La phase 2 du prétendu cessez-le-feu à Gaza n’existe que dans les médias et dans les réunions de l’ONU

13 janvier 2026 - Les Palestiniens déplacés dans la région d'Al-Maqousi, au nord de la ville de Gaza, endurent des conditions hivernales extrêmement difficiles, les vents violents et les fortes pluies aggravant une situation déjà désastreuse, en particulier pour ceux qui s'abritent dans des tentes, dont beaucoup ont été endommagées ou emportées par les tempêtes. Ceux qui se réfugient dans des bâtiments endommagés lors du génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza sont également exposés à des risques mortels liés à l'effondrement des structures lors de conditions météorologiques extrêmes. Plusieurs Palestiniens sont morts à cause de l'effondrement de bâtiments ou d'hypothermie. Pendant ce temps, la livraison de l'aide humanitaire, notamment de tentes et de caravanes, continue d'être entravée par Israël, en violation flagrante du soi-disant « cessez-le-feu » - Photo : Yousef Zaanoun / Activestills

Par Robert Inlakesh

Robert Inlakesh soutient que le soi-disant cessez-le-feu de phase 2 à Gaza n’existe que dans les gros titres et les salles de réunion de l’ONU, alors que sur le terrain, il s’est transformé en un projet de changement de régime américano-israélien qui risque de déclencher une nouvelle guerre.

Alors que le débat s’amplifie sur ce à quoi ressemblera la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza, il est devenu évident qu’il n’y a rien de tel sur le terrain. Du début à la fin, l’ensemble du processus n’a été qu’une manœuvre des États-Unis et d’Israël pour atteindre leurs objectifs de changement de régime, tout en écartant les souffrances de Gaza des gros titres.

Tout au long du mois de décembre 2025, des informations ont circulé selon lesquelles la deuxième phase du soi-disant accord de cessez-le-feu à Gaza serait mise en œuvre en janvier. Comme prévu, les choses ont encore plus stagné sur ce front, seules des déclarations vagues ayant été faites concernant la mise en œuvre du plan du président américain Donald Trump.

La résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), adoptée le 17 novembre 2025, a défini clairement le programme pour la bande de Gaza. Il n’y avait aucune garantie pour les droits du peuple palestinien, aucune référence aux précédents établis depuis des décennies sur la question de l’occupation « israélienne », mais plutôt une vague esquisse d’un complot visant à changer le régime.

Contrairement aux affirmations de l’administration Trump selon lesquelles elle ne cherche plus à s’impliquer dans la « construction nationale », la résolution 2803 du CSNU approuve ce qui est appelé le « Conseil de paix » (BoP, Board of Peace) à Gaza. Elle approuve également le déploiement d’une « Force internationale de stabilisation » (ISF).

En substance, le BoP est un régime non démocratique qui sera imposé au peuple palestinien, Trump assumant le rôle de dictateur de facto de la bande de Gaza, tandis que l’ISF sera une force d’invasion multinationale chargée de changer le régime. La deuxième phase du cessez-le-feu dépendra du succès de ces deux piliers du soi-disant « plan de paix ».

L’échec de la phase deux

En ce qui concerne la BoP, aucune stratégie claire n’a été définie pour la mettre en œuvre sur le terrain. Au cours des derniers mois, plusieurs propositions vagues ont été avancées dans les médias, toutes visant à imposer la BoP dans les zones encore sous occupation israélienne.

Les forces du régime sioniste ont non seulement refusé de respecter la barrière dite « ligne jaune » dans la bande de Gaza, qui était censée séparer 53 % du territoire des 47 % restants contrôlés par l’administration et les autorités de sécurité dirigées par le Hamas. Les Israéliens opère à présent dans près de 60 % du territoire.

Sous le contrôle des forces d’occupation israéliennes, cinq groupes de mercenaires liés à l’État islamique ont été créés dans le but de combattre la résistance palestinienne. Les seules personnes vivant dans le territoire saisi sont ces militants et leurs familles, dont le nombre ne dépasserait pas quelques milliers.

L’année dernière, le Wall Street Journal a rapporté que le « projet Sunrise » de Donald Trump était sérieusement présenté aux gouvernements régionaux. La proposition avance un modèle plutôt ridicule et grotesque comprenant des complexes hôteliers de luxe en bord de mer, des gratte-ciel, un train à grande vitesse et un réseau électrique avancé alimenté par l’intelligence artificielle.

Tout cela coûterait au moins 112 milliards de dollars sur 10 ans, selon le document de 32 pages présenté par Jared Kushner et Steve Witkoff.

Ce modèle correspond à une vidéo générée par IA publiée par le président américain au début de l’année 2025, intitulée « Trump Gaza », qui montre un terrain de jeu sordide pour milliardaires où Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sont assis ensemble dans un complexe hôtelier.

Dans le monde réel, ce qui a été proposé par des responsables plus sérieux au sein des administrations Trump et Netanyahu, c’est l’idée d’une reconstruction dans les zones de Gaza où le régime sioniste est actuellement basé. Cela passe bien sûr par le désarmement complet de la résistance palestinienne, ce qui est manifestement une vue de l’esprit.

C’est là qu’intervient la soi-disant ISF. Cette force multinationale est censée être composée de contingents provenant du monde entier. D’après ce qui a été révélé publiquement, il semble que le plan prévoie que l’ISF compte au maximum plusieurs dizaines de milliers de soldats, ce qui signifie qu’elle sera inférieure en nombre à la résistance palestinienne.

À ce stade, alors que l’ISF était censée être déjà déployée à Gaza, les autorités israéliennes d’occupation ont soulevé d’énormes questions quant aux armées qui seront autorisées à rejoindre cette force. Les responsables sionistes se sont publiquement opposés à l’inclusion des forces turques ou qataries, mais ils semblent désormais incapables d’obtenir même l’accord de l’Azerbaïdjan pour contribuer à cette force.

Les Égyptiens, quant à eux, qui sont les garants du projet ISF, ont publiquement suggéré qu’il soit mis en place en tant que « force de maintien de la paix » comparable aux forces de la FINUL déployées dans le sud du Liban.

Les États-Unis et les Israéliens sont toutefois catégoriques : l’ISF ne doit pas être une force de maintien de la paix et, selon la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies, il ne s’agit pas d’une force alignée sur l’ONU. Si Le Caire refuse, il sera difficile de mettre en place l’ISF.

Dans un esprit de compromis, les États-Unis ont avancé l’idée que l’ISF se contenterait d’assurer la sécurité des frontières, de former une nouvelle force de sécurité palestinienne et peut-être de coordonner d’autres questions telles que la sécurisation du transfert de l’aide humanitaire.

Pourtant, même une mission aussi limitée de l’ISF montre déjà des signes de catastrophe immédiate si elle se concrétise. La société de sécurité UG Solutions, chargée d’employer des mercenaires privés pour diriger le programme défunt de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), a été dénoncée dès le début du cessez-le-feu pour avoir recruté de nouvelles mercenaires à déployer dans la bande de Gaza.

Selon l’enquête menée par Drop Site News, le rôle de ces mercenaires pourrait être de coordonner leurs actions avec l’ISF et de participer à nouveau à la distribution de l’aide humanitaire.

Le projet GHF avait abouti à ce que les Palestiniens ont qualifié de « piège mortel », attirant des civils affamés vers les sites d’aide humanitaire, où des mercenaires américains et l’armée israélienne ouvraient le feu sur eux.

Il en a résulté la mort de plus de 2000 civils, principalement tués par le régime sioniste, sur une période de six mois. Le GHF était directement financé par l’administration Trump aux États-Unis.

Dans le pire des cas, que les Israéliens encouragent, l’ISF sera chargée de désarmer la résistance palestinienne. Il n’est pas nécessaire d’être un expert militaire pour comprendre que réunir des centaines de soldats d’une armée étrangère et des milliers d’une autre, qui parlent tous des langues différentes, n’ont jamais été confrontés à une situation comme celle de Gaza et opèrent selon des doctrines différentes, est la meilleure recette pour un désastre.

L’ISF est censée être la force de changement de régime qui achèvera le travail que l’armée israélienne n’a pas réussi à accomplir. N’oublions pas que les Israéliens ont déployé des centaines de milliers de soldats, par rotation, à l’intérieur de la bande de Gaza et qu’ils ont quand même échoué.

Avant l’annonce du cessez-le-feu le 8 octobre 2025, l’armée israélienne était en train de lancer son opération « Gideon’s Chariots 2 », qui a échoué. Selon les estimations internes israéliennes de l’époque, l’objectif de cette campagne, qui était d’occuper la ville de Gaza, aurait nécessité jusqu’à 200 000 soldats et aurait pu prendre jusqu’à une décennie si elle avait dû s’apparenter à une occupation de type Cisjordanie.

Les Israéliens n’ont jamais été disposés à combattre la résistance palestinienne de front, préférant mener un génocide, et la majorité de leurs actions militaires quotidiennes consistaient à détruire les infrastructures civiles.

En d’autres termes, l’armée israélienne n’a pas changé sa fonction première pendant la guerre, depuis le début du soi-disant cessez-le-feu. Elle a continué à démolir des bâtiments et à alimenter son industrie privée qui s’est développée derrière ces travaux de démolition, tout au long de la période de cessez-le-feu.

La seule différence est qu’elle ne court plus les mêmes risques élevés qu’auparavant, car la résistance respecte le cessez-le-feu.

Tout ce génocide s’est déroulé de la même manière que la mise en œuvre du cessez-le-feu. L’alliance américano-israélienne n’a aucune idée de la manière d’obtenir la victoire qu’elle souhaite, alors elle élabore des plans les uns après les autres, mène des opérations militaires les unes après les autres, puis, lorsqu’elle échoue, elle intensifie simplement la violence contre les civils et réessaie.

La manière dont les armées américaine et israélienne ont géré le conflit à Gaza est peut-être l’échec le plus embarrassant de l’histoire de la guerre moderne. La puissance combinée des armées les plus avancées de la région, aux côtés de la puissance militaire dominante au monde, n’a pas été capable de vaincre les groupes de résistance palestiniens, qui étaient principalement armés d’armes légères qu’ils avaient eux-mêmes fabriquées sous le siège.

À tous les égards, les Israéliens et les Américains ont l’avantage, mais ils doivent recourir à une force d’invasion internationale pour faire leur travail à leur place, après avoir commis un génocide pendant plus de deux ans et détruit presque toutes les structures debout dans toute la bande de Gaza.

Franchement, c’est pathétique, non seulement parce qu’ils ont échoué militairement et se sont battus contre des civils, mais aussi parce qu’ils sont tellement irrationnels qu’ils ne peuvent même pas accepter la défaite.

Le premier jour où le cessez-le-feu a été déclaré, j’avais prédit exactement cette situation difficile, que d’innombrables stratagèmes seraient mis en place et que l’accord serait gelé entre la phase 1 et la phase 2 pendant un certain temps. C’est précisément ce qui s’est passé.

Il n’y a jamais eu de véritable cessez-le-feu, car seule une partie l’a respecté, le Hamas et la résistance palestinienne. Le même scénario s’est produit au Liban. Le résultat inévitable sur les deux fronts est davantage de guerre.

14 janvier 2025 – Al-Mayadeen – Traduction : Chronique de Palestine

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