2 décembre 2026 - Le grand-père du photographe Mahmoud Wadi pleure sur le corps de son petit-fils au complexe médical Nasser à Khan Younis, dans le sud de Gaza. Wadi a été assassiné par l'armée israélienne alors qu'il filmait les destructions dans la ville - Photo : Doaa Albaz / ActiveStills
Par Qassam Muaddi
Pour les Palestiniens de Gaza, la prétendue phase 2 du cessez-le-feu n’offre guère d’espoir de voir changer fondamentalement le statu quo établi par Israël au cours des trois derniers mois, que beaucoup qualifient de « nouvelle forme de génocide ».
La phase 2 du prétendu cessez-le-feu entre Israël et le Hamas a officiellement commencé, et elle impliquera « la démilitarisation complète et la reconstruction de Gaza », a déclaré dimanche l’envoyé américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff.
Israël s’est opposé à passer à une soit-disant deuxième phase, qui inclurait un retrait israélien plus important de la bande de Gaza, le début de la reconstruction et le transfert du contrôle des institutions de Gaza du Hamas à une autorité provisoire composée de technocrates palestiniens.
Ce comité technocratique, chargé de la gouvernance quotidienne, devrait rendre compte à un « Conseil de paix » mandaté par les États-Unis dans le cadre du « plan de paix » en 20 points de Trump.
Israël affirme que cet organe sera dirigé par le diplomate bulgare Nikolay Mladenov, connu pour ses liens étroits avec les Émirats arabes unis, alliés d’Israël.
Les noms des 14 technocrates palestiniens ont également été rendus publics. Ils seraient dirigés par l’ancien vice-ministre de la Planification de l’Autorité palestinienne (AP), Ali Shaath.
Mais ces développements n’ont aucune importance. Israël reste la partie clé capable d’imposer les détails et la mise en œuvre éventuelle d’un cessez-le-feu, et il tentera d’utiliser cette influence pour définir à quoi ressemblerait réellement une phase 2.
Malgré les vociférations de l’administration Trump selon lesquelles la phase 2 sera marquée par une période de gouvernance stable et de reconstruction, la manière dont Israël a déjà systématiquement violé les termes de la première phase indique qu’il ne cherchera qu’à se soustraire davantage à ses obligations et à renforcer le statu quo actuel : une bande de Gaza divisée, soumise à une famine lente et frappée par des frappes militaires meurtrières périodiques.
Si les États-Unis n’ont jusqu’à présent pas réussi à contraindre Israël à respecter l’intégralité des termes du dit cessez-le-feu, quelle est la probabilité que Trump oblige Netanyahu à céder davantage de territoire à Gaza dans la deuxième partie de l’accord ?
Pour les Palestiniens de Gaza, la phase 2 n’apporte guère d’espoir quant à un changement radical de la situation depuis octobre dernier.
Les États-Unis ont fermé les yeux sur les fréquentes frappes militaires israéliennes et, en ce qui concerne l’aide et la reconstruction, les responsables américains admettent déjà que les parties de Gaza où la résistance est toujours présente – où réside actuellement la majorité de la population – ne bénéficieront d’aucune aide.
Un recyclage des plans israéliens pour Gaza
Les plans d’Israël pour Gaza, que les responsables israéliens ont clairement exposés au cours des deux dernières années, se sont progressivement mis en place tout au long du dit cessez-le-feu actuel : une politique de bombardements et de famine, dans l’espoir de précipiter un exode massif de Gaza – et si cela n’est pas possible, de faciliter une « migration volontaire » progressive.
Avant le cessez-le-feu, cette politique israélienne était clairement énoncée : construire un camp de concentration pour les Palestiniens dans une petite partie de Gaza – appelé par euphémisme « ville humanitaire » – et faciliter leur expulsion.
Tout Palestinien qui refuse de se rendre dans ces zones sera tué ou affamé.
Une fois le cessez-le-feu officiellement entré en vigueur, le plan de base israélien n’a pas changé, mais ses méthodes ont été adaptées pour s’inscrire dans le cadre de la « paix » de Trump.
Cela a permis à Israël de continuer à imposer la même stratégie de base sur le terrain – en violation des termes nominaux du cessez-le-feu – avec une opposition minimale de la part des États-Unis.
Au cours des trois derniers mois, Israël a créé un statu quo sur le terrain à Gaza que les Palestiniens qualifient toujours de génocidaire. Ce sont ces conditions qu’il cherchera à maintenir dans la phase 2 du cessez-le-feu.
Une nouvelle forme de génocide
Gaza continue d’être divisée en deux parties distinctes le long de la « ligne jaune », l’une contrôlée par le Hamas, l’autre occupée exclusivement par l’armée israélienne.
Les conditions créées par Israël au cours des deux derniers mois sont conformes aux déclarations officielles israéliennes et américaines selon lesquelles cette division de Gaza sera permanente et que la reconstruction ne sera autorisée que dans la zone contrôlée par Israël, comme l’ont déclaré Jared Kushner et JD Vance en octobre dernier.
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En pratique, cela signifierait que les Gazaouis seraient contraints de quitter ces zones de Gaza et de s’installer dans la partie contrôlée par Israël (après avoir subi un contrôle des plus serrés), où ils resteraient sous surveillance israélienne. Des responsables américains auraient déclaré qu’il s’agirait d’une « zone verte » dans laquelle les Palestiniens seraient parqués, et qu’ils ne pourraient pas quitter.
Les Israéliens ont été encore plus clairs à ce sujet. Début décembre, le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a éructé que la ligne jaune serait la nouvelle frontière d’Israël. Plus récemment, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a promis en décembre qu’Israël ne se retirerait jamais complètement de Gaza et qu’il établirait des « groupes pionniers Nahal » (colonies israéliennes) dans le nord de Gaza, avant de revenir (tactiquement) sur ses propos.
Quant à la zone où la résistance reste présente, les Palestiniens sont libres de mourir de faim ou de mourir.
Nous avons déjà eu un avant-goût de ce à quoi cela pourrait ressembler au cours des trois derniers mois : Israël lance régulièrement des raids militaires et des frappes à travers Gaza, tuant des centaines de personnes depuis le début du cessez-le-feu et assassinant des dirigeants du Hamas et des responsables de la résistance, tandis que la population continue d’être privée de l’aide humanitaire vitale qui devait être fournie dès le premier jour du cessez-le-feu.
Les frappes israéliennes ont tué au total 447 Palestiniens depuis octobre. Beaucoup de victimes ont été tuées alors qu’elles s’approchaient de la « ligne jaune », dont plusieurs enfants. Parmi elles figurait Dana Maqat, 11 ans, tuée le 30 décembre lorsque les forces israéliennes ont ouvert le feu sur des Palestiniens à l’est du quartier de Tufah, dans la ville de Gaza, selon des témoins directs.
Pendant ce temps, Israël continue de restreindre l’entrée de l’aide humanitaire et des marchandises, en particulier les maisons mobiles et les matériaux de construction. Bien que les autorités israéliennes d’occupation affirment qu’entre 600 et 800 camions d’aide et de marchandises entrent quotidiennement à Gaza, le Programme alimentaire mondial rapporte que seuls environ 250 camions atteignent la bande de Gaza, ce qui est bien en deçà des 600 camions prévus dans l’accord de cessez-le-feu.
Dans le cadre de la première phase de l’accord, le point de passage de Rafah devait être ouvert par Israël sans restriction sur la circulation des biens et des personnes, en particulier les Palestiniens ayant besoin de soins médicaux en dehors de Gaza.
La semaine dernière, Israël a de nouveau refusé d’ouvrir le point de passage avant que la dépouille du dernier prisonnier israélien ne soit restitué par Gaza.
Et tout récemment, Israël a interdit à 37 organisations humanitaires internationales d’opérer dans la bande de Gaza, ce qui aura des conséquences dévastatrices pour les Palestiniens qui dépendent de leurs services ainsi que de ceux de l’ONU.
Dans ce contexte de pénurie, 1,8 million des 2,3 millions d’habitants de Gaza continuent de vivre dans des campements de tentes délabrés, où l’hiver actuel a fait des ravages parmi les habitants.
Au cours des six dernières semaines, 21 Palestiniens sont morts de froid, selon le ministère de la Santé de Gaza, dont quatre enfants. Le dernier en date est Muhammad Basiouni, âgé d’un an, qui est mort de froid mardi dernier dans le campement de tentes de Mawasi.
Les Palestiniens de Gaza ont qualifié ce statu quo de « nouvelle forme de génocide », affirmant que la seule chose qui ait changé dans la guerre menée par Israël contre l’existence palestinienne est son rythme et son intensité.
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Le travail du nouveau conseil « pour la paix » et du comité technocratique palestinien pourrait également être bloqué pendant des mois sous divers prétextes. Mais le prétexte principal et le plus commode restera le désarmement du mouvement Hamas.
Un prétexte bien commode : le « désarmement » du Hamas
Au cours des derniers mois, Israël a fait pression sur Trump pour qu’il ne passe pas à la phase 2 avant que le Hamas ne soit complètement désarmé. Pour l’instant, Washington a choisi d’aller de l’avant avec le cessez-le-feu sans remplir cette condition, mais à la suite de la rencontre entre Benjamin Netanyahu et Trump le 29 décembre 2025, le Premier ministre israélien a déclaré que le président américain avait réaffirmé que le désarmement du Hamas était une condition préalable à la réalisation du prétendu plan de paix.
Il convient toutefois de noter que Netanyahu n’a pas mentionné que cela signifierait un début de deuxième phase de l’accord.
Les déclarations précédentes des dirigeants du Hamas ont montré une certaine souplesse sur divers points : l’ancien responsable du bureau politique Khaled Mishaal a déclaré à Al Jazeera que le groupe avait proposé aux médiateurs le « gel » des armes du Hamas, c’est-à-dire la garantie de ne pas les utiliser dans le cadre d’une trêve à long terme.
Dans une autre interview accordée à Al Jazeera, le haut responsable du Hamas, Moussa Abu Marzouk, a déclaré début novembre que le Hamas était disposé à renoncer aux armes capables de frapper à l’intérieur d’Israël, mais qu’il conserverait l’usage des armes légères.
Mais il est clair que quels que soient les progrès réalisés dans la « zone verte » sous contrôle israélien, Israël refusera de se retirer de la bande de Gaza, quoi que le Hamas accepte.
Le plan en 20 points de Trump a délibérément laissé vague la question du désarmement, sans préciser comment le Hamas serait désarmé, si le désarmement inclurait les armes légères, selon quel calendrier il se déroulerait et à quelle partie le Hamas les remettrait.
Israël, en revanche, a choisi de définir le désarmement – lorsqu’il le définit – comme un processus qui pourrait prendre des années. Le ministre de la Défense Katz a déclaré que le désarmement du Hamas impliquerait le démantèlement de toutes ses infrastructures militaires, y compris son immense réseau de tunnels et ses ateliers artisanaux de fabrication.
Et Israël n’a même pas conscience de l’étendue réelle de ces infrastructures, qu’il n’a pas réussi à démanteler en deux ans de guerre totale et de mobilisation de toutes ses forces militaires.
Le résultat de cette exigence maximaliste est simple : quoi qu’il arrive, Israël peut prétendre que le Hamas n’a pas réussi à se désarmer. En attendant, il peut continuer à mettre en œuvre les plans qu’il applique, sous diverses formes, depuis le début du génocide.
Auteur : Qassam Muaddi
* Qassam Muaddi est un journaliste palestinien basé à Ramallah. Il couvre l’actualité palestinienne : événements politiques, mouvements sociaux, questions culturelles ... Il écrit pour les quotidiens libanais Assafir et Al Akhbar, les sites Middle East Eye, Mondoweiss et The New Arab, ainsi que pour les journaux électroniques palestiniens Metras et Quds News Network.Son compte twitter.
15 janvier 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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