Comptant sur une indifférence générale, les Israéliens veulent relancer leur génocide à Gaza

21 avril 2026 - Les proches de Khamis Al-Qassas pleurent sa mort au complexe médical Al-Nasser à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, le 21 avril 2026. Il est décédé des suites de blessures subies lorsqu’il a été pris pour cible par une frappe aérienne israélienne dans le quartier de Cheikh Nasser, à l’est de Khan Yunis, plus tôt dans la journée. Son fils avait également été tué par les forces israéliennes il y a environ un an. Malgré le soi-disant cessez-le-feu d'octobre 2025, les attaques israéliennes sur Gaza se sont poursuivies quotidiennement, faisant plus de 780 morts parmi les Palestiniens dans toute la bande de Gaza depuis lors, selon le ministère de la Santé de Gaza - Photo : Doaa Albaz / Activestills

Par Qassam Muaddi

Alors que le monde a les yeux rivés sur l’Iran, Israël laisse entendre qu’il prévoit de relancer le génocide à Gaza.

Pendant des décennies, Gaza a été reléguée aux marges de l’attention mondiale. Puis, le 7 octobre est arrivé, un génocide s’en est suivi et Gaza a bouleversé le monde entier, déclenchant une série d’événements qui menacent désormais la place des États-Unis au Moyen-Orient et démontrent les limites de la puissance américaine.

Tragiquement, les événements que Gaza a mis en branle l’ont désormais reléguée au second plan. Depuis le soi-disant cessez-le-feu d’octobre 2025, le monde a « tourné la page » sur Gaza.

Mais Israël, lui, ne l’a pas fait, et il prévoit de reprendre la guerre.

Lorsque les États-Unis ont conclu un cessez-le-feu avec l’Iran — au grand dam de l’ensemble de la classe politique israélienne —, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu’Israël allait désormais « se concentrer sur le Hamas », laissant entendre un retour à la guerre à Gaza.

Ces intentions sont devenues explicites lorsque la chaîne israélienne Channel 14 a rapporté le week-end dernier que les forces israéliennes se préparaient à reprendre la guerre à Gaza « dès le mois prochain ».

Selon le reportage diffusé en direct sur la chaîne, Israël envisage de reprendre ses opérations à Gaza après le refus du Hamas et d’autres organisations palestiniennes de déposer les armes.

Ce refus de désarmement fait suite à une série de réunions mi-avril entre des représentants des organisations palestiniennes et Nickolay Mladenov, le « Haut Représentant pour Gaza » au sein du Conseil de paix de Donald Trump, qui a exigé que les factions acceptent un plan américain de désarmement.

Mais pourquoi Israël insiste-t-il pour reprendre le génocide maintenant, alors que la guerre avec l’Iran pourrait reprendre suite au blocus des navires iraniens par Trump dans le détroit d’Ormuz ? Voici comment l’Iran et Gaza sont liés.

Se venger sur les Palestiniens de l’échec face à l’Iran

Le fait que le cessez-le-feu à Gaza ne figure plus parmi les priorités américaines et internationales est, bien sûr, dû en grande partie à la guerre en Iran. Mais le lien est encore plus direct, car la guerre contre l’Iran était censée être la dernière étape pour éliminer toute opposition à la domination d’Israël dans la région.

L’issue de la guerre pourrait déterminer la manière dont Israël traiterait les autres « dossiers » dans la région, à commencer par Gaza elle-même.

L’élimination de l’opposition iranienne à l’agenda américain et israélien dans la région priverait le Hezbollah et le Hamas de leur soutien, les laissant vidés de leur substance et sous contrôle. Une fois ceux-ci écartés, Israël serait libre de poursuivre ses ambitions les plus maximalistes, en rejetant tout accord ou arrangement qui se dresserait sur son chemin.

Compte tenu des enjeux, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré vendredi que l’armée israélienne attendait le « feu vert » des États-Unis pour reprendre sa guerre contre l’Iran, promettant que « cette fois, l’attaque sera différente et meurtrière ».

Katz a ajouté qu’Israël était prêt à renvoyer l’Iran à « l’âge des ténèbres et de la pierre » en ciblant les infrastructures centrales d’énergie et d’électricité.

En d’autres termes, il s’agit de la dernière manœuvre d’Israël pour préserver son impunité et garantir sa place de puissance hégémonique régionale.

Cependant, même si la guerre israélo-US contre l’Iran échoue, cela ne signifie pas qu’Israël sera soudainement contenu par la puissance iranienne en ce qui concerne Gaza.

En fait, Israël chercherait à compenser son échec face à l’Iran par un expansionnisme maximaliste dans son arrière-cour : en reprenant son offensive à grande échelle sur la bande de Gaza et en annexant la Cisjordanie avant que son impunité internationale n’expire.

Ce risque est aggravé par la crise politique qui menace Israël. Les élections sont dans quelques mois et la coalition de Netanyahu risque de les perdre, selon les sondages.

Maintenir un front de guerre ouvert jusqu’à cette date donnerait aux dirigeants israéliens un puissant outil de diversion : repousser, une fois de plus, une enquête indépendante sur la défaillance sécuritaire qui a conduit au 7 octobre, la conscription des ultra-orthodoxes et les affaires de corruption en cours contre Netanyahu.

Le monde contre Gaza

Selon les médias palestiniens, la délégation palestinienne qui a rencontré Mladenov à la mi-avril comprenait des représentants du Hamas, du Fatah, du FPLP, du FDLP et du Jihad islamique palestinien, qui ont refusé de discuter du désarmement tant qu’Israël n’aura pas rempli toutes ses obligations au titre de la première phase incomplète du cessez-le-feu, à savoir la libre entrée des marchandises à Gaza et le début de la reconstruction.

Plus tôt en avril, des représentants du Fatah et du Hamas se sont rencontrés au Caire et ont discuté des mesures concrètes pour passer à la phase d’après-guerre à Gaza, notamment la reconstruction et le désarmement, selon les médias arabophones.

Ces développements interviennent trois mois après la formation du Comité national pour l’administration de Gaza — connu sous le nom de « comité technocratique » et composé de Palestiniens chargés d’administrer le territoire assiégé.

Bien que ce comité soit subordonné au Conseil de la paix et indépendant des institutions politiques palestiniennes, les organisations palestiniennes, y compris le Hamas et le président palestinien Mahmoud Abbas, l’ont accueilli favorablement dans le but d’amorcer la reconstruction humanitaire de Gaza. Cependant, le comité n’a pas encore été autorisé à entrer dans la bande de Gaza.

Tout cela se déroule dans un contexte de fracture et de paralysie constantes de la politique palestinienne .

Pourtant, cet état de stagnation persistant à Gaza n’est pas nouveau. Avant le génocide, Gaza connaissait déjà une longue période de stagnation humanitaire et politique depuis près de deux décennies.

Gaza avait été déclarée « inhabitable » par l’ONU en 2020, après près de deux décennies de blocus partiel israélien et de multiples campagnes de bombardements par l’occupant.

Les Gazaouis ont manifesté en masse lors d’une série de manifestations populaires connues sous le nom de Grande Marche du Retour, qui ont été accueillies par des tirs à balles réelles de la part de tireurs d’élite israéliens. Pourtant, la réaction internationale a été quasi inexistante.

Finalement, le 7 octobre est arrivé et Israël a affirmé que la situation à Gaza ne pouvait être changée que par la force, procédant à la destruction de l’enclave et tuant au moins 70 000 Palestiniens au cours de cette opération.

Mais alors que le front de Gaza s’essoufflait et qu’Israël lançait une guerre sur deux autres fronts, en Iran et au Liban, Gaza a été une fois de plus mise de côté.

Alors que les perspectives d’un processus de négociation long et interminable avec l’Iran semblent de plus en plus probables, et avec une guerre qui reprend et s’interrompt sans cesse au Liban, Gaza est sur le point de sombrer dans l’insignifiance tandis que sa population continue d’être affamée et bombardée.

La question de Gaza dans son ensemble, comme cela a toujours été le cas, deviendra le problème du prochain gouvernement israélien.

24 avril 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – YG

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