La « paix » de Trump et Netanyahu, c’est la « paix des cimetières »

3 avril 2026 - Une femme pleure sur le corps d'un proche tué lors des frappes israéliennes nocturnes sur le nord de Gaza, à l'hôpital arabe Al Ahli de Gaza - Photo : Omar Ashtawy

Par Al-Mayadeen

Alors que les forces israéliennes ont tué 11 Palestiniens à Gaza et bombardé le Liban, Netanyahu a déclaré qu’il rejoindrait le soi-disant « Conseil de paix » de Trump, révélant ainsi le véritable objectif de ce montage.

Le 21 janvier 2026, alors que Trump assistait au Forum économique mondial de Davos, les forces d’occupation israéliennes ont assassiné 11 Palestiniens à Gaza, dont deux enfants et trois journalistes. Plus tard dans la journée, des avions de combat israéliens ont lancé plusieurs frappes aériennes dans le sud du Liban, détruisant des maisons, des bâtiments et des moyens de subsistance dans les villes de Qennarit, Kfour, Jarjou’, al-Kharayeb et Ansar.

Les frappes aériennes de mercredi ont été décrites comme parmi les plus violentes depuis l’entrée en vigueur du prétendu cessez-le-feu de novembre 2024.

Ironiquement, le même jour, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a accepté son poste au sein du « Conseil de paix » de Donald Trump, un cadre censé apporter non seulement la stabilité et la reconstruction à Gaza, mais aussi à toutes les zones « touchées par le conflit ».

Le moment choisi met en évidence la contradiction au cœur de l’initiative de Trump : comment une destruction active et continue peut-elle qualifier quelqu’un pour superviser la reconstruction ? Comment l’architecte de la dévastation de Gaza peut-il devenir son gouverneur ?

« L’artisan de la paix » qui a plus de 77 000 morts sur la conscience

Les références de Netanyahu en tant que « artisan de la paix » sont écrites avec le sang des Palestiniens et des populations dans six des pays environnants.

Rien qu’à Gaza, son génocide a tué plus de 71 000 Palestiniens depuis octobre 2023, dont 17 000 enfants et 12 000 femmes.

Depuis le prétendu cessez-le-feu qui a débuté le 11 octobre 2025, les forces israéliennes ont assassiné 483 Palestiniens supplémentaires, soit une moyenne de 4,5 morts par jour pendant ce que Trump appelle la « paix ».

Gaza : une prétendue phase 2 pour une phase 1 et un cessez-le-feu qui n’ont jamais existé

Les femmes, les enfants et les personnes âgées représentent 52 % des personnes tuées depuis l’annonce du soi-disant cessez-le-feu.

Mais Gaza n’est qu’un théâtre parmi d’autres de l’agression régionale de Netanyahu. Au Liban, 4291 personnes ont été tuées par « Israël » depuis octobre 2023. Parmi ces 4291 martyrs, 3961 ont été tués avant le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, et 330 autres depuis.

En Syrie, où Netanyahou a ordonné plus de 600 frappes au cours de la seule année dernière, au moins 540 personnes ont été tuées en 2024-2025.

En juin 2025, Netanyahu a lancé une guerre non provoquée de 12 jours contre l’Iran, tuant 935 Iraniens, dont beaucoup étaient des civils.

Pendant ce temps, au Yémen, les agressions répétées d’Israël ont tué plus de 260 Yéménites, en plus des destructions majeures causées aux ports et aux infrastructures énergétiques.

Et en Cisjordanie occupée, les forces d’occupation israéliennes, souvent avec l’aide des colons israéliens, ont tué 1 102 Palestiniens depuis octobre 2023.

La cerise sur le gâteau est sans aucun doute le mandat d’arrêt délivré à son encontre par la Cour pénale internationale le 21 novembre 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les 125 États membres de la CPI sont tenus d’arrêter Netanyahu s’il entre sur leur territoire (ce qu’ils n’ont pas respecté).

Le 16 janvier, le bureau de Netanyahu a publié une critique publique rare du « cadre de gouvernance » de Gaza après la guerre, tel que proposé par Trump, déclarant que la composition du Conseil exécutif de Gaza « n’avait pas été coordonnée avec Israël et contredisait sa politique ».

Netanyahu s’est spécifiquement opposé à l’inclusion du ministre des Affaires étrangères turc Hakan Fidan et du Qatari Ali al-Thawadi, des responsables de pays qu’il considère comme des sponsors du mouvement Hamas. « Il n’y aura pas de soldats turcs ou qataris dans la bande de Gaza », a-t-il déclaré.

La réponse américaine a été rapide et sans détour. Un haut responsable américain a déclaré à Axios le 17 janvier : « C’est notre cirque à nous, pas le sien. S’il veut que nous nous occupions de Gaza, ce sera à notre manière. Il devrait se concentrer sur l’Iran pendant que nous nous occupons de Gaza. Il ne peut pas s’opposer efficacement à nous. Nous n’avons pas tenu compte de lui. »

En l’espace de cinq jours, Netanyahu a donc fait volte-face, son bureau annonçant qu’il avait accepté de rejoindre le « Conseil de paix ».

En finir avec les Nations Unies : l’objectif idéal selon Netanyahu

Lorsqu’on lui a demandé le 20 janvier si le « Conseil de la paix » devrait remplacer les Nations Unies, Trump a répondu : « C’est possible. » Il a ajouté : « L’ONU n’a tout simplement pas été très utile. Je crois beaucoup au potentiel de l’ONU, mais elle n’a jamais été à la hauteur de ses capacités. »

La charte du Conseil en question, confirme cette ambition. Elle stipule que le Conseil « garantira une paix durable dans les zones touchées ou menacées par des conflits », et pas seulement à Gaza.

La radio NPR a rapporté que « le terme Gaza n’apparaît pas une seule fois dans cette charte ». Parallèlement, The New York Times a noté que la charte prône « une organisation internationale de consolidation de la paix plus agile et plus efficace ».

Si le modèle de Gaza s’impose, il pourra alors être reproduit au Yémen, en Syrie, au Soudan ou dans toute zone de conflit où la « stabilisation » nécessite une « gouvernance internationale ».

Pour Netanyahu, cela pourrait être l’aboutissement d’une campagne menée depuis des années contre les Nations Unies et les mécanismes internationaux de responsabilisation.

En septembre 2024, Netanyahu s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations unies et a injurié cette instance en la qualifiant de « marécage antisémite », de « maison des ténèbres » et de « marécage de bile antisémite ».

Il a affirmé que l’ONU avait adopté 174 résolutions condamnant « Israël » depuis 2014, contre 73 contre tous les autres pays réunis, décrivant l’organisation comme une « société anti-israélienne » avec une « majorité automatique prête à diaboliser l’État juif ».

En janvier 2024, la Cour internationale de justice a jugé « plausible » que le régime israélien commette un génocide à Gaza, et a rendu trois mesures provisoires ordonnant à « Israël » d’empêcher les actes génocidaires, d’assurer l’aide humanitaire et de préserver les preuves.

La réponse de Netanyahu a été après l’audience de la CIJ : « Personne ne nous arrêtera, pas même La Haye. »

En décembre 2024, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a publié un rapport accusant « Israël » d’actes génocidaires et de violences sexuelles. Netanyahu a qualifié ce rapport d’œuvre d’un « organisme antisémite, pourri, soutenant le terrorisme et sans importance ».

L’UNRWA concentre la haine israélienne

En octobre 2024, la Knesset « israélienne » a voté à 92 voix contre 10 l’interdiction des opérations de l’UNRWA, Netanyahu qualifiant l’agence des Nations unies pour les réfugiés de « totalement infiltrée par le Hamas ».

En janvier 2025, Netanyahu a ordonné l’application immédiate de cette décision, obligeant le personnel de l’UNRWA à déménager à Amman, saisissant ses locaux et mettant fin à ses opérations.

En plaçant l’UNRWA « hors-la loi », l’État génocidaire sacrifie toute une génération d’enfants palestiniens

Près de 2 millions de Palestiniens à Gaza et des millions d’autres en Cisjordanie et au Levant dépendent de l’aide de l’UNRWA. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié cette interdiction de « catastrophe dans un contexte déjà désastreux ». Netanyahu a déclaré Guterres « persona non grata ».

Plus récemment, les autorités d’occupation israéliennes ont rasé au bulldozer des bâtiments situés dans le siège de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) dans l’est de la ville occupée d’Al-Quds. Le ministère des Affaires étrangères « israélien » a déclaré que la démolition avait été effectuée en vertu d’une nouvelle « loi » interdisant l’organisation.

Le schéma est indéniable. Tous les mécanismes internationaux de responsabilisation, y compris l’Assemblée générale des Nations unies, la CPI, la CIJ, l’UNRWA et le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, ont trouvé des preuves de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide commis par Israël.

La réponse de Netanyahu a été constante : rejeter toutes les conclusions comme « antisémites » et s’efforcer de démanteler ou de remplacer les institutions qui les formulent.

Le « Conseil de paix » de Trump offre à Netanyahu exactement ce qu’il souhaite, à savoir une alternative aux structures des Nations Unies qui ont condamné « Israël » à 174 reprises, aucune compétence de la CPI sur les opérations du Conseil, aucun contrôle de la CIJ sur la gouvernance du Conseil, aucune aide indépendante de l’UNRWA et aucun mécanisme de responsabilité au-delà du droit de veto de Trump.

Qui sont les complices ?

La cérémonie de signature du Conseil de la paix, qui se tiendra le 23 janvier lors du Forum économique mondial de Davos, révélera si Trump a réussi à former une coalition internationale ou s’il a simplement rassemblé un ramassis d’autocrates isolés et d’États clients des États-Unis.

Selon l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, environ 25 pays avaient accepté l’invitation à rejoindre le Conseil au 21 janvier. La structure exige une contribution (véritable racket pour le bénéfice direct de Trump) d’un milliard de dollars pour devenir membre permanent ; ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas payer servent pendant trois ans renouvelables, à la discrétion de Trump.

Les ministres des Affaires étrangères de huit pays musulmans ont annoncé conjointement leur décision de rejoindre le « Conseil de la paix ». L’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, l’Indonésie, le Pakistan, le Qatar et les Émirats arabes unis nommeront chacun un représentant pour siéger au conseil exclusif de Trump.

Le ministère des Affaires étrangères du Pakistan a exprimé son espoir d’un « cessez-le-feu permanent, d’une augmentation de l’aide humanitaire et de la reconstruction ».

Par ailleurs, la Biélorussie, l’Albanie, l’Arménie, le Kosovo et la Hongrie sont les seuls pays européens à avoir jusqu’à présent accepté l’invitation à rejoindre le conseil. Le Hongrois Viktor Orbán a même qualifié cette invitation d’« honneur ».

Sans ironie, l’Azerbaïdjan, qui a continuellement fourni du pétrole à « Israël » tout au long de son génocide, a accepté de rejoindre le conseil de Trump. Le Vietnam et le Kazakhstan, qui a récemment normalisé ses relations, rejoindront également le conseil.

Dans les Amériques, l’Argentin Javier Milei, qui a demandé à Trump (et obtenu) un plan de sauvetage de 40 milliards de dollars pour rester au pouvoir, a accepté l’invitation à rejoindre le conseil le 17 janvier.

Le Canada, dont le Premier ministre Mark Carney a accepté de rejoindre le conseil « en principe », a toutefois explicitement refusé de payer les 1 milliard de dollars de frais d’adhésion.

Les grands absents

La France a été le premier pays à rejeter officiellement l’invitation de Trump. Ce refus s’inscrit dans le contexte de la saga de l’annexion du Groenland. Le 19 janvier, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a déclaré que la structure du Conseil était « très, très éloignée de la Charte des Nations unies ».

La réponse de Trump a été, comme à son habitude, punitive : il a menacé d’imposer « des droits de douane de 200 % sur le vin et le champagne français » afin de faire pression sur le président Macron pour qu’il adhère à l’accord.

La Suède a officiellement décliné l’invitation, invoquant « de nombreuses questions » concernant la proposition. La Norvège a rejeté la participation en raison de préoccupations concernant les termes de la charte.

De plus, selon un porte-parole du gouvernement, le chancelier allemand Friedrich Merz ne participera pas à la cérémonie de signature à Davos.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer « a choisi de ne pas approuver le conseil », se contentant de déclarer qu’il « consulterait ses alliés au sujet de leur réponse ».

Les Pays-Bas, la Croatie et l’Italie figurent parmi les pays qui n’ont pas accepté et semblent susceptibles de se joindre au consensus européen contre la participation.

La Russie, la Chine, l’Inde, le Japon, la Thaïlande et l’Indonésie ont tous reçu des invitations, mais n’ont pas confirmé leur participation.

Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping ne seront notamment même pas présents à Davos.

L’adhésion de Netanyahu révèle que le Conseil n’existe pas pour mettre fin au contrôle israélien, mais pour démanteler l’ordre juridique international qui le menace de mandats d’arrêt et d’accusations de génocide, en le remplaçant par un cadre où le destructeur gouverne la reconstruction, l’occupant supervise la gouvernance et le criminel de guerre conçoit la « paix ».

Nous sommes aujord’hui dans un univers totalement orwellien où les mots eux-mêmes perdent leur sens [NdT].

21 janvier 2026 – Al-Mayadeen – Traduction : Chronique de Palestine

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