Le « Comité pour la Paix » n’est pas que le sous-produit d’un esprit totalement déjanté

22 janvier 2026 - Ville de Gaza - Une organisation caritative distribue des repas chauds aux Palestiniens déplacés alors que la crise alimentaire se poursuit en raison de l'aide humanitaire limitée qui entre à Gaza. Une foule s'est rassemblée malgré le froid dans le quartier de Nasser, à l'ouest de Gaza City - Photo : Ahmed Jihad Ibrahim Al-Arini / AA

Par Ramzy Baroud

L’histoire de la puissance américaine est, à bien des égards, l’histoire de la réinvention des normes – ou de la conception de nouvelles normes – afin de les adapter aux intérêts stratégiques des États-Unis.

Cela peut sembler sévère, mais c’est une prise de conscience nécessaire, en particulier à la lumière de la dernière invention politique du président américain Donald Trump : le ainsi nommé « Conseil de la paix ».

On pouvait conclure un peu hâtivement que la dernière manœuvre politique de Trump, récemment exposée lors du Forum économique mondial de Davos, était une initiative propre à Trump, détachée des doctrines précédentes de la politique étrangère américaine. Mais ce serait se laisser induire en erreur par le style politique égocentrique de Trump et ses affirmations à répétition, bien que sans fondement, selon lesquelles il aurait mis fin à des guerres, résolu des conflits mondiaux et rendu le monde plus sûr.

Lors du lancement à Davos, Trump a renforcé cette illusion soigneusement élaborée, se vantant du leadership historique supposé des États-Unis dans l’instauration de la paix, louant des avancées diplomatiques prétendument sans précédent et présentant le Conseil de la paix comme un mécanisme neutre et bienveillant capable de stabiliser les régions les plus instables du monde.

Pourtant, une lecture moins partiale de l’histoire nous permet de voir le projet politique de Trump, que ce soit à Gaza ou ailleurs, non pas comme une aberration, mais comme s’inscrivant dans un schéma familier.

Les responsables de la politique étrangère américaine cherchent sans répit à reprendre le contrôle des affaires mondiales, à écarter le consensus international et à imposer des cadres politiques qu’ils définissent, gèrent et contrôlent eux-mêmes.

Le Conseil de paix – un club politique sur invitation uniquement entièrement contrôlé par Trump lui-même – prend de plus en plus forme en tant que nouvelle réalité géopolitique dans laquelle les États-Unis s’imposent comme le gardien autoproclamé des affaires mondiales – à commencer par Gaza, dévastée par le génocide – et se positionnent explicitement comme une alternative aux Nations unies.

Bien que Trump ne l’ait pas déclaré ouvertement, son mépris affiché pour le droit international et sa volonté inébranlable de redessiner l’ordre mondial de l’après-guerre sont des indicateurs clairs de ses véritables intentions.

L’ironie est stupéfiante. Un organisme censé guider Gaza dans sa reconstruction après le génocide dévastateur perpétré par Israël n’inclut aucun Palestinien, et encore moins les Gazaouis eux-mêmes.

Plus accablant encore, le génocide qu’il prétend combattre a été soutenu politiquement, financé militairement et protégé diplomatiquement par les administrations américaines successives, d’abord sous Joe Biden, puis sous Trump.

Il ne faut pas être particulièrement perspicace pour conclure que le Conseil de paix de Trump ne se soucie ni de la paix, ni véritablement de Gaza. Alors, quel est le véritable objectif de cette initiative ?

Cette initiative ne vise pas la reconstruction ou la justice, mais l’exploitation des souffrances de Gaza pour imposer un nouvel ordre mondial dirigé par les États-Unis, d’abord au Moyen-Orient, puis au-delà.

Gaza, un territoire assiégé de seulement 365 kilomètres carrés, n’a pas besoin d’une nouvelle structure politique composée de dizaines de dirigeants mondiaux, chacun payant apparemment un milliard de dollars de frais d’adhésion. Gaza a besoin d’être reconstruite, sa population doit se voir accorder ses droits fondamentaux et les crimes d’Israël doivent être sanctionnés.

Les mécanismes pour y parvenir existent déjà : les Nations unies, le droit international, les institutions humanitaires de longue date et, surtout, les Palestiniens eux-mêmes, dont l’action, la résilience et la détermination à survivre aux attaques d’Israël sont devenues légendaires.

Le Conseil de paix rejette tout cela au profit d’une structure creuse et improvisée, conçue pour satisfaire l’ego instable de Trump et faire avancer les intérêts politiques et géopolitiques des États-Unis et d’Israël.

En réalité, il ramène la Palestine un siècle en arrière, à une époque où les puissances occidentales déterminaient unilatéralement son destin, guidées par des préjugés racistes sur les Palestiniens et le Moyen-Orient, préjugés qui ont jeté les bases des catastrophes qui ont durablement frappé la région.

Mais la question centrale demeure : s’agit-il vraiment d’une initiative propre à Trump ?

Non, ce n’est pas le cas. Bien qu’elle soit ingénieusement conçue pour nourrir la mégalomanie démesurée de Trump, elle reste une tactique américaine familière, en particulier en période de crise profonde.

Cette stratégie est décrite de manière convaincante dans l’ouvrage de Naomi Klein, La Stratégie du Choc, qui soutient que les élites politiques et économiques exploitent les traumatismes collectifs – guerres, catastrophes naturelles et effondrement social – pour imposer des politiques radicales qui, autrement, se heurteraient à la résistance du public.

Le Conseil de paix de Trump s’inscrit parfaitement dans ce cadre, utilisant la dévastation de Gaza non pas comme un appel à la justice ou à la responsabilité, mais comme une occasion de remodeler les réalités politiques de manière à renforcer la domination américaine et à mettre de côté les normes internationales.

Ce n’est pas sans précédent. Ce schéma remonte à la création des Nations unies, imaginées par les États-Unis et mises en place en 1945 pour remplacer la Société des Nations.

Son principal architecte, le président Franklin D. Roosevelt, était déterminé à ce que la nouvelle institution garantisse la domination structurelle des États-Unis, notamment par le biais du Conseil de sécurité et du système de veto, assurant ainsi l’influence décisive de Washington sur les affaires mondiales.

Lorsque l’ONU n’a pas entièrement accédé aux intérêts américains, notamment lorsqu’elle a refusé d’accorder à l’administration George W. Bush l’autorisation légale d’envahir l’Irak, l’organisation a été qualifiée d’« inutile ». Bush a alors mené sa propre « coalition des volontaires », une guerre d’agression qui a dévasté l’Irak et déstabilisé toute la région, avec des conséquences qui persistent encore aujourd’hui.

Une manœuvre similaire s’est déroulée en Palestine avec la création en 2002 du « Quartet pour le Moyen-Orient », un cadre dominé par les États-Unis. Dès sa création, le Quartet a systématiquement écarté l’action palestinienne, protégé Israël de toute responsabilité et relégué le droit international au second plan, le considérant souvent comme accessoire.

La méthode reste la même : lorsque les mécanismes internationaux existants ne servent pas les objectifs politiques des États-Unis, de nouvelles structures sont inventées, les anciennes sont contournées et le pouvoir est réaffirmé sous le couvert de la paix, de la réforme ou de la stabilité.

Au vu de ces antécédents historiques, il est raisonnable de conclure que le Conseil de paix finira par devenir un autre organisme rapidement moribond.

Mais avant d’atteindre cette fin prévisible, il risque toutefois de compromettre davantage les perspectives déjà fragiles d’une paix juste en Palestine et d’entraver tout effort significatif visant à tenir les criminels de guerre israéliens responsables de leurs actes.

Ce qui est vraiment extraordinaire, c’est que même dans sa phase de déclin, les États-Unis continuent d’être autorisés à expérimenter l’avenir de peuples et de régions dans leur intégralité. Pourtant, il n’est jamais trop tard pour ceux qui s’engagent à rétablir la centralité du droit international – non seulement en Palestine, mais aussi à l’échelle mondiale – pour contester une telle ingénierie politique imprudente et auto-centrée.

La Palestine, le Moyen-Orient et le monde méritent mieux.

28 janvier 2026 – Middle-East-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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