21 janvier 2025 - Des Palestiniens déplacés retrouvent leurs habitations complètement détruites et des scènes apocalyptiques de dévastation à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, après le retrait des forces coloniales israéliennes à la suite de l'accord de cessez-le-feu. Les attaques génocidaires d'Israël ont détruit ou endommagé environ 92 % des unités résidentielles. Selon la défense civile de Gaza, plus de 10 000 corps restent coincés sous les décombres des bâtiments détruits, et des dizaines de corps ont été récupérés au cours des deux premiers jours - Photo : Doaa Albaz / Activestills
Par EuroMed Monitor
Israël efface les preuves du génocide à Gaza, évacuant chaque jour les décombres et les restes humains à bord de 100 camions.
Territoires palestiniens – Les forces israéliennes, en collaboration avec des entrepreneurs civils israéliens, mènent une opération de grande envergure et organisée visant à traiter et à déblayer les décombres des quartiers et des installations qu’elles ont détruits dans la bande de Gaza, puis à les transférer des zones sous leur contrôle militaire vers l’extérieur du territoire assiégé.
Tout cela se produit sans qu’il y ait de registre officiel des quantités retirées ni de contrôle indépendant, et avant même que les commissions d’enquête internationales et locales aient eu l’occasion d’inspecter, d’examiner et de répertorier les sites.
Cela risque de détruire des preuves cruciales du génocide ainsi que les restes des victimes qui n’ont toujours pas été retrouvées sous les décombres.
Ces opérations ne s’inscrivent pas dans le cadre d’efforts humanitaires organisés visant à secourir les personnes portées disparues, à dégager les routes ou à préparer la reconstruction.
Bien au contraire, Israël agit de manière unilatérale dans des zones fermées placées sous son contrôle militaire, en démolissant les bâtiments restants, puis en broyant, mélangeant et transportant les décombres avant que les équipes médico-légales, les experts en preuves et les spécialistes des munitions non explosées ne puissent examiner, documenter et préserver les sites, ainsi que les preuves et les restes humains.
Gaza : les Israéliens tuent les vivants et profanent les morts
L’évaluation rapide des dégâts et des besoins à Gaza, publiée conjointement par la Banque mondiale, les Nations unies et l’Union européenne en avril 2026, estimait à environ 68 millions de tonnes la quantité de gravats répartis sur l’ensemble de la bande de Gaza, sur la base des rapports de dégâts établis jusqu’en octobre 2025.
Ce chiffre ne tient pas nécessairement compte des dégâts causés par les opérations de démolition et de destruction menées par la suite.
D’après ses premières données recueillies sur le terrain, l’organisation Euro-Med Human Rights Monitor estime qu’au moins 10 millions de tonnes de gravats ont été évacuées, concassées ou déplacées de leurs emplacements d’origine dans les zones placées sous le contrôle militaire illégal d’Israël, qui couvrent environ 66 % de la bande de Gaza.
Environ 400 engins lourds destinés aux travaux d’excavations, de démolitions, de concassages et de transports, exploités par des entreprises civiles israéliennes sous protection militaire, sont à l’œuvre dans l’est et le sud de la bande de Gaza. Ils démolissent les structures encore debout, concassent les gravats des quartiers détruits et chargent les débris dans des camions pour les évacuer des sites d’origine.
Au cours des dernières semaines, Euro-Med Monitor a recensé près de 100 camions israéliens quittant quotidiennement la bande de Gaza chargés de débris. Ces camions transportent les gravats vers des sites non divulgués en Israël et plus au sud de la Cisjordanie occupée.
Les autorités israéliennes n’ont fourni aucune précision sur les quantités évacuées, les itinéraires empruntés, les lieux de destination ou l’utilisation qui est faite de ces matériaux. Elles n’ont pas non plus autorisé de contrôle indépendant des processus de tri, de pesée ou de transport.
Ce manque de transparence rend très difficile le suivi des matériaux transportés, l’identification des éléments de preuve ou la récupération d’éventuels restes humains qui pourraient s’y trouver.
L’enlèvement systématique des décombres à ce rythme masque les preuves des crimes effroyables commis par Israël à Gaza, notamment ceux liés au génocide, tels que les exécutions sommaires et les meurtres de civils non armés. Ces sites doivent faire l’objet d’un examen minutieux et d’une enquête pénale approfondie avant toute intervention susceptible d’en modifier ou d’en effacer les caractéristiques.
Parmi les décombres éparpillés dans toute la bande de Gaza figurent des lieux où auraient eu lieu des homicides illégaux et des bombardements visant des familles entières, ainsi que des sites qui contiendraient, selon certaines hypothèses, des fosses communes ou des corps enterrés sous des habitations, des hôpitaux, des abris et des installations civiles détruits.
Ces lieux recèlent des éléments de preuve essentiels pour identifier l’arme, le déroulement de l’attaque, les positions de la victime et de l’agresseur, les distances de tir, la cause et les circonstances du décès, ainsi que des fragments, des projectiles, des douilles vides, des traces biologiques et des effets personnels.
Le concassage, le mélange et le transport des décombres peuvent effacer des preuves, des détails relatifs à l’emplacement et des liens au sein de la scène de crime. Ce processus rompt également la chaîne de conservation des preuves, ce qui peut rendre impossible de retracer le lieu où les preuves ont été recueillies ou de les relier à un incident ou à une victime en particulier.
Ces dommages ne peuvent être réparés par des photographies aériennes ou des témoignages ultérieurs, car les enquêtes sur les crimes internationaux nécessitent également des preuves tangibles pouvant être examinées, comparées et vérifiées juridiquement.
Ces opérations font peser un risque direct sur les restes de milliers de personnes disparues, dont le nombre était estimé par la Protection civile de Gaza à environ 8 500 en juillet 2026.
L’utilisation de concasseurs et d’engins lourds sans études médico-légales et humanitaires préalables pourrait écraser ou disperser les restes, les mélanger aux décombres et les séparer des effets personnels et des documents indispensables à l’identification des victimes.
Ce processus pourrait également entraîner le transport des restes vers des lieux inconnus qui pourraient devenir inaccessibles par la suite.
Ce comportement porte atteinte au droit des familles de connaître le sort de leurs proches disparus et de récupérer et d’enterrer leurs dépouilles dans la dignité. Il est également contraire aux normes internationales qui préconisent la recherche des défunts, la collecte et la conservation des informations les concernant, ainsi que la garantie d’une identification et d’un enregistrement appropriés.
De plus, le fait de déblayer les sites avant toute enquête enfreint les lignes directrices énoncées dans le Protocole du Minnesota sur les enquêtes relatives aux décès potentiellement illégaux.
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Ce protocole met l’accent sur la sécurisation et la documentation des lieux, la collecte des preuves tout en préservant la chaîne de conservation, ainsi que la récupération et l’examen des dépouilles à l’aide de méthodes scientifiques qui respectent la dignité des victimes et les droits de leurs familles.
Les décombres de la bande de Gaza ne se limitent pas à de simples gravats ; ils comprennent des biens privés et publics, des matériaux de construction essentiels tels que l’acier, la pierre et le béton, qui peuvent être recyclés et réutilisés, ainsi que d’autres biens de valeur indispensables aux Palestiniens pour reconstruire leurs habitations, leurs routes et leurs infrastructures.
Ils peuvent également contenir des titres de propriété, des documents officiels et des effets personnels qui font partie intégrante des droits et de la mémoire des individus et des familles.
Le fait d’enlever des décombres de la bande de Gaza et de les exploiter à des fins commerciales sans le consentement des propriétaires ni aucune indemnisation peut, selon les circonstances et l’intention qui sous-tend cette saisie, constituer une confiscation illégale ou un pillage.
De tels actes sont interdits par le droit international humanitaire, notamment l’article 33 de la quatrième Convention de Genève et les dispositions pertinentes du Statut de Rome.
Ces actions s’inscrivent dans un schéma plus large qui a notamment consisté à raser au bulldozer des sites soupçonnés d’abriter des fosses communes, à prendre d’assaut et à endommager des hôpitaux et des établissements médicaux soupçonnés d’être le théâtre de crimes graves, à démolir de manière systématique des bâtiments dans les zones contrôlées par l’armée, et à prendre pour cible des journalistes palestiniens.
Par ailleurs, les enquêteurs internationaux et les médias indépendants se sont vu refuser l’accès aux zones les plus durement touchées.
Cette destruction délibérée de preuves intervient alors que la Cour pénale internationale (CPI) mène toujours une enquête sur les crimes commis en Palestine, parallèlement à d’autres affaires relevant de la compétence universelle devant les tribunaux nationaux.
La destruction des lieux du crime avant la fin des enquêtes entrave la mise en cause de la responsabilité pénale et complique les efforts déployés par les enquêteurs et les procureurs internationaux pour établir les faits, car des preuves essentielles risquent d’être perdues une fois retirées de la bande de Gaza.
Par ailleurs, l’article 70, paragraphe 1, point c), du Statut de Rome considère que « la destruction, l’altération ou l’entrave à la collecte de preuves » constituent des actes criminels qui font obstacle à la mission de justice de la CPI lorsqu’ils sont commis délibérément.
Le Procureur de la CPI devrait enquêter sur ces actes en tant qu’ingérence délibérée dans la collecte de preuves liées à l’enquête en cours sur la situation dans l’État de Palestine, ce qui inclut également la destruction, la saisie ou le pillage illicites de biens.
Le concassage et l’enlèvement à grande échelle des décombres ne se contentent pas de détruire des preuves, mais effacent également les limites foncières, les fondations des maisons, le réseau routier et les caractéristiques propres aux quartiers.
Ce processus prive les Palestiniens des repères physiques attestant de leur propriété et de leur lien avec la terre, ce qui rend plus difficile leur retour et la reconstruction de leurs communautés telles qu’elles étaient autrefois.
La transformation de villes et de quartiers palestiniens dépeuplés de force en espaces ouverts et rasés, placés sous contrôle israélien, constitue un acte concret qui aggrave le déplacement de population et le nettoyage ethnique. Ce processus est indissociable du colonialisme de peuplement israélien, qui consiste à déraciner les Palestiniens, à effacer les traces de leur présence et à redéfinir le territoire sans eux.
Cela ouvre la voie aux efforts d’Israël visant à rétablir des colonies à Gaza et à déplacer les habitants palestiniens, marquant ainsi une nouvelle phase de colonisation et la poursuite de la privation de leurs terres et de leur droit au retour.
La communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale des Nations unies et les États parties au Statut de Rome, doit intervenir de toute urgence pour mettre fin à l’enlèvement et au transport systématiques des décombres de la bande de Gaza.
Elle devrait également plaider pour que des équipes internationales indépendantes chargées d’enquêtes médico-légales et pénales se voient accorder l’accès aux lieux de destruction afin de les évaluer et de les documenter avant tout nouvel enlèvement ou transport, garantissant ainsi la préservation des preuves matérielles nécessaires pour traduire en justice les responsables du génocide.
Euro-Med Monitor exhorte la communauté internationale à faire pression sur Israël pour qu’il mette fin immédiatement et totalement à toutes les activités d’enlèvement et de transport des décombres.
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Cela implique notamment d’exiger la divulgation détaillée des matériaux transportés, des registres de pesées, des itinéraires des camions, des destinations finales, des noms des entreprises et des sous-traitants, des parties bénéficiaires, des informations relatives aux paiements, des numéros d’immatriculations des engins et des camions, ainsi que des données de suivis, et d’assurer la transparence concernant toute vente, tout recyclage ou toute utilisation commerciale des matériaux extraits de Gaza.
Par ailleurs, l’évacuation des décombres ou des matériaux recyclables de la bande de Gaza devrait être interdite jusqu’à ce qu’un système palestinien et international transparent de gestion de ces matériaux soit mis en place. Ce système devrait garantir que tout matériel transporté illégalement soit soit restitué, soit indemnisé à sa juste valeur à ses propriétaires.
De plus, les décombres pouvant être réutilisés devraient être affectés à des projets de reconstruction locaux qui profitent à la population palestinienne et protègent les droits de propriété individuels et publics.
Les États dans lesquels sont implantées les entreprises ou les fabricants de machines mis en cause devraient ordonner l’arrêt de toute action susceptible d’entraîner la démolition de biens, la suppression de preuves ou la saisie de décombres.
Ils doivent également conserver tous les contrats, la correspondance et les données opérationnelles concernés, et mener des enquêtes indépendantes sur la responsabilité de leurs dirigeants et de leurs employés. Euro-Med Monitor préconise des mesures ciblées à l’encontre des personnes et des entreprises dont il est établi qu’elles avaient connaissances de ces activités illégales et y ont pris part, telles que l’exclusion des marchés publics, le gel des avoirs et des poursuites pénales.
Tout effort visant à déblayer les décombres ou à reconstruire dans la bande de Gaza doit être mené par les Palestiniens, avec la participation des habitants locaux, des propriétaires fonciers et des familles des personnes disparues.
Ces initiatives doivent garantir la protection des éléments de preuve, la récupération des dépouilles, le déminage des munitions non explosées, le tri des matières dangereuses, la réutilisation locale des décombres, la préservation des plans cadastraux et du tissu urbain, et empêcher que la reconstruction ne serve à consolider le contrôle ou à modifier la composition géographique ou démographique de l’enclave.
Euro-Med Monitor affirme qu’un cessez-le-feu ou des accords politiques n’effacent pas les crimes ni leurs preuves. La reconstruction et le déblaiement des décombres doivent s’accompagner de la préservation des preuves, de la recherche du sort des personnes disparues, de la restitution des biens, de la mise en cause des auteurs des crimes et de la garantie des droits des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation.
Auteur : EuroMed Monitor
* L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme [EuroMed Monitor] est une organisation indépendante à but non lucratif dirigée par des jeunes qui défend les droits humains de toutes les personnes à travers l'Europe et la région MENA, en particulier celles qui vivent sous occupation, en proie à la guerre ou à des troubles politiques et/ou ont été déplacés en raison de persécutions ou de conflits armés.
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3 août 2026 – Euromed Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

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