Nécro-violence : martyriser les Palestiniens au-delà de la mort

6 novembre 2023 - Sans aide aucune, et avec leurs mains quand il le faut, les Palestiniens tentent de sauver leurs proches ou de dégager leurs dépouilles des immeubles effondrés sous les bombardements israéliens - Photo : Mohammed Zaanoun/ Activestills

Par Amal Mohammed Abu Saif

Pour retrouver Ran Gvili, Israël a profané des centaines de tombes palestiniennes et le monde s’en est moqué.

Mardi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué ce qu’il a qualifié d’« exploit extraordinaire ». Les forces israéliennes ont récupéré le corps de Ran Gvili, un Israélien décédé le 7 octobre 2023, dans un cimetière palestinien au nord de Gaza.

La télévision israélienne a montré des soldats israéliens chantant une chanson en hébreu sur le site. Les médias occidentaux ont évoqué l’importance de l’opération et ce « moment de guérison nationale ».

Ici, à Gaza, l’opération israélienne visant à récupérer le corps a semé la peur, la douleur et la mort. Les soldats israéliens ont tué quatre Palestiniens près du cimetière et profané des centaines de tombes palestiniennes.

Des centaines de familles palestiniennes doivent désormais rechercher et rassembler les restes de leurs proches, et quatre familles ont dû creuser de nouvelles tombes.

A Gaza, un Israélien vaut 10 000 Palestiniens

Ce qui a été présenté au reste du monde comme une « opération militaire standard » était en réalité un crime grave au regard du droit international. La profanation de tombes constitue une violation d’une disposition clé de la Convention de Genève, qui stipule que les cadavres et les tombes doivent être respectés.

Dans le contexte palestinien, l’attaque contre les cimetières est une autre forme de punition collective. Elle envoie un message clair : le peuple palestinien sera privé de dignité même dans la mort.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’Israël commet des crimes contre les morts palestiniens. Tout au long de la guerre, Israël a attaqué, rasé et déterré des cimetières dans toute la bande de Gaza.

En janvier 2024, CNN a rapporté qu’au moins 16 cimetières palestiniens à Gaza avaient été profanés. Israël a justifié ses actions en affirmant que le Hamas utilisait les cimetières à des « fins militaires ». Des images satellites et des vidéos ont révélé que des cimetières entiers avaient été rasés, les troupes israéliennes en convertissant certains en positions militaires.

Cependant, l’excuse selon laquelle les cimetières palestiniens ne sont profanés que pour des raisons militaires est insoutenable. Les lieux de sépulture palestiniens en Cisjordanie occupée sont également régulièrement attaqués.

Au début du mois, des civils israéliens ont pris d’assaut un cimetière musulman à Jérusalem et détruit des tombes. En janvier 2023, un cimetière chrétien, où étaient enterrés de nombreux hauts responsables chrétiens, a également été vandalisé à Jérusalem.

Et ce ne sont pas seulement les lieux de repos des morts qu’Israël ravage. Même les cadavres palestiniens sont pris pour cible. L’année dernière, l’armée israélienne a renvoyé des centaines de corps de Palestiniens à Gaza. Beaucoup d’entre eux présentaient des signes évidents de torture ; d’autres étaient tellement mutilés qu’ils étaient méconnaissables, obligeant les autorités locales à les enterrer dans des fosses communes.

Dans d’autres cas, les autorités israéliennes ont retenu les cadavres palestiniens à leurs familles comme une autre forme de punition collective. Actuellement, Israël détient les corps de Palestiniens morts depuis la guerre de 1967. En 2019, la Cour suprême israélienne a officiellement autorisé l’État israélien à conserver les corps à des fins de « négociations ».

Tout cela – la profanation, l’exhumation, la mutilation, la rétention des corps des Palestiniens décédés et sa légalisation – vise à effacer la mémoire des défunts et à empêcher leurs proches de les pleurer et de faire leur deuil. Il s’agit d’une punition, d’une humiliation.

Même dans la mort, les Palestiniens ne peuvent connaître la sécurité et la paix.

Gaza : voyage au bout de l’horreur

Tous ces crimes contre les morts palestiniens n’ont pas reçu ne serait-ce qu’une fraction de l’attention médiatique accordée à l’enterrement des prisonniers israéliens libérés de Gaza.

Les récits humanisants, les séances photos exhaustives, les reportages sur les cérémonies officielles n’ont pas été accordés aux victimes palestiniennes, dont Israël a déterré et profané les corps.

Il n’y a eu aucun reportage sur les familles palestiniennes qui se sont rendues au cimetière et ont vécu l’horreur de voir les restes des tombes de leurs proches dispersés. Il n’y a eu aucune sympathie mondiale pour leur souffrance et leur douleur.

À ce jour, nous avons vu et vécu toutes sortes de crimes inimaginables commis par Israël. Ce qui les a rendus encore pires, c’est le silence mondial à leur sujet.

Il est tragique que nous devions rappeler au monde que les tombes sont des lieux sacrés et protégés par le droit international, y compris les tombes palestiniennes.

28 janvier 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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