L’exode juif de Palestine est-il inévitable?

Des juifs antisionistes brûlent le drapeau israélien. (Photo via Twitter)
Des juifs antisionistes brûlent le drapeau israélien. (Photo via Twitter)
Rima Najjar La fin d’Israël, comme l’écrit Henry Siegman, président du U.S./Middle East Project dans The National Interest, sera le résultat de l’un ou l’autre de deux scénarios.

Jewish Voice for Peace (La Voix juive pour la paix) (JVP) a fait du chemin et plaide pour les droits des Palestiniens. Elle adhère maintenant pleinement au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), qu’elle considère comme la méthode la plus efficace pour effectuer le changement. La JVP figure sur la liste israélienne des personnes et groupes BDS interdits et est décrite par un autre groupe juif aux États-Unis (l’Anti-Defamation League (ligue anti diffamation)- ADL) comme « le groupe antisioniste juif le plus grand et le plus influent aux États-Unis ».

Au cours des dernières années, la JVP s’est considérablement développée et compte maintenant de nombreuses sections aux États-Unis. Ses préoccupations touchent au cœur même de l’identité juive, du sionisme et de la culture institutionnelle juive, sujets qu’Israël a longtemps accaparés. Leur campagne la plus audacieuse à ce jour est celle visant à convaincre les jeunes Juifs américains de ne pas participer aux voyages organisés par la Fondation Birthright Israel pour les Juifs du monde entier et sponsorisés par Israël.

Cette campagne de JVP est importante parce qu’elle remet en cause la légitimité d’Israël comme État juif, comme un droit acquis à la naissance pour les juifs du monde entier. Elle s’adresse également à une génération de juifs qui, de toute évidence, s’éloigne de la hasbara juive et qui est susceptible d’être ouverte au changement en profondeur.

Israël ne peut survivre en tant qu’État juif sans un afflux constant d’immigrants juifs afin de maintenir la majorité démographique juive qu’il a imposée en refusant aux Palestiniens le droit au retour et en faisant barrage à leurs aspirations à l’auto-détermination dans leur propre patrie.

Aujourd’hui, grâce au mouvement BDS, nous ne sommes plus prisonniers de formules comme « territoires contestés » ou doubles « récits ». Il est enfin clair que la disparition de l’État juif est inévitable, entraînant l’exode de juifs de la Palestine. La fin d’Israël, comme l’écrit Henry Siegman, président du U.S./Middle East Project dans The National Interest, sera le résultat de l’un ou l’autre de deux scénarios, qui découleront tous deux de la nature ou du caractère de l’état juif lui-même.

Scénario 1

« Si après une lutte anti-apartheid, sans nul doute âpre et longue, les Palestiniens l’emportent, ils constitueront clairement la majorité démographique. Ayant établi le principe que la majorité peut imposer à la minorité l’identité religieuse et culturelle de l’État, Israël ne sera pas en position de force pour refuser aux Palestiniens le même droit. Cela mènera à terme à l’exode d’un nombre significatif des juifs d’Israël.

Scénario 2

« Si les Palestiniens ne l’emportent pas, alors le caractère indéniable d’apartheid de l’état et le coût de la lutte en cours produiront le même résultat – à savoir un exode à terme de juifs d’Israël, créant un déséquilibre démographique encore plus important entre les populations juive et arabe du pays. Les Palestiniens eux ne partiront pas car ils n’ont nulle part où aller.

La campagne de JVP pour convaincre les juifs américains d’âge universitaire de ne pas participer aux voyages de Birthright en Israël revient à leur dire que l’identité et les revendications territoriales d’Israël en Palestine ne peuvent être définies par leur propre identité nationale américaine travestie en judaïsme dénaturé.

C’est un message qui vaut la peine d’être transmis aux juifs du monde entier. Tout juif ressentant le besoin ou l’envie d’émigrer de son pays pourrait rendre service aux Palestiniens en boycottant l’immigration en Israël. Aux juifs religieux, le message est, comme l’a dit M. Siegman :

« La plupart des juifs n’ont pas fait leur vie à Jérusalem au cours des deux derniers millénaires, même dans des temps où ils pouvaient le faire. Au lieu de cela ils ont associé le retour ardemment désiré à Jérusalem au temps eschatologique. »

Le temps est enfin venu de briser les chaînes sionistes et pour que l’autodétermination, la dignité, et la justice transformatrice pour les Palestiniens de faire leur apparition dans les synagogues, les églises et les moquées du monde entier.

Comme l’a si éloquemment exprimé le Dr Gideon Polya dans Palestinian Me Too : Une liste Alphabétique de 140 Crimes Sionistes Dévoile l’effroyable Complicité et Hypocrisie Occidentale :

« Une solution humaine, pacifique qui serait un bienfait immense pour le monde entier, pour tous les juifs israéliens et tous les Palestiniens indigènes, serait un état unitaire en Palestine avec pour norme le retour de tous les réfugiés, la tolérance zéro pour le racisme, des droits égaux pour tous, tous les droits de l’homme pour tous, le principe d’une personne, une voix, la justice, la bienveillance, la réconciliation, la sécurité niveau aéroport, l’élimination des armes nucléaires, la sécurité nationale garantie à l’échelle internationale et reposant au départ sur les forces armées actuelles, et l’accès sans entrave pour tous les citoyens à toute la Terre Sainte. Cela peut et devrait advenir demain. »

* Rima Najjar est une Palestinienne dont la famille du côté paternel vient du village de Lifta dans la banlieue ouest de Jérusalem, dont les habitants ont été expulsés. C’est une militante, chercheuse et professeure retraitée de littérature anglaise, Université Al-Quds, en Cisjordanie occupée. Ses articles sont publiés ici.

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12 février 2018 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB