17 février 2026 - Des fidèles accomplissent les prières du tarawih le premier jour du ramadan, au milieu des décombres de la mosquée Al-Kanz, qui a été gravement endommagée lors des attaques israéliennes dans le quartier d'Al-Rimal, à Gaza - Photo : Yousef Zaanoun / ActiveStills
Par Diana Buttu
Israël profite de sa guerre illégale contre l’Iran pour continuer à tuer et à affamer la population de Gaza, à s’emparer de nouvelles terres palestiniennes et à restreindre la liberté de circulation en Cisjordanie. Ne détournez pas le regard.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’aurait pas pu paraître plus heureux ; il semblait presque grisé. En lançant une attaque illégale contre l’Iran avec les États-Unis, Netanyahu a atteint l’objectif de toute une vie.
C’est d’ailleurs ce qu’il a déclaré. Debout sur le toit du quartier général de l’armée israélienne (le Pentagone israélien), niché au milieu d’immeubles résidentiels et commerciaux au cœur de Tel-Aviv, Netanyahu a proclamé : « Cette coalition de forces nous permet de faire ce que je rêvais de faire depuis 40 ans : frapper de plein fouet le régime terroriste. C’est ce que j’ai promis – et c’est ce que nous allons faire. »
Laissons de côté pour l’instant cette référence aux « 40 ans » – même s’il est clair qu’Israël représente une menace pour l’Iran depuis au moins tout ce temps, compte tenu de ses années d’attaques contre ce pays et ses alliés. C’est le reste de la phrase qui est tout aussi inquiétant.
Tout comme Netanyahu a fait référence à la tribu d’Amalek – un ennemi qui doit être complètement anéanti – pour justifier le massacre des Palestiniens à Gaza, y compris des enfants et des nourrissons, il invoque désormais une phrase tirée du Livre des Juges de l’Ancien Testament, dans laquelle Samson « les frappa [les Philistins] aux hanches et aux cuisses », pour justifier la guerre contre l’Iran.
En clair, Samson a attaqué les Philistins sans pitié et avec acharnement. Ce n’est pas un hasard si la stratégie de dissuasion nucléaire d’Israël, largement médiatisée, est connue sous le nom d’« Option Samson », selon laquelle Israël recourra à l’arme nucléaire s’il le juge nécessaire.
Soit dit en passant, contrairement à l’Iran, Israël ne s’est jamais soumis à des inspections internationales, et Israël a refusé de signer le traité de non-prolifération nucléaire que 191 pays (dont l’Iran) ont signé.
Cette combinaison assumée d’agression militaire débridée, associée à des références bibliques sionistes délirantes, laisse présager ce qui va arriver, mais elle souligne également ce dont nous sommes déjà témoins en Palestine, ce qui rend d’autant plus important de ne pas détourner le regard de ce qu’Israël fait à Gaza et en Cisjordanie alors que la guerre en Iran fait rage.
Prenons simplement Gaza, par exemple.
Comme on pouvait s’y attendre, depuis le début des attaques américano-israéliennes en Iran, Gaza est une nouvelle fois passée inaperçue. Après avoir tué plus de 72 000 Palestiniens (dont plus de 615 depuis le prétendu « accord » d’octobre 2025) et rasé plus de 90 % des infrastructures résidentielles de Gaza, les politiques génocidaires d’Israël se sont poursuivies sans entrave au cours de la semaine dernière.
Désormais, au lieu de tueries en direct diffusées à un rythme effréné, les politiques meurtrières d’Israël consistent à contrôler pratiquement chaque morceau de nourriture qui entre à Gaza. Et bien qu’il ait accepté (à contrecœur) de laisser entrer des camions d’aide humanitaire à Gaza (soit dit en passant, pourquoi un régime génocidaire a-t-il son mot à dire là-dessus de toute façon ?), Israël continue de refuser les biens indispensables.
Pendant des jours, Israël a empêché tout ravitaillement d’entrer à Gaza – y compris la nourriture et les médicaments – avant d’autoriser un maigre filet de ravitaillement la semaine dernière.
Malgré des plans de reconstruction fastueux – financés par les mêmes pays que les États-Unis ont désormais transformés en cibles –, les Palestiniens continuent de dépérir dans des tentes inondées.
Le mème instantané transformant le soi-disant « Conseil de la paix » de Trump en « Conseil de l’ennui » sonne étrangement vrai.
Et, bien sûr, la machine à tuer israélienne continue de broyer (Israël a tué plus d’une douzaine de Palestiniens à Gaza depuis son attaque contre l’Iran, dont une fille de 12 ans, un journaliste et un ambulancier ce week-end) tandis que les colons israéliens réclament à grands cris l’établissement de colonies dans l’enclave.
En Cisjordanie, Israël a imposé une interdiction générale de circulation aux Palestiniens, tandis que les milices de colons israéliens, enhardies par leurs dirigeants et par une armée qui trouve « cool » de rester les bras croisés pendant qu’Israéliens terrorisent les Palestiniens, mènent leurs attaques contre ces derniers dans le but de procéder à un nettoyage ethnique de la Cisjordanie.
Après un mois de février particulièrement violent, au cours duquel les colons ont mené des centaines d’attaques contre les Palestiniens, allant de meurtres (dont celui d’un citoyen américain, si cela a encore de l’importance pour quelqu’un) au vol de terres, à la destruction de maisons, à l’arrachage d’arbres et à l’incendie de champs, la violence n’a fait qu’empirer.

8 mars 2026 – Les Palestiniens pleurent la mort de trois hommes tués lors d’une attaque menée par des colons israéliens dimanche soir à Khirbet Abu Falah, au nord-est de Ramallah en Cisjordanie. Des colons armés ont ouvert le feu sur des habitants, tuant Thaer Farouq Hamayel (24 ans) et Fare Jawdat Hamayel (57 ans). Un troisième habitant, Mohammad Hassan Murrah (55 ans), est décédé plus tard après avoir inhalé des gaz lacrymogènes tirés par les forces israéliennes arrivées sur les lieux. Ces meurtres surviennent dans un contexte de recrudescence des attaques de colons à travers la Cisjordanie, pendant la guerre contre l’Iran fomentée par les États-Unis et Israël – Photo : Yousef Zaanoun / ActiveStills
Rien que depuis le début de la guerre en Iran, les colons israéliens ont tué au moins cinq Palestiniens. Parmi eux, deux frères palestiniens ont été assassinés par des colons lundi dernier à Qaryut. Trois autres personnes, dont un troisième frère, ont été blessées lors de ces attaques.
Samedi, des colons ont tué un autre Palestinien à Masafer Yatta. Et dimanche, des colons israéliens ont assassiné deux Palestiniens dans le village de Khirbet Abu Falah (un troisième homme est décédé après avoir été frappé par une grenade à gaz lacrymogène lancé par l’armée israélienne).
Pendant ce temps, l’armée israélienne continue de kidnapper des Palestiniens à travers la Cisjordanie. Pourquoi ? Parce que les Palestiniens n’ont pas le droit de se défendre ni de défendre leurs terres. Ce droit est réservé exclusivement à ceux qui tentent de voler des terres – c’est-à-dire les Israéliens.
Et, fait alarmant, à Jérusalem, la mosquée Al-Aqsa, habituellement bondée de fidèles pendant le ramadan, a été de facto fermée. Avant même l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, Israël avait décidé de restreindre l’accès aux Palestiniens de Cisjordanie autorisés à prier à Al-Aqsa aux femmes de plus de 50 ans et aux hommes de plus de 55 ans, et avait plafonné leur nombre à 10 000 – soit moins de 3 % de la capacité d’accueil.
Aujourd’hui, cependant, Israël a simplement interdit les prières du vendredi pour des « raisons de sécurité ».
Pendant ce temps, à l’occasion de la fête juive de Pourim, des Israéliens ont défilé dans Jérusalem en vociférant ce qui semble désormais être l’hymne national d’Israël : « Que ton village brûle ».
Alors qu’Israël multiplie les démolitions de maisons palestiniennes, procède au nettoyage ethnique de villes palestiniennes et que les colons terrorisent les Palestiniens afin de pouvoir construire davantage de colonies, il n’est pas surprenant que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ait averti qu’Israël vise à provoquer un « changement démographique permanent » en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Les ministres israéliens se livrent désormais à leurs fanfaronnades habituelles, comme ils le font toujours lorsqu’ils commettent des crimes de guerre. En particulier, les actions d’Israël à Gaza – loin d’être une source d’embarras pour les crimes de guerre commis – sont une source de fierté : un modèle pour l’avenir.
La semaine dernière, Israël a émis des « ordres d’évacuation » (autrement dit, des ordres du type « partez ou vous mourrez ») à l’intention des habitants du sud du Liban, une région couvrant près de 10 % de la superficie totale du pays et comprenant 100 villages et villes, ainsi que la Dahiyeh, les quartiers sud de Beyrouth à forte densité de population, une zone d’une superficie équivalente à celle du sud de Manhattan et où vivent environ 800 000 personnes.
Le ministre israélien des Finances, Bezelal Smotrich, a promis que « très bientôt, la Dahiyeh ressemblera à Khan Younis ». Pourquoi ne dirait-il pas cela ? C’est logique, étant donné qu’Israël a l’intention de raser la ville, tout comme il l’a fait à Gaza.
De plus, les promesses électorales violentes rapportent des voix, et nous ne sommes qu’à quelques mois d’une élection. Avec 93 % des Israéliens juifs soutenant cette guerre (je n’ai jamais vu de société plus déterminée à faire la guerre – le Premier ministre « aspire » à cela depuis 40 ans ! – et la soi-disant « opposition » y adhère pleinement), on peut voir que le vainqueur des prochaines élections sera celui qui appellera à davantage de meurtres et de spoliations de terres. Il sera le meilleur Samson.
Mais peut-être que les dirigeants israéliens – ivres de destruction et de l’impunité avec laquelle on leur a permis de tuer – devraient se rappeler le sort de Samson : son dernier acte fut d’abattre les piliers du temple de Dagon, tuant de manière apocalyptique ses ennemis… et lui-même.
Auteur : Diana Buttu
* Diana Buttu est avocate et analyste palestinienne. Conseillère politique de Al-Shabaka, Diana Buttu est une avocate qui a été conseillère juridique de l’équipe de négociateurs palestiniens et membre de l’équipe qui a participé aux poursuites contre le Mur devant la Cour internationale de Justice. Elle intervient fréquemment sur la Palestine sur des chaînes de télévision internationales comme CNN et la BBC. Elle est également une analyste politique d’Al Jazeera International et elle contribue régulièrement à The Middle East magazine et à Zeteo. Diana Buttu conserve une activité juridique en Palestine, principalement en droit international appliqué aux droits de l’homme.Elle a écrit « Gaza : The Story of a Genocide », un recueil d'essais qu'elle a coédité, et ses mémoires, « The Hour of the Wolf ».
10 mars 2026 – Zeteo – Traduction : Chronique de Palestine

Soyez le premier à commenter