Un drapeau palestinien a été brandi pendant la prestation de la chanteuse israélienne à l'Eurovision - Photo : capture d'écran vidéo
Par Romana Rubeo, Ramzy Baroud
Le terme « hypocrisie » est le plus courant, mais certainement pas le plus approprié pour décrire la participation d’Israël au Concours Eurovision de la chanson 2026.
Il faut trouver d’autres mots pour expliquer pourquoi un pays qui vient de commettre l’un des génocides les plus horribles de l’histoire moderne est célébré comme un centre culturel, artistique et musical.
Le terme « complicité » vient à l’esprit, mais il ne suffit pas à expliquer pourquoi l’Occident tient absolument à blanchir le génocide israélien du peuple palestinien.
Beaucoup de ceux qui protestent contre la participation d’Israël à ce concours, qui attire généralement des dizaines de millions de téléspectateurs dans le monde entier, font remarquer à juste titre que la Russie a été exclue dans les 36 heures qui ont suivi son invasion de l’Ukraine en février 2022.
En fait, les mesures de rétorsion contre la Russie ne s’arrêtent pas à l’Eurovision. Des milliers de sanctions de ce type ont été infligées à Moscou dans tous les domaines possibles, de la politique à l’économie en passant par le sport, la culture et bien d’autres encore.
Même aujourd’hui, après des milliers de sanctions, les responsables européens continuent d’appliquer ou d’imaginer de nouvelles sanctions. Pour l’Europe, ce n’est jamais assez lorsqu’il s’agit de punir la Russie ou tout autre pays qui gravitent en dehors de sa sphère politique.
Au fait, Israël est-il un pays européen ? Pour répondre à cette question, il faut bien comprendre la relation à la fois profonde et funeste qui existe entre Israël et l’Occident en général, et entre Israël et l’Europe en particulier.
Israël est un rejeton européen, le fruit monstrueux de l’impérialisme et du colonialisme occidental ; et même du colonialisme de peuplement dans sa forme la plus odieuse, où la soumission des autochtones à des Occidentaux qui se prétendent à tort supérieurs, ne garantit même plus leur survie. Dans le modèle colonialiste israélien, les Palestiniens doivent être éliminés, comme l’avait promis David Ben Gourion, principal architecte du projet sioniste en Palestine et premier Premier ministre d’Israël : « les Arabes doivent partir (ou « nous devons expulser les Arabes »), mais ce doit être fait au bon moment, lors d’une guerre, par exemple ».
Supposons même, pour les besoins de l’argumentation, que l’Occident ait été trompé par les affirmations répétées d’Israël en matière de démocratie, d’égalité et d’humanisme. Comment l’Europe peut-être aujourd’hui continuer à soutenir Israël dans tous les domaines possibles et imaginables, y compris la culture et la musique ?
La plupart d’entre nous ne se rendent pas encore vraiment compte du nombre effroyable de Palestiniens massacrés par Israël, grâce à la technologie occidentale en matière d’armement, pour la simple raison que des milliers de corps palestiniens restent prisonniers sous les décombres de leurs propres maisons, écoles et hôpitaux.
Selon les estimations les plus modestes, plus de 71 000 personnes ont été tuées et plus de 171 000 ont été blessées. Ces chiffres n’incluent pas les milliers de personnes qui sont toujours portées disparues ou celles qui ont été tuées par la famine, des maladies curables, la pollution de l’eau, etc.
L’Occident sait tout cela, non seulement parce qu’il a vu, comme nous tous, les insoutenables images du premier génocide retransmis en direct dans toute l’histoire de l’humanité, mais parce que c’est lui qui, collectivement, a fourni les informations satellites à Israël, l’arme meurtrière qui a permis à Israël de commettre ses massacres, ainsi que la couverture politique qui protège toujours Tel-Aviv.
Et même les Européens qui critiquent Israël, comme par exemple les hauts responsables espagnols qui ont reconnu qu’Israël avait commis un génocide à Gaza n’ont pas osé prendre de véritables mesures contre l’Etat génocidaire : aucun lien politique n’a été vraiment rompu, aucune véritable sanction économique n’a été imposée, rien de tout cela.
L’Union européenne de radio-télévision (UER) continue d’affirmer que « le concours doit rester un espace neutre et ne doit pas être instrumentalisé ».
C’est le même argument pathétique que la fédération mondiale de football, la FIFA, a utilisé à plusieurs reprises pour protéger Israël tout en punissant les athlètes russes dont la seule faute est d’être russes.
Le soutien indéfectible de l’Europe à Israël n’est pas simplement de l’hypocrisie motivée par des intérêts financiers immédiats ou par une culture raciste qui considère que la vie des Palestiniens n’a aucune valeur.
Les élites dirigeantes européennes voient Israël comme un des leurs, ses victoires et ses revers sont leurs propres succès et échecs. Même lorsqu’elles réprimandent Israël, elles le font avec tendresse et délicatesse, comme un père réprimande son fils pour avoir nui aux intérêts de la famille.
Cependant, ce n’est pas le cas des peuples européens. Des millions d’Italiens, d’Irlandais, de Français, d’Espagnols, de Belges et même d’Allemands et d’Autrichiens, entre autres nations, sont ulcérés de ce qu’Israël a fait et continue de faire aux Palestiniens, et certains sont furieux que ce soit leur propre argent, provenant de leurs impôts, qui ait facilité le génocide des Gazaouis.
Ces personnes s’élèvent désormais contre l’UER et toutes les autres institutions européennes complices, et proclament que trop c’est trop.
Il leur appartient désormais de faire entendre leur voix pour s’opposer à la dernière dégradation volontaire de la démocratie européenne.
L’UER a déclaré le 17 décembre que les huées du public, dirigées contre la prestation d’Israël, ne seraient ni censurées ni étouffées, ce qui était censé être une concession. Quelle tentative pitoyable de réduire le peuple au silence !
Mais la société civile européenne ne l’acceptera pas, car ses huées couvriront et doivent couvrir la complicité de l’Europe dans le génocide israélien à Gaza. Il est temps que les huées s’intensifient, non seulement pour délégitimer ceux qui utilisent la musique pour blanchir le génocide de Gaza, mais aussi pour demander des comptes à ceux qui ont rendu ce génocide possible, de Bruxelles à Londres en passant par Paris, et maintenant à Vienne.
Auteur : Ramzy Baroud
* Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle.
Il est l'auteur de six ouvrages. Son dernier livre, coédité avec Ilan Pappé, s'intitule « Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out » (version française). Parmi ses autres livres figurent « These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons », « My Father was a Freedom Fighter » (version française), « The Last Earth » et « The Second Palestinian Intifada » (version française) Son livre à venir, « Before the Flood », sera publié par Seven Stories Press.
Dr Ramzy Baroud est chercheur principal non résident au Centre for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web.
Auteur : Romana Rubeo
* Editrice du site internet Palestine Chronicle, Romana Rubeo est traductrice freelance et vit en Italie. Elle est titulaire d’une maîtrise en langues et littératures étrangères et spécialisée en traduction audiovisuelle et journalistique. Ses centre d'intérêt sont principalement la politique et la géopolitique.Suivez ses comptes Facebook et Twitter.
27 décembre 2025 – Ramzy Baroud – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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