Défense d’al-Aqsa : le mouvement Hamas a le vent en poupe

Des fidèles palestiniens prient devant le Dôme du Rocher dans l'enceinte de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, à l'occasion de la nuit de Laylat al-Qadr le 27 avril. Laylat al-Qadr, ou Nuit du destin, marque la nuit où dans la foi musulmane, les premiers versets du Coran ont été révélés au prophète [sallallahu 'alayhi wa sallam] - Photo : agence Wafa

Par Ahmad Melhem

Le Hamas, reconnu comme un des acteurs politiques incontournables dans la région, a vu sa popularité grandir depuis la récente escalade de la violence à Jérusalem.

RAMALLAH, Cisjordanie – Dès la fin de la prière du vendredi à la mosquée Al-Aqsa, à laquelle ont participé quelque 150 000 Palestiniens, le 22 avril, la foule a manifesté sur l’esplanade de la mosquée.

Le drapeau du Hamas était majoritaire, ce qui témoigne de la grande popularité du mouvement à Jérusalem.

Les manifestants palestiniens qui ont pris part au rassemblement près de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem ont scandé des slogans en faveur des factions armées palestiniennes et de leurs dirigeants, notamment Mohammed al-Deif, commandant des Brigades Izz ad-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas.

Alors que la tension montait pendant le mois sacré musulman du Ramadan à Jérusalem, la popularité du Hamas et d’autres factions armées, dont le Jihad islamique, semblait augmenter dans la ville.

Cela est dû à leurs avertissements soulignant que la mosquée Al-Aqsa était une « ligne rouge » qu’Israël ne devait pas franchir et à leurs menaces d’une nouvelle confrontation militaire similaire à celle de mai 2021 entre Israël et les factions palestiniennes de la bande de Gaza.

Le Hamas semble avoir réussi à imposer une nouvelle équation à Jérusalem après avoir mis à exécution ses menaces de tirer des roquettes depuis Gaza en direction d’Israël au cas où la ainsi nommée marche du drapeau organisée le 20 avril par les colons israéliens serait autorisée à franchir la porte de Damas (zone de Bab al-Amoud) à Jérusalem.

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La police israélienne a empêché les colons d’entrer dans la vieille ville de Jérusalem par la porte de Damas qui mène à l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa, que les Juifs nomment le Mont du Temple, ce qui a donné lieu à de rares affrontements entre les deux camps.

Le journaliste israélien Gal Berger a tweeté : « Un an après la guerre de l’Épée de Jérusalem (en référence au conflit de mai 2021), le Hamas va remporter une victoire nommée ‘l’Interdiction de la marche du drapeau à Jérusalem’. »

Le 20 avril également, les dirigeants politiques et sécuritaires israéliens ont pris la décision de fermer l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa aux colons, du 22 avril à la fin du ramadan (début mai), à la suite des discussions entre le Premier ministre Naftali Bennett et des officiels sur l’augmentation des tensions à Jérusalem.

En mai 2021, le Hamas a lancé une salve de roquettes vers Israël en réponse aux incursions des colons israéliens dans la mosquée Al-Aqsa à l’époque, et à l’expulsion prévue de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem.

La guerre dite de l’Épée de Jérusalem a été un tournant en faisant une ligne rouge de la mosquée Al-Aqsa et de Jérusalem.

Husam Badran, membre du bureau politique du Hamas, a déclaré à Al-Monitor : « La guerre de l’Épée de Jérusalem a été une période cruciale dans le conflit israélo-palestinien. Le Hamas et la résistance ont réussi à faire de Jérusalem une véritable ligne rouge dans les faits, et pas seulement dans les slogans. La résistance a montré qu’elle est prête à payer le prix qu’il faut pour protéger Jérusalem. »

Badran a ajouté : « Le message que la guerre de l’Épée de Jérusalem a envoyé reste vivant dans l’esprit des décideurs israéliens et du public palestinien. C’est le message que la résistance est capable de s’opposer à Israël aux niveaux sécuritaire et politique. »

Il a souligné que « la popularité du Hamas progresse sans cesse, et que le peuple a confiance dans le mouvement et son approche parce que, pour le Hamas, la résistance est tout à la fois un projet, une culture et des actions sur le terrain, et parce qu’il a prouvé son efficacité dans les confrontations passées. »

La récente escalade en Cisjordanie et à Jérusalem et l’anticipation d’une confrontation militaire avec Israël, notamment après les tirs de roquettes effectués ces derniers jours depuis la bande de Gaza en direction des colonies voisines, ont poussé la communauté internationale à concentrer son attention sur la cause palestinienne afin de tenter d’empêcher une confrontation plus large.

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Les dirigeants du Hamas et du Djihad islamique ont reçu des dizaines d’appels d’acteurs arabes, internationaux et régionaux au cours des derniers jours afin de tenter de désamorcer la situation, parallèlement aux efforts de médiation continus des services de renseignement égyptiens et des Nations unies.

Dans ce contexte, Badran a déclaré : « Le Hamas, en particulier son chef, a eu des dizaines de contacts et de réunions directs et indirects avec divers acteurs au cours des derniers jours. Dans le même temps, plusieurs autres ont envoyé des messages directs et indirects [au Hamas] appelant à la nécessité de maintenir le calme et de faire baisser la tension en Cisjordanie afin d’éviter une nouvelle guerre avec Israël. »

Il a ajouté : « L’attention internationale récente découle d’une volonté de maintenir le calme et d’éviter la détérioration de la situation à Jérusalem et en Cisjordanie qui pourrait conduire à un conflit plus large dans toute la région. »

Il a noté que certains acteurs avaient contacté le Hamas à la demande d’Israël, lequel prétend ne pas vouloir modifier le statu quo dans la mosquée Al-Aqsa et à Jérusalem.

Badran a déclaré : « En général, les acteurs internationaux ne bougent que lorsque l’Occupation (Israël) est en crise. Et alors, ils communiquent avec nous de manière indirecte. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de soutien arabe et régional pour les droits des Palestiniens. »

De son côté, l’Autorité palestinienne (AP) a demandé aux acteurs internationaux de faire pression sur Israël, car elle cherche à préserver sa position sur la scène politique.

Le 18 avril, le président de l’AP, Mahmoud Abbas, s’est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine et le roi de Jordanie Abdallah II lors d’appels téléphoniques séparés, suivis le lendemain d’un appel téléphonique similaire avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken pour discuter de la situation à Jérusalem.

Abbas a également reçu une délégation de l’administration américaine au siège de la présidence à Ramallah le 21 avril. Au cours de cette rencontre, il a demandé aux responsables américains d’intervenir immédiatement pour mettre fin aux actions israéliennes dans tous les territoires palestiniens, en particulier à Jérusalem, à la mosquée Al-Aqsa et à l’église du Saint-Sépulcre.

La direction palestinienne devait se réunir dans la soirée du 17 avril pour discuter de l’escalade israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem et prendre une décision. La réunion a été annulée à la dernière minute sans aucune raison explicite.

Dans un article qui portait sur les probables raisons de ce report, le site web Al-Araby al-Jadeed a cité des sources anonymes du Fatah : #Le président Abbas n’était pas content que les médiateurs arabes communiquent directement avec le Hamas et le Jihad islamique pour calmer la situation sur le terrain. [Abbas] estime que les démarches [de ces Arabes] montrent qu’ils ne le considèrent plus comme la partie officielle à laquelle ils doivent avoir recours pour discuter des événements qui se produisent dans la mosquée Al-Aqsa et en Cisjordanie. »

29 avril 2022 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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