La première raison, et la plus évidente, de soutenir l'Iran, c'est que la solidarité s'impose envers tout peuple indépendant victime d'une attaque de la part de la puissance impérialiste. L'impérialisme a toujours été un terrible fléau - Composition : Einab al-Hajj / Al-Mayadeen
Par Joseph Massad
La guerre contre l’Iran est une offensive impérialiste conjointe des États-Unis et d’Israël, soutenue par une classe politique qui a ouvertement présenté les États-Unis comme une puissance chrétienne blanche en guerre contre un monde ni blanc, ni chrétien.
L’affirmation trompeuse selon laquelle Netanyahu aurait entraîné Trump dans une guerre servant uniquement les intérêts d’Israël occulte la logique structurelle et les intérêts matériels qui sous-tendent la politique américaine : les milliardaires, les fabricants d’armes et les entreprises énergétiques qui tirent directement profit d’une guerre permanente et qui utilisent Israël à la fois comme un instrument et un mandataire régional.
Les sionistes chrétiens et les juifs sionistes de droite soutiennent pleinement la guerre contre l’Iran et les Palestiniens, tandis qu’un autre courant de la droite s’alarme de la propension de Washington à se laisser entraîner dans des conflits qui servent principalement les intérêts israéliens.
Au cours du mois dernier, Trump et ses hauts responsables ont présenté le conflit en termes ouvertement civilisationnels et religieux. Avant l’attaque du 28 février contre l’Iran, les chefs militaires américains auraient préparé les troupes en utilisant une rhétorique apocalyptique sur l’Armageddon et le retour du Christ.
#WATCH | A video taken by an Israeli settler shows massive destruction in Arad following the Iranian missile strike.#Iran #AlMayadeen pic.twitter.com/fczL3kmObp
— Al Mayadeen English (@MayadeenEnglish) March 21, 2026
Des reportages sur les réseaux sociaux ont également décrit le personnel de l’armée de l’air mangeant du steak et du homard comme un « dernier souper » symbolique avant le déploiement.
L’image la plus obscène de cette campagne de propagande était celle de Trump aux côtés de dirigeants chrétiens évangéliques sionistes priant pour une victoire décisive des États-Unis et d’Israël sur les peuples non blancs et non chrétiens ciblés par leur machine de guerre.
Cette mobilisation religieuse a également exacerbé les divisions au sein de la droite américaine. Les sionistes chrétiens et les juifs sionistes de droite soutiennent pleinement la guerre contre l’Iran et les Palestiniens, tandis qu’un autre courant de la droite met en garde contre la propension de Washington à se laisser entraîner dans des conflits qui servent principalement les intérêts israéliens.
Certaines figures de la gauche américaine, notamment des juifs progressistes comme la députée Sara Jacobs, expriment un point de vue similaire et affirment qu’Israël a poussé les États-Unis dans cette guerre.
Mais cet argument remplace une véritable analyse des intérêts impérialistes américains par l’affirmation simpliste selon laquelle Trump a été « berné » par Netanyahu.
Le problème n’est donc pas un soi-disant contrôle israélien sur Washington, mais la fusion stratégique profonde qui fait d’Israël un proxy des États-Unis habilité à mener des opérations militaires et de renseignement en leur nom.
Cette interprétation erronée apparaît plus clairement lorsque les critiques citent des milliardaires pro-israéliens tels que Sheldon et Miriam Adelson, Bernard Marcus et Paul Singer comme preuve que « Israël d’abord » a remplacé « L’Amérique d’abord ».
Cette approche ignore le fait que de grandes entreprises militaires et énergétiques américaines telles que Palantir, Lockheed Martin, Exxon, Raytheon et Boeing comptent parmi les bénéficiaires financiers directs de la guerre.
Ces entreprises ne servent pas « Israël d’abord » ; elles soutiennent la suprématie militaire israélienne parce qu’elle ancre la puissance impériale américaine dans la région.
Le problème n’est donc pas le contrôle israélien sur Washington, mais une fusion stratégique profonde qui permet aux États-Unis d’habiliter Israël à exercer des fonctions militaires et de renseignement en leur nom.
C’est pourquoi il est crucial de faire la distinction entre le fantasme de la domination israélienne et la réalité de l’intégration structurelle entre les deux États. Washington a complètement intégré l’appareil de guerre et de renseignement israélien dans sa propre stratégie régionale.
Cela ne signifie pas que les États-Unis reçoivent leurs ordres de Tel-Aviv. Cela signifie que les États-Unis s’appuient sur un agent régional de confiance pour faire avancer leurs objectifs plus larges.
Même les remarques de Marco Rubio, que beaucoup ont interprétées comme un aveu qu’Israël a entraîné les États-Unis dans la guerre, ne changent rien à ce fait. Washington aurait pu mettre fin à l’attaque immédiatement en coupant l’approvisionnement en armes. Au lieu de cela, il a donné son accord et a agi en coordination.
L’agression israélienne ne peut être dissociée de la stratégie américaine plus large dans la région, qui consiste notamment à exacerber l’hostilité entre Arabes et Iraniens et à pousser les États arabes dans le camp américano-israélien.
Le comportement des régimes arabes pendant la guerre a révélé une autre facette de cette alliance. À l’exception d’Oman, qui a condamné la guerre comme une violation du droit international, et d’Ansar Allah au Yémen, la plupart des gouvernements arabes ont refusé de dénoncer l’attaque américano-israélienne.
Ils n’ont même pas présenté leurs condoléances aux victimes civiles iraniennes, notamment aux 165 écolières et membres du personnel tués lors du massacre de Manab, ni pour l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei et des membres de sa famille.
Le président turc, bien que soumis à l’OTAN, a présenté ses condoléances tandis que les gouvernements arabes restaient silencieux.
Même l’Algérie, longtemps associée à la politique anticolonialiste, a soutenu le « Conseil de paix pour Gaza » proposé par Trump et s’est alignée sur les régimes arabes contre les représailles iraniennes.
En Égypte, le cheikh d’al-Azhar a adopté une ligne similaire, exprimant sa solidarité avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït et la Jordanie, tout en excluant notamment le Qatar et l’Arabie saoudite, et en condamnant l’Iran sans mentionner l’attaque américano-israélienne ni présenter de condoléances pour la mort de Khamenei.
#WATCH | An Iranian missile impact has left extensive damage in the southern settlement of Dimona.
Videos documenting the impact showed a clear failure of Israeli air defenses to intercept the Iranian ballistic missile.#Iran #Dimona #AlMayadeen pic.twitter.com/IixiLNHX9M
— Al Mayadeen English (@MayadeenEnglish) March 21, 2026
Cette complicité silencieuse des régimes arabes ne peut être dissociée de l’ordre sécuritaire construit autour des bases américaines dans toute la région. Les États du Golfe et la Jordanie affirment que l’Iran a violé leur souveraineté, mais leur propre territoire et leur espace aérien sont depuis longtemps utilisés par les forces américaines pour violer la souveraineté iranienne.
Les mêmes bases, qui ont déjà servi à attaquer l’Irak et la Syrie, sont désormais utilisées contre l’Iran.
Malgré leurs prétentions de neutralité, ces États, non seulement ne s’opposent pas au survol de leur espace aérien par des avions israéliens, mais ils mobilisent leurs défenses pour intercepter les missiles et drones iraniens qui se dirigent vers Israël et les bases américaines.
Les accords régissant ces bases mettent clairement en évidence l’ampleur de cette soumission. Les gouvernements hôtes n’ont pas le pouvoir d’exiger des informations sur le nombre de soldats américains entrant ou sortant de leur territoire, ni d’intervenir dans les opérations militaires menées sur leurs terres.
Alors que les accords avec le Qatar et l’Arabie saoudite restent secrets, l’accord de défense public entre les États-Unis et la Jordanie est largement considéré par les Jordaniens comme inconstitutionnel, car il porte atteinte à la souveraineté nationale.
La question qui s’impose est la suivante : comment ces gouvernements réagiraient-ils si l’Iran hébergeait des bases russes ou chinoises utilisées pour frapper le Golfe ou la Jordanie ? Ils y verraient un motif légitime de représailles.
La contradiction est devenue encore plus flagrante au Qatar. Son système de défense aérienne n’aurait donné aucun avertissement et n’aurait offert aucune protection contre l’attaque israélienne sur Doha en septembre dernier – une attaque dont Washington avait connaissance à l’avance –, alors que ce même système semblait prêt à protéger les installations militaires et diplomatiques américaines dans le pays contre toute riposte iranienne.
D’autres rapports suggéraient également qu’Israël aurait pu être à l’origine d’attaques montées de toutes pièces contre des installations d’Aramco en Arabie saoudite, ainsi que contre des sites à Oman, en Turquie et en Azerbaïdjan.
Les responsables iraniens, tout en revendiquant la responsabilité des attaques contre le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis et la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite, ont nié toute implication dans ces autres incidents.
Dans le même temps, les États du Golfe se sont plaints que Washington ait transféré des systèmes de défense aérienne de leur territoire vers Israël, augmentant ainsi leur vulnérabilité.
Le message était clair : quoi que les régimes arabes offrent aux États-Unis, Israël passe avant tout, même si cela se fait à leurs dépens.
La guerre a tout aussi clairement montré que les bases militaires américaines dans les pays arabes ne les protègent pas du danger ; elles l’augmentent. Sans elles, ces États n’auraient probablement pas été exposés aux représailles iraniennes.
Depuis la révolution de 1979, l’Iran n’avait jamais lancé aucune attaque militaire contre ses voisins arabes, y compris les États du Golfe et la Jordanie.
Même pendant que ces mêmes États fournissaient à l’Irak un soutien financier, militaire, logistique et diplomatique pendant la guerre de 1980-1988, qui a fait plus d’un million de morts, l’Iran s’est abstenu de les attaquer.
Par contre, ces régimes arabes n’ont cessé de menacer l’Iran et de soutenir les agressions contre lui depuis que la révolution a renversé le shah soutenu par les États-Unis.
Dès 1981, l’Arabie saoudite a mis en avant une stratégie arabe, proposée par le prince héritier Fahd de l’époque, visant à normaliser les relations avec Israël sous prétexte de contenir la prétendue menace iranienne.
L’objectif était de persuader les opinions publiques arabes que l’Iran, et non Israël, était le principal ennemi de la nation arabe, alors même qu’Israël était, et reste, la menace centrale tant pour les États arabes que pour l’Iran.
Cette ligne a ensuite été reprise dans l’Initiative de paix arabe de 2002 sous le prince héritier Abdallah.
Pourtant, ces concessions à Israël, ainsi que l’alignement discret contre l’Iran, n’ont pas apporté la sécurité. Elles n’ont fait qu’augmenter la vulnérabilité des États arabes et des Palestiniens qui sont aujourd’hui confrontés à un génocide.
Même ce bilan n’a pas contraint les dirigeants arabes à reconsidérer leur position. La semaine dernière, leurs ambassadeurs ont appelé la Russie à faire pression sur Téhéran pour qu’il mette fin à sa riposte militaire contre les installations américaines dans leurs pays.
La réponse de Sergueï Lavrov a été sans détour : puisque ces gouvernements se sont rangés du côté de l’offensive américano-israélienne dès le début, leurs prétentions à la neutralité ne sont ni crédibles ni sérieuses.
Si le prix très lourd que ces États ont déjà payé dans cette guerre ne suffit toujours pas à leur prouver que la véritable menace pour leur sécurité, c’est précisément leur alliance avec Washington et Tel-Aviv.. alors rien ne pourra probablement les faire changer d’orientation.
Auteur : Joseph Massad
* Joseph Massad est professeur associé de politique arabe et d’histoire intellectuelle à l’Université de Columbia. Son dernier livre s’intitule : The Persistence of the Palestinian Question ; Essays on Zionism and the Palestinians - Version française : La persistance de la question palestinienne.
19 mars 2026 – Al-Akhbar – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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