Israël et les USA peuvent massacrer et détruire, ils ne seront jamais maîtres des conséquences

20 mars 2026 - Des enfants palestiniens se rendent sur les tombes de leurs proches à l'occasion de l'Aïd al-Fitr, à Gaza. Euro-Med Human Rights Monitor a constaté que l'armée israélienne a détruit, en tout ou en partie, 93,5 % des cimetières de la bande de Gaza dans le cadre du génocide en cours depuis octobre 2023. Il s'agit du troisième ramadan depuis le début du génocide perpétré par les forces israéliennes à Gaza - Photo : Yousef Zaanoun / Activestills

Par Marie Schwab

« Gaza n’est pas seulement le test ultime, c’est aussi une boule de cristal », expose Husam Zomlot, ambassadeur de Palestine à Londres. « Israël exporte le ‘modèle Gaza’ dans la région. (…) Et si nous ne prenons pas en considération, dans son ensemble, la campagne de 80 ans de destruction au Moyen Orient, nous commenterons bientôt la prochaine guerre, celle après la guerre contre l’Iran. »

Pour exister en tant que régime suprémaciste, Israël doit corrompre, désintégrer ou exterminer tous les groupes et Etats alentour susceptibles de défier l’idéologie sioniste et ses conséquences.

Le génocide à Gaza, les agressions en série depuis des années contre le Liban, la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Yemen, les actes de terrorisme transnational, sont le prix de l’ethno-nationalisme israélien.

« Plutôt Sharm el-Sheikh sans la paix que la paix sans Sharm el-Sheikh », déclarait Moshe Dayan en 1971.

La logique de la doctrine israélienne de l’expansion de la guerre veut que la violence s’impose toujours comme la seule option. La force est érigée en valeur, et la destruction en fin en soi. Le but n’est pas la coexistence, mais l’accaparement. Accaparement des terres, accaparement des élites.

« La guerre en Iran n’est pas une nouvelle guerre. Il n’y a qu’une guerre, celle d’Israël contre la liberté, celle d’Israël contre la paix dans la région », remarque Asem Alnabih, ingénieur, correspondant d’al-Araby TV à Gaza.

Mais la guerre permanente israélienne n’est que le symptôme du crime fondateur qui a pour nom impunité.

Cette clause non-écrite qui, dans l’« ordre international », permet qu’à l’assaut meurtrier mené par l’occupant sur la Bande de Gaza en 2008-2009 a succédé celui de 2012, puis de 2014, puis de 2018, puis le génocide. Qui permet à Israël d’occuper trois nations – Sud Liban, Golan syrien, Territoires palestiniens. Qui permet à Israël d’attaquer l’Iran deux fois en huit mois en pleines négociations, ce qui constitue le crime de perfidie. Les dirigeants israéliens ne sauraient être soumis d’aucune manière à une règle quelconque.

Complicité ou soumission, quelque chose dans l’« ordre international » permet à l’occupant de démanteler jusqu’aux règles de la guerre et du droit humanitaire : six millions de personnes déplacées en ce moment même (parmi elles 20 % de la population libanaise) ; « doubles attaques » en série ; hôpitaux, ambulances, écoles, universités, journalistes, stations d’eau et d’énergie les cibles privilégiées d’Israël à Gaza, au Liban, en Iran.

Les seules forces à s’opposer concrètement, réellement, physiquement au démantèlement du droit international, ce sont le gouvernement iranien, Ansarallah au Yemen, et le Hezbollah au Liban. Au moment où c’est dangereux. Ce sont les dernières lignes de défense de l’humanité et de la décence. Ils n’attendent pas que l’histoire leur donne raison. Quoi que l’Occident bien-pensant en dise.

Des accords de cessez-le-feu sans cessez-le-feu

Au bout de combien de violations unilatérales est-on en droit de considérer qu’un cessez-le-feu n’est plus un cessez-le-feu ? 15 600, comme au Liban, avec usage d’armes chimiques et des centaines de civils tués ?

A Gaza, nous assistons au cessez-le-feu le plus mortel de l’histoire. A un accord de cessez-le-feu sans cessez-le-feu. Imaginons un instant que la résistance palestinienne ait tué 700 Israéliens depuis la conclusion de l’accord. Qui oserait parler de cessez-le-feu ?

Daoud, pêcheur de 72 ans, témoigne : « Nous avons toujours été opprimés par Israël, mais certaines périodes étaient moins brutales que d’autres. Aujourd’hui, ce que nous faisons, ce n’est pas de la pêche. C’est risquer notre vie dans l’espoir de rapporter un poisson à la tente. »

Personne à Gaza ne sait où se trouve la « ligne jaune ». L’occupant joue avec cette « ligne », n’arrête pas de bouger les blocs, assassine toujours plus, et cherche à briser un père qui s’est approché de la ligne de démarcation en torturant son bébé de 20 mois devant lui.

Les Palestiniens de Gaza – enfants, chercheurs, chauffeurs, ingénieurs – passent leurs journées à chercher de la nourriture et de l’eau potable, de quoi renforcer leur tente, et du combustible pour faire la cuisine. Une économie de la survie émerge, née du blocus et de la destruction des infrastructures, des entreprises, des universités.

Le travail des enfants à Gaza n’est pas « juste » le travail des enfants, c’est tout à la fois la conséquence du démantèlement de la société par l’occupant et les jalons qu’il a posés pour que les jeunes générations de Gaza soient dépourvues d’éducation, de capacité de réflexion et d’organisation.

Moath, 37 ans, témoigne : « Nos vies sont couvertes de suie. Nous vivons à l’orée de nulle part. Le déplacement et la guerre nous ont dépossédés de tout. (…) C’est comme si nous vivions dans des tombes à ciel ouvert. (…) En tant que père, je ne peux pas répondre aux besoins les plus élémentaires de mes enfants. »

L’occupant contrôle tout. Ce que les Palestiniens mangent. Combien ils mangent. Leurs déplacements. Qui a le droit d’aller se faire soigner à l’étranger, qui est condamné à mourir. Israël interdit l’entrée de matériel pour réparer le système d’eau. Quand l’occupant laisse entrer du lait maternisé, il fait en sorte que ce ne soit jamais le même, de sorte à perturber au maximum le système digestif des nouveaux-nés.

« Pour beaucoup, être toujours en vie se résume à survivre et non à guérir des traumatismes », rapporte Hani Mahmoud, d’Al-Jazeera. « Ce qui aurait dû être une phase de transition est une longue phase dans les limbes. »

L’occupant continue de bloquer l’entrée de médicaments et de tentes, étant entendu qu’ils serviraient à fabriquer des armes de destruction massive. Le blocus continue de s’imposer au petit monde occidental comme la décision rationnelle qu’une démocratie doit prendre.

« Six à dix personnes meurent chaque jour de manque de soins à Gaza. Jeudi dernier, seuls sept patients ont pu sortir. Et Israël ne parle que de désarmer le Hamas », dénonce Asem Alnabih.

Vous désarmez, et on continue à vous bombarder, okay ?

Vous désarmez, et en échange on continue à vous occuper, à vous bombarder et à vous priver de nourriture, d’eau, d’accès aux soins et à l’éducation, mais ne vous inquiétez pas, on fera croire au monde entier que votre situation s’améliore.

Cependant, les USA et Israël peuvent massacrer, détruire, mentir, semer le désespoir et le chaos, ils ne seront jamais maîtres jamais des conséquences.

Ils ne peuvent pas tuer des enfants jour après jour, appeler ça un cessez-le-feu et attendre des parents qu’ils se soumettent et des grands frères qu’ils désarment.

Quand vous opprimez les peuples, les menacez, les occupez, les assassinez, les contraignez aux déplacements forcés, les affamez et tuez leurs bébés, les peuples résistent, ils n’abandonnent pas. Quand il n’y a pas d’issue, le choix n’est pas de se soumettre mais de résister, de toutes les manières possibles.

Le jeune Mohammed Mohisen, dont les études sont suspendues depuis deux ans et demi, refuse de se faire voler sa joie de vivre par l’occupant : « Nous vivons entre souci et espoir», écrit-il. « Nous essayons de broder de la joie sur les coutures de la vie ordinaire. (…) Ce ne sont pas des miracles qui effacent la douleur, mais autant de raisons de respirer, de rire, de croire que le bonheur est possible, même s’il est fait de choses fragiles. »

Daoud, le pêcheur, continue de tendre ses filets malgré le danger. Lui aussi a su conserver son âme et vient contempler la mer chaque jour : « C’est un éternel émerveillement. Je viens pour admirer les trésors que la mer me réserve toujours. »

Il n’y a pas de retour en arrière possible. Les Palestiniens n’accepteront pas de choisir entre une prison bombardée et une cage surveillée. Ils continueront de choisir la résistance. Une oppression encore plus brutale ne brisera pas la volonté de lutter pour la libération et la justice.

Selon le chercheur Tareq Baconi, « tous les efforts vont être faits pour nous ramener à la situation au 6 octobre, quelle qu’en soit la structure et quel que soit le nom qu’on lui donnera : reconnaissance, Etat palestinien, force internationale de stabilisation, solution à deux Etats, processus de paix… Tout cela va échouer jusqu’à ce que nous nous confrontions à ce qui constitue le coeur de la lutte palestinienne : le droit au retour, le droit à l’auto-détermination dans notre propre pays, la souveraineté en Palestine. »

Les Palestiniens ont déjà tout perdu. Ils ont tout à gagner.

Asem Alnabih, le correspondant d’al-Araby TV, qui collecte toute la journée des témoignages déchirants, est lui aussi habité par la certitude que la Palestine sera libre : « Mon rêve, c’est de sentir l’odeur des cheveux de ma fille Farad à nouveau », s’exclame-t-il. « Cela va faire trois ans que nous sommes séparés. Mon seul rêve est de l’embrasser, juste une fois. (…) Je suis sûr que je vivrai le jour où je la prendrai dans mes bras. Et d’ici là je servirai mon peuple ici, je m’efforcerai de rester optimiste, parce que je crois en l’histoire. Israël ne peut rien faire. Ils ont déjà perdu. Nous conquerrons nos droits. Ils ont tué nos enfants et nos femmes, ils ont tué les meilleurs d’entre nous, nos enseignants, nos amis, nos professeurs, nos chercheurs, nos ingénieurs, nos docteurs, nos étudiants. Mais nous ne perdrons pas espoir. L’espoir habite le coeur de nos mères, de nos filles et de nos femmes. Elles nous protègeront, nous entoureront de leur amour et de leur espoir. En dépit de tout. Jusqu’au jour où nous serons libres. »

30 mars 2026 – Tranmis par l’auteure.

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