Les prisonniers du Hamas élisent leurs dirigeants derrière les barreaux

Photo : Oren Ziv/ Activestills
Ramallah, Cisjordanie, le 14 août 2013 - Des femmes palestiniennes dansent et chantent en attendant l'arrivée de 11 prisonniers palestiniens libérés des geôles israéliennes - Photo : Oren Ziv/ Activestills

Par Ahmad Abu Amer

Bien qu’ils soient enfermés dans des prisons israéliennes, les membres du Hamas (résistance islamique) élisent une nouvelle direction tous les deux ans qui exerce une grande influence à l’intérieur du mouvement et prend part à ses principales décisions.

Gaza City, Ville de Gaza – les membres du Hamas incarcérés dans les prisons israéliennes ont tenu, le 10 décembre, des élections pour choisir les membres de l’organe de direction qui les représentera auprès du service pénitentiaire d’Israël (IPS).

Les membres élus, tous prisonniers, seront chargés d’organiser les affaires administratives, culturelles, politiques et financières des prisonniers du Hamas.

Le nouvel organe, qui comprend des personnalités de premier plan de la branche armée du Hamas les Brigades Izz al-Din al-Qassam, servira du 1ier janvier 2021 jusqu’à la fin de 2023. Les élections se tiennent tous les deux ans.

Les nouveaux membres élus comprennent Salama al-Qatawi, président et Abdel Nasser Issa, vice-président. Les autres membres sont Mohammad Arman, Hassan Salama, Jamal al-Tawil, Salim Hajjah, Ashraf Zughayer, Moammar al-Shahroury, Munir Merhi, Islam Jarrar et Musaab Abu Shekhidem.

Le processus électoral est une entreprise complexe, car l’IPS interdit de telles activités organisationnelles. Il y a un risque que l’IPS entrave l’élection en plaçant à l’isolement les candidats ayant les meilleures chances de gagner.

L’un des membres du nouvel organe élu a parlé à Al-Monitor de l’intérieur de la prison sous couvert d’anonymat pour raisons de sécurité. Il a dit que le processus électoral avait duré plus de quatre mois. Tous les prisonniers du Hamas dans toutes les prisons et centres de détention israéliens y ont pris part par le biais de scrutins secrets en plusieurs étapes, a-t-il ajouté.

Il a expliqué qu’au cours de la première étape, les prisonniers élisent le Conseil Shura, dont les 51 membres se répartissent sur les 22 prisons et centres de détention. Lors d’une seconde étape, le Conseil Shura élit parmi ses membres les 11 qui composeront l’organe suprême de direction tandis que quatre autres personnes sont nommées en tant que gardien des quatre principales prisons – al-Naqab, Ofer, Ramon et Megiddo. Ces quinze personnes élisent le président et vice-président lors d’une troisième étape.

Il a ajouté qu’il existe une période de 15 jours pour contester les résultats électoraux à la suite de laquelle les vainqueurs sont annoncés. Le président devient membre du Bureau politique du Hamas.

Il a indiqué que le rôle de cet organisme ne se limite pas à gérer les affaires des prisonniers mais qu’il prend part à de nombreuses décisions et initiatives prises par le Hamas, notamment concernant des questions majeures comme les échanges de prisonniers. L’échange du prisonnier Gilad Shalit en 2011 a reçu le feu vert de l’organe dirigeant des prisons du Hamas présidé par Rouhi Mushtaha. Il pèse aussi dans la prise de décisions politiques et l’adoption de projets du Hamas et dans ses relations avec les diverses factions et composantes du peuple palestinien.

« Les prisonniers du Hamas ont mis au point sur de nombreuses années une loi électorale qui leur est propre et qui gouverne le processus électoral, » a-t-il expliqué. « Cette loi est régulièrement amendée et mise à jour pour suivre les évolutions intervenant dans les prisons en termes de sécurité ou du nombre de prisonniers du Hamas, qui change d’une année sur l‘autre. »

Les premières élections se sont tenues en 2004 à la suite de la grève observée par les prisonniers palestiniens en Israël à la fin du mois de septembre 2004 pour protester contre leurs conditions de détention. Les prisonniers ont ressenti le besoin d’un organe dirigeant unifié et bien établi qui prennent des décisions en matière de grève et autres questions. Le premier organe dirigeant en prison a été formé en 2005.

Certains prisonniers du Hamas sont opposés à ces élections, mettant en avant les difficultés de communiquer entre les différents quartiers et prisons ainsi que le danger permanent que l’IPS ne déjoue les élections. Jusqu’à présent, la direction du Hamas a réussi à surmonter ces obstacles de plusieurs façons. La communication entre les prisonniers est maintenue grâce à des téléphones portables introduits clandestinement et des messages transmis par des avocats et via des canaux secrets.

Mahmoud Mardawi, dirigeant du Hamas et ancien prisonnier a dit à Al-Monitor que l’élection de l’organe dirigeant en prison se tient de manière aussi démocratique que tous les processus du mouvement.

M. Mardawi a ajouté « L’organe dirigeant des prisonniers du Hamas est une composante essentielle de la direction du Hamas en général. Aucune décision n’est prise sans sa participation. »

Les prisonniers du Hamas et d’autres organisations palestiniennes ont toujours joué un rôle dans le processus de réconciliation interne palestinien. En 2006, les dirigeants de factions dans les prisons israéliennes ont publié un document de conciliation nationale connu sous le nom Document des prisonniers, proposant un plan pour réconcilier les factions et former un gouvernement d’unité nationale.

A noter que la première direction générale du Hamas comprenait quelques prisonniers sur les listes électorales du Hamas aux élections législatives de 2006. Le Hamas a remporté les élections cette année-là et a en conséquence pris le contrôle de la Bande de Gaza.

Alaa al-Rimawi, ancien prisonnier et le directeur du Al-Quds Center for Israeli and Palestinian Studies à Ramallah, a expliqué à Al-Monitor qu’ « en tenant des élections et en annonçant les vainqueurs, le Hamas vise à créer un état de discipline organisationnelle parmi ses membres dans les prisons israéliennes et à créer un organe élu qui peut assurez l’existence d’une communication entre le mouvement à l’extérieur des prisons et les prisonniers.

Il a fait observer que le Hamas voulait aussi envoyer le message à l’Occident et à Israël qu’il gérait ses affaires organisationnelles de manière démocratique. « Le Hamas donne à de jeunes dirigeants l’occasion de prendre une part active à un travail militant. La majorité des membres de l’organe nouvellement élu sont des hommes jeunes, » a-t-il ajouté.

A1 Ahmad Abu Amer est un écrivain et journaliste palestinien, travaillant pour plusieurs médias, à la fois locaux et internationaux. Il est titulaire d’une maîtrise de l’Université islamique de Gaza. Il a co-écrit un livre sur le blocus de Gaza pour l’Agence turque Anadolu.

15 décembre 2020- Al-Monitor – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

1 Comment

  1. Merci pour cet article bien documenté, montrant la force de l’organisation politique dans des conditions extrèmes.

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