Destruction d'une école de l'UNRWA dans un bombardement israéien sur Gaza - Photo : al-Jazeera
Par Yara Hawari
Bien que Gadi Eisenkot se soit imposé comme le principal adversaire de Netanyahu dans ces élections israéliennes, son programme politique ne changera en rien la trajectoire génocidaire actuelle.
Les listes électorales pour les prochaines élections à la Knesset israélienne ont été déposées. Au total, 38 partis ont soumis leurs listes de candidats, et bien que quelques nouveaux noms aient fait leur apparition, ces listes ne réservent pas de surprises majeures. La véritable surprise réside dans l’identité de celui qui s’impose comme le principal adversaire de Benjamin Netanyahu.
Pendant des mois, ce rôle a été occupé par Naftali Bennett, qui a brièvement occupé le poste de Premier ministre entre 2021 et 2022. Bennett et Yair Lapid ont formé B’Yachad, un parti de centre-droit opposé à Netanyahu. Mais un nouveau venu a complètement dépassé les deux : Gadi Eisenkot.
Eisenkot a occupé pendant quatre ans le poste de chef d’état-major de l’armée israélienne avant de fonder, en 2025, un nouveau parti politique de centre-droit, Yashar. Depuis, Yashar a connu une ascension fulgurante dans les sondages, et Eisenkot est désormais le favori pour détrôner Benjamin Netanyahu.
Eisenkot est présenté comme l’antithèse de Netanyahu : alors que beaucoup considèrent ce dernier comme un politicien rusé issu de l’élite, Eisenkot est dépeint comme un homme franc qui vient de la classe ouvrière. L’équipe d’Eisenkot met également en avant son sacrifice personnel. Son fils est mort en participant au génocide à Gaza, tandis que le fils de Netanyahu, Yair, a échappé à la mobilisation en tant que réserviste – et a passé une grande partie de son temps à Miami depuis 2023.
Tout cela dresse un portrait qui le distingue de Netanyahu, sur qui plane des soupçons de corruption ou d’élitisme.
Mais si l’on gratte un peu la surface, on constate que les deux hommes diffèrent très peu sur les questions fondamentales. Sans surprise, Eisenkot est un fervent partisan de l’expansion des colonies et de la politique génocidaire à Gaza.
Ce que l’on sait moins, c’est qu’en tant que chef du commandement nord de l’armée israélienne en 2006, c’est lui qui a formulé la doctrine de Dahyieh au Liban. Nommée d’après un quartier de Beyrouth rasé par l’armée israélienne, cette doctrine est une tactique militaire qui préconise de prendre délibérément pour cible des civils et des infrastructures civiles. Le droit international l’a condamnée comme étant illégale.
Cette convergence sous-jacente passe facilement inaperçue dans le tumulte des campagnes électorales, Eisenkot et Netanyahu menant tous deux des campagnes de communication agressives. Ce seront les premières élections depuis le début du génocide à Gaza et elles constitueront un véritable test pour Netanyahu, dont la coalition est en train de se désagréger.
En effet, la politique israélienne repose entièrement sur les coalitions ; aucun gouvernement n’a jamais été formé sans coalition, et chacun s’efforce de prouver au public israélien qu’il est le plus génocidaire.
Cette rivalité s’est manifestée de la manière la plus flagrante sur les réseaux sociaux au cours des derniers mois.
Fin août, Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et figure clé de la coalition de Netanyahu, a publié une vidéo de campagne générée par IA dans laquelle il se moquait des Palestiniens et appelait à la judaïsation du Néguev et de la Galilée – des régions qui comptent une importante population de citoyens palestiniens d’Israël.
Dans une autre vidéo générée par l’IA publiée par Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité intérieure et autre figure clé de la coalition de Netanyahu, on voyait des prisonniers politiques palestiniens entrant, sur un tapis roulant, dans une prison israélienne pour en ressortir squelettiques.
C’est une réalité qui a déjà été largement documentée. La légende de la vidéo indiquait : « Nous l’avons promis – nous l’avons fait ». Elle a totalisé quatre millions de vues avant que le compte de Ben Gvir ne la supprime.
Smotrich et Ben Gvir sont tous deux indispensables à la coalition de Netanyahu. Cependant, de récentes querelles ont menacé cette unité. Ben Gvir a refusé de conclure une alliance avec le parti de Smotrich, ce qui pourrait le faire passer sous le seuil électoral.
Parallèlement, Ben Gvir a également accusé Netanyahu de comploter avec Eisenkot, derrière leur dos, pour former une coalition. Ces tensions pourraient bien sonner le glas de la carrière politique de Netanyahu.
Et bien sûr, ses adversaires déploient également toutes leurs forces contre lui. L’une des armes clés de l’arsenal des politiciens anti-Netanyahu est l’accusation selon laquelle il savait que les événements du 7 octobre allaient se produire.
Haaretz a récemment publié de nouveaux détails convaincants à ce sujet dans un article d’investigation. Selon le journal israélien, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, a appelé Netanyahu et l’a averti, au cours d’une conversation de 45 minutes, qu’une opération de grande envergure était prévue par le chef du Hamas, Yahya Sinwar.
Netanyahu aurait répondu qu’il estimait que toute menace se limiterait à la Cisjordanie et que le régime israélien était prêt.
Les auteurs de l’enquête concluent que Netanyahu n’a pas pris cet avertissement au sérieux ; il n’en a pas informé le Shin Bet, le Mossad ni les chefs de l’armée. Cela a d’ailleurs été corroboré depuis. Depuis la publication de ce reportage, le bureau de Netanyahu a dénoncé ces informations et a déposé une plainte en diffamation contre Haaretz. Mais le mal est fait.
Cependant, ce n’est pas parce qu’on est vilipendé, qu’on est vaincu. Netanyahu possède une remarquable capacité de survie, notamment parce que ses adversaires ont échoué à maintes reprises à s’unir.
Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que, quelle que soit l’issue de cette élection, la lutte se déroule entre des hommes politiques qui n’ont aucun intérêt à mettre fin au génocide à Gaza ; la seule différence résidera dans la manière dont ils continueront à le perpétrer.
Auteur : Yara Hawari
* Yara Hawari est Senior Palestine Policy Fellow et codirectrice d'Al-Shabaka. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l'Université d'Exeter, où elle a enseigné en premier cycle et est chercheur honoraire.En plus de son travail universitaire axé sur les études autochtones et l'histoire orale, elle est également une commentatrice politique écrivant régulièrement pour divers médias, notamment The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera. Son compte twitter.
16 septembre 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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