Israël veut infliger la « doctrine Gaza » à l’Iran et au Liban

15 septembre 2026 - Sept bébés attendent d'être enterrés au complexe médical Nasser à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Parmi eux, quatre fœtus morts dans le ventre de leur mère et trois prématurés morts dans leur couveuse. Des sources médicales ont attribué ces décès à la malnutrition sévère des mères, à la peur permanente, au stress psychologique et à l'épuisement causés par le déplacement forcé sous le génocide israélien à Gaza - Photo : Doaa Albaz / ActiveStills

Par Faris Giacaman

Pendant des années, Israël a appliqué la « doctrine Dahiya » à Gaza. Aujourd’hui, il applique la « doctrine Gaza » à Dahiya — et à Téhéran.

Jeudi matin, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, s’est rendu à la frontière avec le Liban et a promis que « très bientôt, Dahiya ressemblera à Khan Younis ». Il a ainsi donné voix à un changement historique qui s’opère depuis deux ans dans les relations entre Israël et les peuples de cette région.

L’armée israélienne a émis un ordre d’évacuation général pour tout le quartier sud de Dahiya à Beyrouth, qui compte plus d’un demi-million d’habitants, alors qu’une panique généralisée s’empare de la ville.

Des ordres d’évacuation similaires ont été donnés pour le sud du Liban qui, tout comme Dahiya, est principalement peuplé par la population qui constitue la base sociale du Hezbollah.

Les comparaisons avec Gaza n’étaient pas loin de l’esprit des gens, qui craignaient que Beyrouth ne subisse le même sort d’anéantissement total, comme l’ont souligné les commentateurs.

D’autres commentaires identifient un schéma similaire dans les scènes « apocalyptiques » qui se déroulent à Téhéran. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a qualifié cela de « plan tornade » visant à « détruire Téhéran », décrivant une stratégie consistant à raser des cibles « très visibles dans un environnement civil » dans la ville.

Hier encore, deux autres écoles ont été prises pour cible dans le sud-ouest de Téhéran dans le cadre de cette campagne.

Alors que la guerre américano-israélienne contre l’Iran entre dans son septième jour et que le Hezbollah ouvre un deuxième front au Liban, Gaza est devenue le nouveau modèle de guerre asymétrique. Cela marque un changement qualitatif par rapport à la manière dont Israël menait auparavant ses actions militaires, même s’il continue de suivre une logique similaire.

L’ancienne doctrine d’Israël

Au cours des décennies précédentes, la stratégie militaire d’Israël était façonnée par une politique exigeant l’usage d’une force disproportionnée contre ses ennemis. Les actions militaires ne visaient pas seulement les groupes de guérilla, mais aussi les communautés dont ils étaient issus.

C’est en 2008 qu’un responsable de l’armée a pour la première fois explicitement énoncé cette stratégie, lorsque le chef du commandement nord, Gadi Eisenkot, a déclaré que la destruction par Israël de quartiers entiers dans le district de Dahiya pendant la guerre du Liban de 2006 continuerait d’être appliquée partout.

Le raisonnement de l’armée israélienne était simple : la société qui constituait la base populaire du Hezbollah devait également être punie. Cibler les civils à Dahiya n’était pas un « dommage collatéral », car le dommage collatéral était justement le but recherché.

Eisenkot s’est assuré de faire passer ce message, déclarant que « ce qui s’est passé dans le quartier de Dahiya à Beyrouth en 2006 se produira dans chaque village d’où Israël sera pris pour cible » et que « nous utiliserons une force disproportionnée contre [ce village] et causerons d’importants dégâts et destructions. De notre point de vue, ce ne sont pas des villages civils. Ce sont des bases militaires ».

Cette politique est devenue connue sous le nom de « doctrine Dahiya », mais elle ne s’est pas limitée au Liban. Israël a appliqué le même modèle à Gaza de 2008 à 2023, lançant des massacres périodiques destinés à infliger des dommages à la fois au Hamas et à sa base sociale. C

ette politique était également appelée « tondre la pelouse », car elle visait à maintenir les capacités de résistance en dessous d’un certain seuil arbitraire.

Ce qui caractérisait principalement cet usage disproportionné de la force — et ce qui le distingue de la manière dont Israël mène la guerre aujourd’hui — était son horizon temporel limité et son application intermittente.

À l’exception de la guerre de la Nakba en 1948, toutes les guerres menées par Israël avant 2023 ont été relativement brèves, malgré leur caractère destructeur. Leur courte durée résultait de l’hypothèse selon laquelle Israël ne pouvait tolérer une guerre d’usure prolongée contre ses ennemis et, peut-être accessoirement, du fait que les contraintes de l’ordre post-guerre ne pouvaient justifier indéfiniment la normalisation d’une dévastation aussi écrasante.

Le 7 octobre 2023 a changé cette équation. « Tondre la pelouse » ne suffisait plus, pas plus que de maintenir la population bloquée dans une prison à ciel ouvert. La nouvelle étape de la doctrine Dahiya est devenue le génocide de Gaza.

Après deux ans de punition catastrophique des civils, soutenue par la générosité financière et militaire américaine, Israël cherche désormais à appliquer certains éléments de sa conduite à Gaza en dehors des frontières de la Palestine.

Nous voyons aujourd’hui cette nouvelle doctrine, caractérisée par une annihilation totale et prolongée, se mettre en place au Liban et en Iran.

La nouvelle doctrine

Malgré toute l’horreur que révèle le commentaire de Smotrich, il souligne une vérité fondamentale sur la nature de cette guerre : il ne s’agit pas d’un conflit entre des États et des groupes politiques, mais d’une guerre entre des sociétés.

Ces sociétés ne sont pas divisées selon des critères raciaux, ethniques, religieux ou nationaux. Les véritables lignes de fracture se situent entre les sociétés qui résistent à la domination étrangère, celles qui l’acceptent et celles qui cherchent à dominer.

Les contours de la nouvelle posture d’Israël envers les sociétés ennemies ont pris forme peu après le 7 octobre. « C’est toute une nation qui est responsable », a déclaré le président israélien Isaac Herzog le 12 octobre 2023.

« Ce que nous faisons à Gaza, nous savons le faire à Beyrouth », a déclaré le ministre de la Défense Yoav Gallant un mois plus tard. « Ceux qui en paieront le prix sont, avant tout, les citoyens libanais. »

Le général israélien à la retraite Giora Eiland, très influent, a exposé cette politique de manière plus complète dans un article publié en novembre 2023 préconisant d’affamer les Palestiniens à Gaza.

« Qui sont les « pauvres » femmes de Gaza ? Ce sont toutes les mères, sœurs ou épouses des meurtriers du Hamas », a écrit Eiland. « Elles font partie de l’infrastructure qui soutient l’organisation. »

Pour lui, provoquer une « grave épidémie » à Gaza « rapprocherait la victoire », car « les combattants du Hamas et les commandants subalternes commenceraient à comprendre que la guerre est futile et qu’il vaut mieux éviter de causer des dommages irréversibles à leurs familles ».

Eiland considérait la « pression humanitaire » comme « légitime », car Israël ne cherchait pas seulement à combattre les combattants du Hamas, mais « tout le système adverse » dans le but de provoquer « l’effondrement civil ». Et il est allé encore plus loin :

Lorsque des personnalités israéliennes déclarent aux médias « C’est eux ou nous », nous devons clarifier qui sont « eux ». « Eux », ce ne sont pas seulement les combattants armés du Hamas, mais aussi tous les fonctionnaires « civils », y compris les administrateurs d’hôpitaux et d’écoles, ainsi que toute la population de Gaza qui a soutenu avec enthousiasme le Hamas.

Eiland n’était pas un personnage marginal. L’article qu’il a écrit est devenu le modèle d’un plan élaboré un an après le début du génocide, proposé par un groupe de généraux israéliens pour dépeupler le nord de Gaza.

Le « plan des généraux », qui a débuté en octobre 2024 et s’est poursuivi jusqu’au premier cessez-le-feu signé en janvier 2025, a donné lieu à des campagnes d’extermination à grande échelle dans le nord et à la destruction de la plupart des infrastructures civiles nécessaires à la vie.

Telle est la logique sous-jacente de la doctrine de Gaza : mener une guerre contre une société non seulement pour la soumettre, mais aussi pour détruire et empêcher ses conditions de vie.

Au Liban et en Iran, cette politique est teintée de l’ambition sioniste renaissante de conquérir le « Grand Israël », inscrite dans une nouvelle ère d’expansionnisme israélien à travers la vaste géographie de cette partie du monde.

Israël ne s’arrêtera pas tant qu’il ne sera pas le maître incontesté dans une ère où l’unipolarité américaine s’estompe. Si la stratégie américaine en Iran sonne le glas de la Pax Americana, pour Israël, il s’agit de son assaut final contre les réseaux de résistance tissés à travers l’ensemble des sociétés de cette région.

6 mars 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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