Quand les enfants deviennent les principales victimes des conflits armés

12 mai 2026 - Misk Al-Adini, âgée de onze mois, est allongée sur un lit à l'hôpital Al-Nasser de Khan Yunis. Son état s'aggrave considérablement suite à des lésions cérébrales qui l'empêchent de bouger le cou ou les membres. La petite souffre de malnutrition aiguë, de diarrhée chronique, de vomissements incessants et d’une forte fièvre, en plus de graves difficultés respiratoires et d’une incapacité à téter ou à s’alimenter. Le sort des enfants malades dans la bande de Gaza s’aggrave en raison de l’effondrement total du système de santé provoqué par le génocide perpétré par Israël, à l’hôpital Al-Nasser de Khan Yunis. Les ressources médicales font défaut, Israël continuant à restreindre l’acheminement des fournitures vers Gaza - Photo : Doaa Albaz / Activestills

Par Ahmed Asmar

Il n’y a pas de meilleur point de départ pour cet article que les propos d’Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale. Lors d’une réunion du cabinet de sécurité début juin, il a appelé à l’enlèvement de femmes et d’enfants libanais afin de faire pression sur le Hezbollah.

« Commençons à sortir des sentiers battus en ce qui concerne le Hezbollah », a-t-il déclaré, exhortant les responsables à adopter des mesures plus énergiques, notamment « l’enlèvement de leurs femmes et de leurs enfants », car, selon lui, c’est « ce qui leur fait le plus mal ».

Imaginez la décadence morale qu’il faut pour proposer l’enlèvement d’enfants comme une tactique militaire légitime. Il ne s’agit pas d’un personnage marginal s’exprimant en marge, mais d’un ministre de premier plan du gouvernement israélien.

Ses propos n’ont suscité aucune réaction d’indignation internationale significative, n’ont donné lieu à aucune session d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, n’ont entraîné aucune sanction et n’ont abouti à aucune mise en accusation. Ainsi, comme le dit le proverbe arabe, le « silence vaut approbation implicite des actes commis ».

Tueurs d’enfants !

Où est la dite communauté internationale ? Où sont les organisations de défense des droits humains qui existent précisément pour condamner une rhétorique aussi odieuse ? Le silence est assourdissant. Et ce silence n’est pas passif : c’est une complicité active dans la normalisation du ciblage des enfants comme instrument de guerre.

Liban : une génération sous les bombes

Les chiffres en provenance du Liban sont effrayants. Depuis le 2 mars 2026, les attaques israéliennes ont fait au moins 3711 morts au Liban, dont 247 enfants, selon le ministère libanais de la Santé.

Depuis le cessez-le-feu du 17 avril — une trêve qui s’est avérée n’être que de l’encre sur le papier —, les forces israéliennes ont tué en moyenne plus d’un enfant par jour. Au moins 70 enfants ont été tués depuis la dernière déclaration d’un prétendu cessez-le-feu.

Ce ne sont pas des accidents. Ce ne sont pas des « dommages collatéraux ». Ce sont les conséquences prévisibles et systématiques d’une campagne militaire qui considère les infrastructures civiles comme des cibles légitimes et les enfants comme des pertes acceptables.

Quand on bombarde des quartiers résidentiels, quand on ordonne l’évacuation de villes entières, quand on mène une guerre sans distinction réelle entre combattants et civils, des enfants meurent. Et c’est ce qui se passe — chaque jour.

Palestine : des enfants de Gaza massacrés sous les yeux du monde

Si la situation au Liban est effroyable, celle à Gaza est apocalyptique.

Depuis octobre 2023, plus de 20 000 enfants ont été tués à Gaza — un chiffre stupéfiant qui dépasse l’entendement. Même après la proclamation d’un soit-disant cessez-le-feu, plus de 200 enfants ont été tués depuis octobre 2025.

Rien que pendant le premier week-end de juin 2026, huit enfants ont été tués et 18 autres blessés dans cinq endroits différents de la bande de Gaza, selon les autorités locales de Gaza.

En Cisjordanie, la situation n’est pas très différente de celle de Gaza : le 5 juin, un bébé de 7 mois a été tué par des tirs de soldats israéliens alors qu’il était assis sur les genoux de sa mère à l’arrière d’une voiture près de la ville d’Hébron, et l’auteur de ces faits n’a pas été tenu pour responsable, ni même interrogé.

Le monde a vu des enfants à Gaza littéralement brûlés vifs. Le monde a vu leurs corps déchiquetés. Le monde a vu les hôpitaux déborder d’enfants blessés. Et le monde n’a rien fait.

Iran : le massacre de Minab

Le 28 février 2026, une frappe a touché l’école primaire de filles Shajareh Tayyebeh à Minab, dans le sud de l’Iran, alors que les cours avaient lieu. Bilan : 168 filles tuées.

Les victimes étaient des écolières âgées de 7 à 12 ans. Cent soixante-huit filles, en une seule attaque… Dans leur école…

Iran : pleurer les enfants morts

L’UNICEF a confirmé qu’environ 180 enfants auraient été tués en Iran, et que 12 autres enfants auraient trouvé la mort dans d’autres écoles réparties sur cinq sites différents.

Les écoles sont protégées par le droit international humanitaire. Elles doivent être des lieux sûrs. Au lieu de cela, elles sont devenues des champs de bataille au cours de l’agression américano-israélienne contre l’Iran.

Conflit russo-ukrainien : des enfants pris délibérément pour cibles

Si Israël est le pays qui commet les violations les plus flagrantes en matière de prises pour cibles d’enfants, d’autres conflits à travers le monde ont également donné lieu à des incidents effrayants.

Dans la guerre russo-ukrainienne, des enfants ont eux aussi été délibérément pris pour cibles. Le 22 mai 2026, les forces ukrainiennes ont utilisé des drones lourdement armés pour mener une frappe ciblée contre un dortoir d’une école professionnelle dans la ville de Starobilsk, dans la région de Louhansk. Au moment de l’attaque, 86 élèves – âgés de 14 à 18 ans – se trouvaient dans le dortoir. Le bâtiment de cinq étages s’est effondré et au moins 18 enfants ont été confirmés morts, tandis que des dizaines d’autres ont été blessés.

Les Nations unies ont exprimé leur inquiétude face à cette attaque meurtrière. Mais l’inquiétude n’est pas synonyme d’action. La condamnation n’est pas synonyme de responsabilité, et les auteurs, quel que soit le camp pour lequel ils se battent, restent libres de frapper à nouveau.

Une totale impunité

Qu’est-ce qui relie l’appel de Ben-Gvir à l’enlèvement d’enfants, les 247 enfants récemment tués au Liban, les 20 000 enfants tués à Gaza, les 168 écolières tuées à Minab et les 18 étudiants tués à Starobilsk ? La réponse est simple : l’impunité.

Les auteurs savent qu’ils n’auront pas à en répondre. Israël n’a jamais été tenu responsable de ce qui s’est passé à Gaza ou au Liban. L’Ukraine ne sera pas tenue responsable de son attaque à Starobilsk. Et il existe d’innombrables autres exemples frappants d’incidents où les enfants étaient la cible principale et les principales victimes.

Le système juridique international, conçu précisément pour prévenir de telles atrocités, s’est révélé totalement incapable de les arrêter.

Comme l’ont souligné les experts de l’ONU, l’incapacité à garantir l’obligation de rendre des comptes « perpétue une culture d’impunité qui touche de manière disproportionnée les femmes et les filles ». Et il en va de même pour tous les enfants.

En l’absence de conséquences, il n’y a pas d’effet dissuasif, et sans effet dissuasif, les meurtres se poursuivent.

Gaza : la famine tue d’abord les enfants

Toutes les conventions, tous les traités, toutes les lois internationales élaborés pour protéger les enfants dans les conflits armés ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits.

Les Conventions de Genève, la Convention relative aux droits de l’enfant, le Statut de Rome de la Cour pénale internationale : tous ont échoué à mettre fin au ciblage délibéré des enfants. Car les lois qui ne sont pas appliquées ne sont que de simples suggestions, et pire encore, la responsabilité n’est pas établie en fonction de la justice, mais sur la base de calculs politiques et de la sélectivité partiale des pays occidentaux.

Tant que les auteurs de ces crimes jouiront de l’impunité, les enfants continueront de payer le prix le plus lourd de guerres qui devraient les épargner.

Tant que des personnalités comme Ben-Gvir resteront impunies, tant que les nations qui prennent pour cible les enfants ne feront l’objet d’aucune sanction, tant que la prétendue communauté internationale restera silencieuse, les tueries se poursuivront. Et chaque enfant mort ne sera pas une tragédie, mais un témoignage de l’échec moral collectif du monde.

Pour finir, Ben-Gvir a appelé à l’enlèvement d’enfants. Personne ne l’a arrêté, personne ne lui a demandé de rendre des comptes. Et demain, quelque part au Liban, à Gaza, en Iran ou dans n’importe quel autre coin du monde, un autre enfant mourra — parce que le monde a choisi de rester indifférent, voire complice.

Ce silence est sans aucun doute ce qui encourage d’autres à bafouer toutes les lois et conventions jamais conçues pour protéger les plus vulnérables d’entre nous, y compris nos enfants.

12 juin 2026 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine

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