Gaza doivent agir immédiatement pour forcer les forces d’occupation à autoriser l’entrée de mobil-homes, afin que nous puissions vivre avec un minimum de dignité. Il n’y a pas d’alternative, et si tant est qu’il y en ait, ce ne sont que des tentes usées en tissu ou en plastique. À présent, nous ne rêvons plus que d’un toit et de murs, même s’ils doivent s’effondrer. »

Les matériaux de construction de base étant bloqués par le blocus israélien, il n’existe aucun moyen concret de reconstruire. Et alors que les déplacements forcés se poursuivent, le seul abri disponible pour des dizaines de milliers de familles est constitué par les ruines de ce qui a déjà été détruit.

« Chaque détail évoque la mort, mais nous nous accrochons à la vie »

À quelques centaines de mètres de là, Khaled Shabat, 33 ans, mangeait un repas provenant d’une cuisine collective voisine avec sa femme, sa sœur et ses quatre enfants : Abd al-Hai, 10 ans ; Asala, d’un an sa cadette ; et les jumelles Lana et Dana, âgées de 5 ans.

Sans emploi, Shabat vit au quatrième étage d’un bâtiment de l’Université islamique bombardé, séparé d’un couloir intérieur par un mur menaçant de s’effondrer, avec un plafond fissuré, des bords de plancher ouverts et dangereux, et une roquette non explosée à proximité.

Déplacé depuis les premiers jours de la guerre, Shabat a déménagé onze fois à travers la bande de Gaza avant de se retrouver ici — le seul endroit inoccupé disponible à son retour d’al-Mawasi lors de la dernière trêve en octobre 2025.

« Nos maisons à Beit Hanoun ont été détruites, et cette zone se trouve désormais derrière la ligne jaune », a-t-il expliqué. « Cette option extrême était la seule qui s’offrait à nous. Nous sommes prêts à partir si les institutions compétentes nous fournissent des mobil-homes. Mais des tentes ? Dieu nous en préserve ! C’est là-dedans que nous avons vécu nos jours les plus durs. »

Shabat estime que mourir dans un immeuble est plus supportable que de vivre sous une tente, et préférerait encore mourir sous les bombes plutôt que sous les décombres.

« Nous ne voulons pas passer nos journées avec l’impression d’être dans un cimetière qu’on appelle un immeuble bombardé », a-t-il déclaré. « Chaque détail renvoie à la mort, mais nous nous accrochons à la vie, et nous considérons que rester dans n’importe quel immeuble, c’est la vie, tandis que la tente, c’est la mort véritable. »

Un hiver « cauchemardesque » s’annonce

Mahmoud Basal, porte-parole de la Défense civile de Gaza, a déclaré que l’hiver à venir s’avérerait être un « cauchemar », car les bâtiments bombardés risquent davantage de s’effondrer sous l’effet de la pluie et du vent.

Il a averti que plus de 40 000 Palestiniens vivent dans plus de 2000 bâtiments détruits et menacés d’effondrement, dont l’état structurel nécessite une démolition et ne permet en aucun cas d’y habiter.

L’immeuble al-Sa’ada, a-t-il précisé, avait été bombardé par l’aviation israélienne en novembre 2023, et plus de 100 personnes s’y étaient installées au cours de l’année écoulée.

« Certains déplacés sont partis, et les autres dormaient lorsque l’effondrement majeur s’est produit à 2h45 », a-t-il raconté. « Certains ont réussi à s’enfuir en quelques instants, tandis que les autres se sont retrouvés piégés sous les décombres. Certains sont morts, d’autres ont été blessés. »

« Nous avons extrait 45 survivants dès notre arrivée sur les lieux, quelques minutes seulement après l’effondrement, à l’aide de nos mains et d’outils rudimentaires, sans aucune machine. Nous avons ensuite demandé l’aide de la délégation égyptienne, qui a fourni des pelleteuses, et la Croix-Rouge a amené une pelleteuse à 7 heures du matin », a déclaré Basal.

La Défense civile ne dispose actuellement que de 15 ambulances, camions de pompiers et véhicules de secours, contre environ 75 avant la guerre. Elle ne possède ni bulldozer ni engins de chantier.

Les institutions de l’ONU n’ont pas d’autre solution d’hébergement à proposer aux habitants que des tentes, que ces derniers refusent systématiquement. La Défense civile détient une liste détaillée des bâtiments menacés d’effondrement, presque tous habités, dont les résidents refusent d’évacuer sans mobil-homes, une solution qu’Israël refuse d’autoriser à Gaza, selon les institutions de l’ONU.

Il a déclaré que la démolition de ces bâtiments menacés d’effondrement nécessitait des moyens totalement indisponibles à l’heure actuelle, mais a présenté un plan sur un an réalisable avec une cinquantaine d’engins de chantier, ainsi qu’une solution de remplacement adaptée pour les familles déplacées qui y vivent.

Basal a qualifié l’inaction de la communauté internationale de complicité. « Ne sommes-nous pas, à Gaza, des êtres humains qui méritons de vivre comme tout le monde ? », a-t-il demandé. « Pourquoi ce silence et cette faiblesse face à l’occupation ? Le monde est complice de ces crimes. »

18 septembre 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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