Pourquoi Israël pousse à un changement de régime au Venezuela par l’intermédiaire de Washington

Caracas, 20 septembre 2024 - Manifestation en soutien au président vénézuélien, Nicolás Maduro - Photo : Prensa Latina

Par Robert Inlakesh

Les groupes de réflexion pro-israéliens de Washington, comme la « Fondation pour la défense des démocraties », publient des articles dans lesquels ils se réjouissent de la perspective de faire main basse sur le pétrole du pays.

Non seulement l’opposition vénézuélienne, favorable au changement de régime, est alliée au Likoud israélien, mais renverser le gouvernement de Caracas sert directement l’agenda régional d’Israël. C’est pourquoi les commentateurs pro-israéliens insistent pour que l’armée américaine intervienne et mette des vies américaines en jeu.

Alors que des parallèles commencent à être établis entre la préparation de la guerre en Irak et la propagande de changement de régime de l’administration Trump contre le Venezuela, une similitude essentielle est commodément laissée de côté.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est tristement célèbre pour avoir encouragé l’invasion illégale de l’Irak par les États-Unis en 2003, une guerre qu’Israël a refusé de mener lui-même, mais qu’il a néanmoins défendue et encouragée par l’intermédiaire de ses groupes de pression néoconservateurs alliés à Washington.

La guerre US contre le Vénézuela a commencé en 2001

Bien que la Maison Blanche ait récemment publié un nouveau document de 33 pages sur la stratégie de sécurité nationale, dans lequel les États-Unis déclarent qu’ils ne cherchent plus à s’engager dans des « guerres de construction de nations » et que l’époque des opérations de changement de régime visant à exporter les valeurs américaines est révolue, l’administration actuelle en menace justement le Venezuela.

Elle cherche également à atteindre ce résultat à Gaza par le biais de son plan de cessez-le-feu approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Le parallèle avec la préparation de la guerre d’Irak ne pourrait être plus frappant. Les commentateurs conservateurs pro-Trump salivent actuellement à l’idée de mettre la main sur le pétrole vénézuélien.

En outre, la fausse accusation selon laquelle le Venezuela est en quelque sorte responsable de la crise du fentanyl aux États-Unis a conduit à qualifier le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro de régime « narcoterroriste ».

Cependant, si vous écoutez ce que les officiels de l’administration Trump utilisent pour justifier leur objectif de renverser Maduro, ils accusent systématiquement Caracas de s’allier au Hezbollah et au Hamas. Certains commentateurs pro-israéliens affirment même que le Hezbollah et le Hamas pourraient préparer des attaques sur le sol américain, une accusation non seulement incroyable et illogique, mais qui n’est étayée par aucune preuve.

Il ne s’agit pas non plus d’ennemis des États-Unis, mais d’ennemis d’Israël, ce qui rend d’autant plus suspecte la raison pour laquelle cette question fait l’objet d’une telle attention.

Par exemple, Maria Corina Machado, leader de l’opposition vénézuélienne, s’est récemment exprimée lors d’une conférence à Oslo et a été invitée à aborder la question de l’intervention américaine dans son pays ; sa réponse a été de déclarer que le pays « a déjà été envahi ».

« Nous avons des agents iraniens. Nous avons des groupes terroristes tels que le Hezbollah, le Hamas, qui opèrent librement en accord avec le régime », a éructé Mme Machado pour justifier l’invasion de son pays.

Les États-Unis ont également diffusé récemment des images de leur vol illégal d’un pétrolier vénézuélien, justifiant cette action en affirmant qu’il était utilisé pour transférer du pétrole iranien.

Il convient de noter que les relations entre Téhéran et Caracas sont fréquemment citées comme si elles représentaient une menace pour les États-Unis. Des mesures telles que la récente saisie du pétrolier représentent une agression contre l’Iran par procuration.

Le Venezuela refuse d’être le 68ième gouvernement renversé par les États-Unis

Donald Trump, dont le prix Nobel de la paix tant désiré a été volé par la cheffe de l’opposition vénézuélienne pro-guerre qu’il soutient pour renverser Maduro, tente de se targuer de l’idée qu’il est un artisan de la paix et qu’il s’oppose aux guerres de changement de régime.

Pourtant, entre mars et mai, il a lancé une guerre ratée contre le Yémen, suivie d’une attaque directe contre l’Iran en juin, deux actes commis uniquement pour le bien d’Israël.

Les groupes de réflexion pro-israéliens de Washington, comme la « Fondation pour la défense des démocraties » (FDD), publient des articles dans lesquels ils se réjouissent de la perspective de faire main basse sur le pétrole du pays, tout en s’assurant que le nouveau Venezuela, dirigé par un régime fantoche des États-Unis, coupera les liens avec les ennemis d’Israël.

Dans un nouvel article rédigé par Saeed Ghasseminejad, conseiller principal du FDD pour l’Iran et l’économie financière, on peut lire qu’« un nouveau régime à Caracas romprait les liens avec l’Iran. Téhéran utilise le Venezuela comme base pour étendre son influence djihadiste dans l’arrière-cour de l’Amérique. Un Caracas aligné sur les États-Unis mettrait les agents iraniens à la porte, ce qui rendrait la frontière sud et la patrie plus sûres ».

Le groupe de réflexion « Atlantic Counci » a même affirmé que le Hezbollah libanais « a contribué à faire du Venezuela une plaque tournante pour la convergence du crime organisé transnational et du terrorisme international ».

En fait, dans la même note de synthèse publiée le 7 octobre 2020 et intitulée « The Maduro-Hezbollah Nexus : How Iran-backed Networks Prop up the Venezuelan Regime », le think tank utilise le terme « narcoterrorisme ».

L’Atlantic Council accuse les ennemis d’Israël d’avoir mis en place une « conspiration narcoterroriste impliquant des dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), des cartels de la drogue au Mexique, la République islamique d’Iran, la Syrie et le groupe terroriste libanais Hezbollah ».

Cette focalisation obsessionnelle sur une théorie du complot dénuée de tout fait, qui pointe du doigt tout un éventail d’ennemis d’Israël, en y associant récemment le Hamas, n’est pas le fruit du hasard. Il en va de même pour le serment d’allégeance à Israël de l’opposition vénézuélienne.

S’il est clair que le Venezuela est allié à l’Iran et collabore avec lui pour naviguer dans le monde sous les écrasantes sanctions américaines, ces théories du complot présentées par des groupes de réflexion pro-israéliens, des politiciens soutenus par le lobby israélien et des médias alignés sur Israël sont à peu près aussi sérieuses que les affirmations qui ont conduit à la guerre d’Irak, en termes de preuves à l’appui.

L’Occident veut faire main basse sur le Venezuela

Un autre facteur motivant le désir d’Israël de voir l’État vénézuélien renversé est l’émergence de ce que l’on appelle aujourd’hui les « Accords d’Isaac ». Cette initiative a été annoncée publiquement par le président argentin Javier Milei à la fin du mois dernier.

N’ayant pas réussi à rallier davantage de grandes nations arabes et musulmanes aux « accords d’Abraham » de l’administration Trump, le gouvernement israélien jette désormais son dévolu sur l’Amérique latine. Les accords Isaac témoignent de la volonté d’Israël d’étendre son influence dans l’hémisphère occidental.

Les mouvements de gauche et les gouvernements d’Amérique latine ont historiquement soutenu la cause palestinienne, un héritage de résistance unifiée à l’impérialisme qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

Si le gouvernement vénézuélien est renversé, on prévoit un effet de dominos qui mettra à terre d’autres gouvernements de gauche dans la région, ou du moins les États-Unis passeront à la cible suivante. Cela signifie que Cuba et le Nicaragua seront dans la ligne de mire.

Pour que Tel-Aviv réussisse sa mission dans le cadre des accords d’Isaac, il faut que les partis financés par les États-Unis remportent des élections et que Washington mène des opérations de changement de régime dans toute la région.

Le seul pays qui semble pour l’instant à l’abri de cette stratégie est le Brésil, sous la présidence de Lula da Silva.

Partout ailleurs, les Israéliens disposent des hommes parfaits pour poursuivre cette stratégie jusqu’au bout. Prenons l’exemple du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui non seulement a reçu au moins 1 013 563 dollars de fonds du lobby israélien, mais qui a également une animosité personnelle envers les dirigeants cubains en tant que membre de la diaspora largement favorable au changement de régime dans ce pays.

Rubio comprend parfaitement qu’un changement de régime à Caracas conduit à renverser le gouvernement de La Havane.

Bien qu’Israël ne soit pas le seul moteur du programme de changement de régime de l’administration Trump au Venezuela, il est indéniable qu’il est un facteur et qu’il bénéficiera certainement de ce résultat.

13 décembre 2025 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine

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