Une terre de beauté et de diversité

La plantation d'arbres indigènes est une des mesures concrètes de prévention visant à sensibiliser à l'environnement - Photo : This Week in Palestine

Par Simon Awad

Au fil des siècles, et grâce à sa situation géographique unique au sein du Croissant fertile, la Palestine a longtemps été considérée comme l’un des centres historiques les plus importants, car elle a été le théâtre de l’émergence de la biodiversité agricole et des débuts de la domestication des espèces végétales et animales.

Non seulement cette terre a été, pendant des milliers d’années, l’habitat d’une grande diversité d’espèces naturelles, mais elle a également été le théâtre de transformations fondamentales dans la relation entre l’homme et la nature, puisque c’est dans cette région que les hommes sont passés de la chasse et de la cueillette à l’agriculture et à la sédentarisation.

La Palestine possède une biodiversité qui dépasse de loin sa petite superficie géographique. C’est dans ce riche environnement que la domestication des plantes sauvages a commencé lorsque les hommes se sont mis à cultiver des céréales ou des graines, notamment le blé et l’orge, qui poussaient à l’état sauvage dans les plaines et les collines palestiniennes.

Au fil du temps, les hommes ont appris à sélectionner les meilleures graines et à les cultiver, ce qui a conduit à l’émergence de variétés agricoles plus productives et mieux adaptées.

L’impact de cette évolution n’a pas été uniquement local : il a contribué à jeter les bases de l’agriculture dans de vastes régions du monde, ces cultures ayant ensuite été introduites sur d’autres continents.

La Palestine a également été le théâtre des débuts de la domestication d’animaux tels que les moutons, les chèvres, les ânes et les chiens cananéens qui vivaient dans ses environnements montagneux et semi-arides.

Cette domestication a contribué à stabiliser les communautés humaines, a fourni des sources durables de nourriture et de vêtements, et a établi un mode de vie agropastoral qui a perduré à travers les âges.

La diversité environnementale de la Palestine, qui s’étend d’un climat méditerranéen à un climat semi-aride et aride, ainsi que la présence sur son territoire de quatre régions phytogéographiques – à savoir les régions méditerranéenne, saharo-arabique, irano-turanienne et soudanaise – ont permis l’émergence d’un large éventail d’espèces et favorisé le développement de capacités d’adaptation uniques.

Cela en a fait un laboratoire naturel pour la compréhension de la biodiversité et une riche ressource génétique qui est encore utilisée aujourd’hui pour améliorer les cultures agricoles à l’échelle mondiale, notamment dans le cadre des efforts visant à faire face au changement climatique.

La Palestine possède des paysages riches et variés, ainsi qu’une grande biodiversité florale et faunistique. Ce patrimoine biologique est indissociable de sa dimension culturelle, car les plantes et les animaux domestiques sont liés aux coutumes et aux traditions et font partie intégrante de l’identité agricole transmise de générations en générations. Les variétés locales d’olives et de blé ne sont pas seulement des ressources économiques : elles incarnent une continuité historique qui relie le présent au passé.

La Palestine, ainsi que les régions voisines, se trouve également sur l’une des voies migratoires les plus importantes. Située entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique, la Palestine constitue un goulot d’étranglement naturel par lequel transitent chaque année des millions d’oiseaux.

Sur le territoire palestinien, trois grandes voies migratoires convergent : la plaine côtière, la chaîne montagneuse centrale et la vallée du Rift jordanien. La vallée du Rift revêt une importance particulière ; elle est reconnue comme la deuxième voie migratoire la plus importante au monde pour les oiseaux migrateurs planants.

Ces espèces dépendent des colonnes d’air chaud ascendantes, appelées « thermiques », pour prendre de l’altitude et parcourir de longues distances en dépensant un minimum d’énergie.

Cette géographie unique fait de la Palestine un carrefour essentiel pour la migration aviaire à l’échelle mondiale.

La protection de la biodiversité en Palestine est considérée comme une tâche très difficile, en particulier en période de conflits et de guerres, compte tenu des graves difficultés économiques et psychologiques qui en découlent et qui ont de lourdes répercussions sur les programmes de sensibilisation à l’environnement.

Le report, la prudence, la modification ou l’annulation sont désormais la norme, afin d’éviter les critiques de la société ou les accusations de ne pas avoir fixé de priorités réalistes. De plus, la menace constante de confiscation des terres a détourné l’attention de la populatio

La sensibilisation à l’environnement et l’intervention précoce auprès des enfants sont considérées comme l’un des piliers les plus importants des efforts continus de protection de la biodiversité.

La force de ce travail réside dans des plans et des programmes structurés qui ouvrent la voie à une éducation à l’environnement dès le plus jeune âge, en commençant par les écoles maternelles écologiques avant de se poursuivre à l’école.

Un tel engagement établit un lien entre l’identité nationale et l’environnement, lien qui est encore renforcé par la création de clubs environnementaux, la formation de jeunes leaders environnementaux et la sensibilisation des jeunes journalistes et chercheurs aux concepts de protection de l’environnement, notamment le suivi et le baguage des oiseaux, entre autres initiatives.

La formation de futurs leaders conscients de la valeur culturelle, naturelle et historique de ces lieux en Palestine favorisera un grand respect et une profonde appréciation du lien qui unit les Palestiniens à leur terre. L’action du musée en faveur de la protection de la biodiversité s’étend ainsi des enfants, des jeunes et des élèves aux étudiants universitaires, aux femmes et aux enseignants.

Non seulement la Palestine est une terre dotée d’une grande biodiversité, mais elle a également constitué un point de départ essentiel pour les processus de domestication des plantes et des animaux ainsi que pour le développement d’espèces qui ont contribué à l’édification de la civilisation humaine.

Ce rôle historique renforce l’importance de préserver cette diversité, non seulement en tant que patrimoine local, mais aussi en tant que partie intégrante du patrimoine biologique mondial.

La conception de programmes de sensibilisation alliant formations théoriques et applications pratiques, ainsi que le travail auprès des écoliers à travers des activités innovantes sortant des sentiers battus, constituent des éléments essentiels à l’élaboration d’un plan viable pour la protection de la biodiversité.

En familiarisant les enfants avec la biodiversité et en leur donnant l’occasion de l’explorer, la sensibilisation devient un outil efficace pour susciter un changement qui, bien que lent et progressif, s’enracine dans un environnement solide et cohésif.

Les jardins botaniques, les stations d’observation et de baguage des oiseaux, ainsi que les expositions environnementales du Musée d’histoire naturelle constituent un socle essentiel pour initier les élèves à la biodiversité de manière concrète.

Dans ces espaces, les enfants et les jeunes observent le système unique de biodiversité de la Palestine, se promènent parmi les arbres et arbustes indigènes qui ont été introduits dans cette région, et découvrent les différences qui les caractérisent.

On leur explique les quatre régions phytogéographiques de la Palestine et ils découvrent des plantes telles que le caroubier, le chêne, l’aubépine et de nombreuses autres espèces.

Un amiral rouge (Vanessa atalanta) au jardin botanique de la CEE – Photo : This Week in Palestine

Ils se rendent ensuite à la station d’observation et de baguage des oiseaux, où ils écoutent des explications sur les différents groupes d’oiseaux présents en Palestine : les oiseaux sédentaires, migrateurs, estivants, hivernants, errants et envahissants.

Ils observent de près le processus de baguage (pose d’une bague métallique portant un numéro et le nom « Palestine »), aident à le documenter, puis participent à la remise en liberté des oiseaux dans la nature.

Les enfants se rendent ensuite à l’exposition sur l’environnement, où ils approfondissent leurs connaissances sur la biodiversité et découvrent des maquettes et des images illustrant les dangers et les atteintes qui menacent les oiseaux et les fleurs palestiniens. Ils acquièrent ainsi de nombreuses connaissances sur les conséquences de la pollution et renforcent encore davantage leur conscience environnementale.

En observant des oiseaux empaillés, ils se familiarisent avec le magnifique et fascinant oiseau national de la Palestine, le souimanga de Palestine, et découvrent des espèces menacées telles que les rapaces.

Grâce à des programmes tels que « Jeunes chercheurs scientifiques », les enfants et les élèves participent à la préparation de travaux de recherche sur la biodiversité, en formulant leurs hypothèses et leurs questions, ce qui leur permet de découvrir les secrets de leur terre.

Ils apprennent que le nombre d’espèces végétales et animales présentes en Palestine historique s’élève à environ 51 000, ce qui représente près de 3 % de la biodiversité mondiale.

Ils constatent également que l’État de Palestine abrite environ 30 848 espèces animales, dont 30 000 invertébrés, 393 oiseaux, 297 poissons, 92 mammifères, 81 reptiles et 5 amphibiens. Dans le cadre du programme « Jeunes journalistes », les enfants apprennent à faire le lien entre les concepts médiatiques et les enjeux liés à l’environnement et à la biodiversité.

Ils photographient les fleurs colorées de leur pays, suivent les oiseaux sédentaires à travers leur objectif et prennent conscience de l’ampleur des défis qui menacent la biodiversité. Grâce à des forums environnementaux destinés aux femmes, aux jeunes et aux enseignants, les participants s’impliquent activement dans l’apprentissage de la biodiversité et mettent en œuvre des activités et des initiatives visant à la protéger.

Le Centre d’éducation à l’environnement (EEC) et de nombreuses autres organisations membres du Réseau des ONG environnementales palestiniennes (PENGON) mènent des campagnes créatives visant à encourager la plantation d’arbres indigènes auprès de divers segments de la société palestinienne. Les sentiers environnementaux offrent des opportunités uniques pour la protection de la biodiversité.

Des actions bénévoles sont organisées pour nettoyer les champs et les oliveraies, tout en permettant aux participants de découvrir la biodiversité palestinienne et sa beauté.

Mettre l’accent sur les arbres indigènes, en faire la promotion, sensibiliser le public à leur existence et aux menaces qui pèsent sur eux, ainsi que les multiplier et les distribuer, est considéré comme une approche importante pour la protection concrète de la biodiversité.

Des arbres sont en outre fournis aux agriculteurs vivant dans des zones adjacentes aux colonies ou dans des zones où des arbres ont été déracinés et de vastes étendues de terre confisquées pour construire le mur de séparation et d’expansion ou les routes de contournement reliant les colonies. Les agriculteurs documentent les processus de plantation et assurent un entretien continu pendant l’été.

Aider les agriculteurs à planter et à récolter des arbres crée un modèle d’application concrète de la biodiversité.

Au Musée d’histoire naturelle de Beit Jala, les enfants peuvent observer plus de 2 500 spécimens d’oiseaux et d’animaux palestiniens collectés depuis plus de 100 ans.

Dans le cadre du message véhiculé par le musée sur l’importance nationale de la préservation de la nature, et parallèlement à la distribution d’arbres et au soutien apporté aux gardiens de la terre, celui-ci met l’accent sur la plantation d’arbres indigènes tout en évitant les espèces introduites qui ne sont pas adaptées à l’environnement, car elles sont moins résistantes aux conditions climatiques, nécessitent de grandes quantités d’eau et entrent en concurrence avec les espèces indigènes.

L’organisation de concours de photographies et de dessins sur la biodiversité est considérée comme un moyen important et interactif de protéger la biodiversité et de mettre en valeur sa beauté.

Ces concours s’adressent aussi bien aux photographes professionnels qu’aux amateurs, les invitant à montrer des facettes inédites de la biodiversité et leur demandant de capturer des images sous des angles inhabituels d’espèces rares ou communes.

Ces concours ont réussi à ouvrir de nouvelles perspectives aux photographes, à faire évoluer leurs centres d’intérêt et à transformer leur prise de conscience pour qu’ils deviennent les alliés des oiseaux et des fleurs qu’ils photographient. Un tel engagement les encourage également à s’opposer à la chasse et à devenir les défenseurs de la biodiversité.

Les photographes et les amateurs d’oiseaux peuvent se référer à la « Liste des oiseaux de Palestine », publiée par l’EEC en 2015 et mise à jour en 2022, pour identifier les espèces qu’ils photographient et connaître les noms scientifiques, anglais et locaux des oiseaux de Palestine. [*]

Cette liste s’appuie sur des études menées pendant 24 ans, conformément aux classifications mondiales actualisées, et répertorie 393 espèces présentes en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et à Gaza, en les classant en 25 ordres, 71 familles et 203 genres.

Lors des concours artistiques organisés au printemps, les élèves ont contemplé les fleurs fascinantes de la Palestine, les ont représentées avec créativité et talent, et ont découvert leurs caractéristiques, l’origine de leurs noms, les régions phytogéographiques auxquelles elles appartiennent, ainsi que leur rôle dans la médecine traditionnelle populaire.

Ces concours ont permis de sensibiliser les élèves et constituent une approche concrète pour comprendre la biodiversité, en les encourageant à passer de l’appréciation de sa beauté à sa protection.

L’EEC organise régulièrement des conférences qui constituent une plateforme scientifique visant à sensibiliser le public à la biodiversité palestinienne, à souligner la nécessité de la protéger et à lancer des initiatives en faveur de sa conservation.

L’EEC est membre de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), du Comité national de l’UICN en Palestine, de l’Alliance ACT, du Réseau de migration des oiseaux d’Europe du Sud-Est (SEEN, SE signifiant « sud-est ») et des comités du Conseil œcuménique des Églises.

Ces affiliations et la participation à des réunions internationales et régionales constituent une pierre angulaire du plaidoyer et de la promotion des questions liées à la biodiversité, permettant à la Palestine de diffuser des modèles pour sa protection et d’offrir des opportunités de traduire la conservation de la biodiversité en une pratique profondément enracinée dans la résistance et l’affirmation de notre appartenance à notre terre.

Afin de mieux mettre en œuvre les objectifs essentiels de la conservation de la nature en Palestine, nous avons besoin d’une évaluation exhaustive de la biodiversité permettant d’identifier les sites et les écosystèmes les plus vulnérables, qui recèlent une diversité biologique, écologique et génétique unique.

Cela s’inscrit dans la droite ligne de la mission de l’UICN, qui promeut des solutions fondées sur la nature afin de renforcer la résilience des écosystèmes et des sociétés, tout en réduisant les risques pour la nature découlant de réponses non viables aux crises mondiales anthropiques et au changement climatique.

Note :

[*] Présenté comme « Livre du mois » par TWiP dans son numéro de décembre 2020, cet ouvrage peut être obtenu gratuitement auprès du Centre d’éducation à l’environnement (EEC). Veuillez contacter l’EEC à l’adresse info@eecp.org. Voir également Banan Al Sheikh, « Livre du mois : Liste d’identification et base de données écologique des plantes sauvages de Cisjordanie – Palestine », This Week in Palestine, avril 2021.

Juin 2026 – This Week in Paletine – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

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