Gaza a donné au monde une leçon de dignité et de courage

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Combattant des Brigades Izz al-Din al-Qassam - Archives :Info-Palestine.eu
Abdel Bari AtwanLes représailles lancées avec les missiles de Gaza ont modifié les règles du jeu et généré une crise pour les Israéliens.

J’ai appelé un vieil ami et collègue à Gaza mercredi. Hilmi Mousa a passé plus de dix ans dans les prisons de l’occupation israélienne et a longtemps vécu à Beyrouth, où il a travaillé pour le journal as-Safir avant de retourner dans la bande de Gaza. « Ne me demandez pas comment je vais, » dit-il, « Je suis mieux loti que vous tous. Gaza donne au monde entier une leçon de fierté et de dignité. » Il a alors raconté que les gens se réjouissaient de voir des missiles éclairer le ciel en se dirigeant vers les colonies de peuplement israéliennes et qu’ils étaient bouleversés lorsque [les tirs] se sont arrêtés.

La scène décrite par Hilmi a rapidement trouvé des échos dans la plupart des régions du monde arabe et islamique, même si la confrontation n’a duré qu’à peine plus d’un jour et demi et a été suivie du cessez-le-feu le plus rapide de l’histoire du conflit arabo-israélien.

En dépit du siège de famine imposé par Israël et certains pays arabes, les habitants de la bande de Gaza sont descendus dans les rues pour se réjouir, se félicitant mutuellement et distribuant des friandises, comme s’ils voulaient signifier que la guerre devrait durer plus longtemps. Cela a contredit Benjamin Netanyahou, qui a affirmé que les ennemis d’Israël avaient « imploré pour un cessez-le-feu ». Le Premier ministre israélien a expliqué qu’il était attentif à la voix des habitants du sud d’Israël qui avaient subi des bombardements, mais, a-t-il dit : « avec les responsables de la sécurité, je vois la situation générale de la sécurité d’Israël », et « le public peut parfois ne pas avoir connaissance de considérations décisives. Elles doivent être dissimulées à notre ennemi. »

Netanyahou mentait. Ce sont les colons autour de Gaza qui ont « imploré » un cessez-le-feu après avoir été forcés de descendre dans leurs abris. Leurs écoles ont été condamnées à fermer leurs portes et leurs oreilles étaient remplies du son de sirènes d’alerte et de missiles volant au-dessus d’eux et explosant.

Quelque 450 roquettes et obus de mortier ont été déversés sur les colons, envoyant plus de 60 personnes à l’hôpital et choquant les experts militaires israéliens à la fois par la précision accrue avec laquelle ces armes ont touché leurs cibles et par la charge utile explosive de leurs ogives.

Netanyahu sait bien les raisons non avouées qui l’ont poussé à accepter un cessez-le-feu aussi rapidement. La principale d’entre elles était la perspective, si la guerre se poursuivait, que les missiles atteignent Tel-Aviv et d’autres zones d’habitations, envoyant des millions d’Israéliens dans les abris, perturbant le trafic aérien à l’aéroport Ben Gourion et entraînant finalement la fuite des investissements vers Londres, New York, Francfort ou ailleurs.

Le mythe de la toute-puissance israélienne est en train de s’effondrer. La suprématie dans l’air n’est plus aussi affirmée. Israël a perdu son efficacité contre le barrage de tirs de missiles de représailles venus de Gaza, et les jours sont révolus où l’armée de l’air israélienne pouvait se déchaîner dans le ciel syrien.

La guerre de 48 heures à Gaza a transformé de nombreuses données. Le territoire et l’espace aérien de la bande de Gaza ne peuvent plus être attaqués impunément par les raids israéliens sans déclencher une réaction dissuasive. Ceux qui ont la capacité de cibler avec une grande précision un autobus de transport militaire avec des missiles Kornet (grâce à l’aide du Hezbollah) sont également capables de détruire des bâtiments sur la tête de leurs colons à Jaffa, Haifa Lydda, Ramleh, Isdud et Asqalan, sans parler de Sderot à proximité.

Les missiles pouvant être tirés à tout moment depuis Gaza ont exporté la crise auprès des Israéliens, humiliant Avigdor Lieberman et menaçant de renverser Netanyahu et son gouvernement et de l’envoyer en prison, à l’instar de son prédécesseur Ehud Olmert. Les couteaux sont affûtés, les charges sont prêtes et le jeu consistant à « jouer la montre » touche à sa fin.

Les répercussions de cet élan de dignité atteindront sans aucun doute la Cisjordanie, si elles ne l’ont pas déjà fait, peut-être plus tôt que prévu par Mahmoud Abbas, le « président » de l’Autorité palestinienne, ou de Netanyahu. Nous doutons que les forces de sécurité d’Abbas – dont l’un des commandants a récemment été photographié à genoux aidant ses homologues israéliens à changer un pneu à plat – vont réussir à stopper cette vague, malgré tous les moyens répressifs à leur disposition.

La flamme de la résistance dans les territoires arabes occupés peut s’éteindre quelque temps mais elle ne meurt pas. C’est ce que beaucoup de normalisateurs arabes ont été incapables de comprendre. Ils ont malheureusement cru à son extinction et ont déployé le tapis rouge pour les Israéliens, leurs dirigeants, leurs ministres et leurs équipes sportives.

Le peuple palestinien ne se rendra jamais et continuera de résister, avec le soutien de tous les peuples honorables. Et ils continueront inlassablement à accomplir des miracles !

A1 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

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17 novembre 2018 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah