Après deux années d’emprisonnement sans accusation ni jugement, Khalida Jarrar est libre

Photo : Addameer
Khalida Jarrar - Photo : Addameer
Oren ZivKhalida Jarrar est sortie de la prison israélienne, après presque deux ans de détention « administrative ».

La députée du parlement palestinien Khalida Jarrar, a été libérée jeudi matin après près de deux ans de détention administrative dans les prisons israéliennes. Ce n’est pas la première fois qu’Israël impose à Jarrar une détention administrative, une pratique par laquelle les détenus sont emprisonnés sans inculpation ni jugement.

Jarrar a été arrêtée pour la première fois en avril 2015 et placée en détention administrative pendant six mois après avoir refusé de se conformer à un ordre d’expulsion militaire. L’armée israélienne lui avait alors ordonné de quitter son domicile à Ramallah dans les 24 heures et de déménager à Jéricho pour une période d’un an et demi. Les autorités militaires israéliennes d’occupation l’ont accusée d’appartenir au Front populaire pour la libération de la Palestine, parti qu’elle représente au Conseil législatif palestinien, mais qui est interdit par Israël.

« Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai été arrêtée, on m’a seulement dit que j’étais dangereuse », a déclaré Jarrar lors d’une réception à Ramallah jeudi après-midi. « C’est ce que nous avons toujours dit en matière de détention administrative: c’est arbitraire. C’est toujours politique. Par conséquent, nous demandons qu’il soit mis fin à cette pratique illégale. »

La détention de Jarrar a conduit à une campagne mondiale pour sa libération. Elle a finalement été libérée de sa détention administrative et soumise à un procès. Elle a été accusée de 12 chefs d’accusation, dont la majorité concernait son activité parlementaire et son militantisme : son association avec le FPLP, sa participation à des manifestations, ses discours et ses entretiens avec les médias, une visite à une tente de solidarité pour les prisonniers palestiniens et une prétendue incitation à capturer des soldats israéliens.

En décembre 2015, Jarrar avait été condamné à 15 mois de prison dans le cadre d’un arrangement entre l’accusation et la défense.

Elle a été relâchée en juin 2016 pour être de nouveau arrêtée un an plus tard, en juillet 2017. Elle était depuis cette date en détention administrative depuis.

« J’ai rencontré des prisonniers de toute la Palestine, de la Palestine de 48 [« Israël »], de Jérusalem, de Cisjordanie et de Gaza », a-t-elle déclaré aux journalistes lors de la réception. « Des femmes prisonnières et des mineurs. Leur message est toujours le même : ils veulent la liberté. Leur deuxième exigence est un appel à l’unité palestinienne ».

« Je ressens des sentiments mitigés. J’ai laissé derrière moi 48 prisonnières qui souffrent et veulent la liberté », a poursuivi Jarrar. « En revanche, je suis très heureuse d’être libérée car rien n’est comparable à la liberté. Cela me donne la force de continuer à lutter pour les femmes emprisonnées. »

Selon l’avocat de Jarrar, Mahmoud Hassan, sa famille avait été informée à l’avance que l’ordre administratif ne serait pas renouvelé à moins de recevoir de nouvelles informations importantes. Jarrar devait initialement être libérée jeudi après-midi, mais les autorités israéliennes d’occupation ont décidé de la laisser partir tôt jeudi matin, probablement pour ne pas attirer l’attention des médias.

Les ordonnances administratives peuvent être renouvelées indéfiniment et pour une période allant jusqu’à six mois à la fois, et peuvent être utilisées pour prolonger l’emprisonnement d’une personne qui a purgé sa peine. Les ordonnances sont réexaminées tous les six mois, mais les détenus ne sont pas toujours informés des faits qui leur sont reprochés, ni des preuves à leur encontre. Le résultat est qu’il est pratiquement impossible de se défendre.

En droit international, la détention administrative ne devrait être utilisée que dans les cas les plus extrêmes. Dans la plupart des systèmes juridiques modernes, la police ou les procureurs libèrent les suspects quand ils ne disposent pas de suffisamment de preuves pour les accuser d’un crime quelconque. En Israël, en particulier lorsque le suspect est palestinien, les procureurs et les forces de répression trouvent souvent d’autres moyens de les maintenir derrière les barreaux.

Il y a plusieurs années, au plus fort des grèves de la faim menées par les prisonniers palestiniens, un haut responsable de la sécurité israélienne a confirmé que l’État avait recours à la détention administrative dans de nombreux cas, par paresse et sans avoir pris la peine de rassembler suffisamment de preuves.

Le ministre de la Sécurité publique d’alors, Yitzhak Aharonovich, avait alors recommandé aux responsables de la sécurité d’utiliser la détention administrative « uniquement si cela était nécessaire et pas dans tous les cas », un aveu implicite que la pratique était appliquée dans bien plus de cas que des situations exceptionnelles – circonstances extrêmes dans lesquelles le droit international autorise son utilisation. Au cours des années, dans un certain nombre d’affaires très médiatisées, Israël a implicitement révélé une nouvelle fois qu’il utilisait la détention administrative en tant que premier recours et non en dernier recours.

Selon le groupe de défense des droits des prisonniers palestiniens Addameer, à la fin de décembre 2018, Israël détenait 480 Palestiniens, dont huit membres du Conseil législatif palestinien, sous le coup de la détention administrative.

Jarrar a été élue au CLP en janvier 2006, après des années d’activité politique en faveur des femmes et des prisonniers. Elle est mariée, a deux filles et a été la première femme à être élue au PLC pour le compte du Front populaire de libération de la Palestine. Entre 1993 et 2005, elle avait la responsabilité de diriger Addameer et elle est restée députée du comité de direction du FPLP après son élection.

Au-delà de son activité parlementaire, Jarrar est une militante de marxiste et féministe depuis des années. Auparavant, elle avait contribué à la requête de l’Autorité palestinienne devant la Cour pénale internationale pour des accusations de crimes de guerre israéliens contre des Palestiniens, ce qui, selon beaucoup, est la véritable raison de son arrestation et de son maintien en détention.

28 février 2019 – +972mag – Traduction : Chronique de Palestine

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