Le mouvement Hamas tiendra-t-il ses élections internes ?

Gaza, 16 décembre 2019 - Rassemblement à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de l'organisation de la résistance islamique - Photo : Mohammed Asad/MEE

Par Adnan Abu Amer

Un développement important s’est produit récemment dans l’arène politique palestinienne, puisque l’on parle de plus en plus de la tenue d’élections internes, qui pourraient avoir lieu dans les semaines à venir, coïncidant avec les élections législatives et présidentielles prévues en mai et juillet, bien que l’on évoque ouvertement la difficulté de tenir deux élections dans un aussi court laps de temps.

Il est vrai que le Hamas ne dit rien sur la façon dont il pourrait organiser ces élections dans le même laps de temps, mais on parle de plus en plus de la possibilité qu’il reporte ses élections internes afin de ne pas impacter sa préparation aux élections générales palestiniennes.

De manière surprenante, des sources bien informées au sein du mouvement Hamas ont révélé qu’il penchait contre le report de ses prochaines élections internes et leur tenue à la date prévue. Ceci fait suite aux discussions qui ont eu lieu au sein de sa direction et de ses élus.

Cependant, ceux qui demandent le report des élections ont justifié leur position en insistant sur la difficulté de préparer les élections générales et de tenir les élections internes en même temps.

Des sources fiables au sein du Hamas ont confirmé à Middle East Monitor que « le mouvement va tenir ses élections internes, même éventuellement dans les semaines à venir, mais il peut aussi les réorganiser en s’appuyant sur son système interne qui sépare la base du mouvement, le niveau consultatif et exécutif, et le niveau du bureau politique. Il a déjà pris plusieurs mesures internes dans plusieurs domaines pour organiser ses élections, bien que le report du reste des mesures électorales dépende de considérations liées à l’intérêt supérieur du mouvement ».

Les même sources ont ajouté : « Le Conseil général de la Shura du mouvement a catégoriquement rejeté la proposition de reporter ses élections internes, mais la direction du mouvement attendra les résultats des pourparlers du Caire avec le Fatah. Si les pourparlers sont menés à bien et qu’ils confirment la tenue des élections, les chances que celles-ci soient reportées pourraient être plus grandes, car le mouvement souhaite organiser ses activités de manière à obtenir de bons résultats lors des élections générales. La nouvelle direction devra choisir la manière dont elle participera à ces élections, l’étendue de sa participation, la liste des candidats, les listes qu’elle soutiendra et les alliances qu’elle conclura, ce qui exige de gros efforts et peut conduire au report de ses élections internes, que tout le monde souhaite pourtant tenir à la date prévue ».

Le mouvement organise ses élections internes tous les quatre ans. Les dernières ont eu lieu en 2017 et les prochaines consultations devraient commencer début février. Le mouvement pourra raccourcir sa période électorale interne à un mois et demi au lieu de quatre mois, afin que la nouvelle direction puisse se préparer à concourir aux élections générales.

Les comités préparatoires des élections internes ont en fait commencé à prendre les dispositions nécessaires pour la tenue du scrutin, car celui-ci se déroule en plusieurs étapes, en fonction des « régions géographiques ». Les élections internes du Hamas sont organisées selon trois secteurs : la bande de Gaza, la Cisjordanie et celui dit « étranger » qui est tout ce qui se situe en dehors des territoires palestiniens.

En ce moment, trois candidats sont en compétition pour le poste de premier responsable du bureau politique du Hamas, le responsable actuel, Ismail Haniyeh, son adjoint, Saleh Al-Arouri, et l’ancien responsable, Khaled Meshaal.

Les cercles palestiniens proches du Hamas ont affirmé que des accords préalables avaient été conclus entre les dirigeants du Hamas dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, stipulant que Haniyeh serait élu pour un second mandat à la tête du mouvement, tandis que le poste de responsable du Hamas à l’étranger serait attribué à Meshaal, et qu’Al-Arouri garderait son poste de responsable en Cisjordanie, tout en étant le responsable adjoint du bureau politique.

En attendant, l’actuel dirigeant du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, est considéré comme le candidat le plus solide pour un second mandat, compte tenu du large soutien dont il bénéficie de la part des responsables de l’aile militaire du mouvement.

Les fuites dans la presse et les médias concernant les élections internes du Hamas se multiplient, bien qu’elles soient encore tenues secrètes, et ses listes électorales n’ont pas encore été publiées.

Bien qu’il n’existe pas d’informations précises sur la manière dont la direction du Hamas est désignée, nous savons que le mouvement vote habituellement pour son Conseil général de la Choura, lequel élit à son tour le bureau politique, qui est la plus haute autorité exécutive du Hamas.

Ensuite, le premier responsable du mouvement est élu parmi les membres de ce bureau, le nombre de ses membres restant confidentiel, car l’identité de la plupart d’entre eux est tenue secrète, à l’exception de quelques dirigeants de plus grande notoriété.

Les dirigeants du Hamas ne se portent pas candidats aux postes de direction, mais les membres élus du Conseil de la Choura désignent le jour de l’élection ceux qu’ils jugent les plus appropriés pour diriger le bureau politique, et celui qui remporte la majorité des voix devient le premier dirigeant du mouvement.

Par conséquent, la décision d’élire son premier responsable est celle du Conseil de la Choura et n’est pas prise par un membre particulier du mouvement, ni ne dépend de d’une composante quelconque.

Les acteurs internationaux gardent un œil sur les élections internes du Hamas et débattent des résultats possibles, car les résultats de ces scrutins secrets auront un impact sur la possible réconciliation palestinienne et sur les élections législatives et présidentielles prévues, dans lesquelles le Hamas mettra tout son poids.

* Adnan Abu Amer dirige le département des sciences politiques et des médias de l’université Umma Open Education à Gaza, où il donne des cours sur l’histoire de la Cause palestinienne, la sécurité nationale et lsraël.Il est titulaire d’un doctorat en histoire politique de l’université de Damas et a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Cause palestinienne et du conflit israélo-arabe. Il travaille également comme chercheur et traducteur pour des centres de recherche arabes et occidentaux et écrit régulièrement pour des journaux et magazines arabes. Son compte Twitter.

25 janvier 2021 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine