Rim Banna : chanter la Palestine

Photo : al-Jazeera
Rim Banna - Photo : al-Jazeera
Hamid DabashiRim Banna a donné des interprétations mélodiques à la souffrance des Palestiniens et à leurs espoirs et aspirations.

Du 3 au 7 octobre [2012], j’ai participé à une grande célébration des arts et de la culture de Palestine à Milan, en Italie.

Le festival Philastiniat du film, de la littérature, du théâtre, du folklore, de la musique, de la danse et de la poésie de Palestine s’est ouvert dans divers endroits de Milan, avec un accueil enthousiaste des responsables de la ville, de la communauté palestinienne et de leurs amis européens.

Les invités les plus remarquables étaient les écrivains Suad Amiry et Salman Natur, le réalisateur Michel Khleifi, le photographe Rula Halawani, la chanteuse Rim Banna, le poète Zuhair Abu Shayeb, l’écrivain journaliste Akram Musallam et les poètes Nasr Jamil et Asmaa Azaizeh, parmi bien d’autres.

Au cœur du festival, qui comprenait des interprétations, des lectures de poésie et des projections de films, était également un hommage au grand intellectuel Edward W Said, décédé en 2003.

Une conférence sur Saïd s’est tenue le 5 octobre au Palazzo Marino – Sala Alessi – Piazza Della Scala – juste en face de l’opéra historique de la Scala. Des universitaires de tous les âges et de diverses universités italiennes ont échangé des idées sur l’importance de l’héritage d’Edward Said.

Les participants étaient: Wasim Dahmash (Università degli Studi di Cagliari), Paolo Branca (Università Cattolica, Milan), Marco Gatto (Università della Calabria), Mauro Pala (Università di Cagliari) et Mariantonietta Saracino (Università Sapienza, Roma).

Rim Banna

L’événement a été particulièrement mémorable lors de la dernière soirée de Philastiniat avec la chanteuse palestinienne Rim Banna.

Née en 1966 et grandie à Nazareth, et éduquée au Conservatoire Supérieur de Musique de Moscou, Rim Banna est une chanteuse et compositrice palestinienne à l’origine célébrée pour ses interprétations fortement émouvantes de vieilles chansons folkloriques palestiniennes.

Elle est à présent devenue une voix majeure dans la musique de résistance palestinienne, donnant des interprétations mélodiques à la souffrance, aux espoirs et aspirations de son peuple. Dans la douleur et la souffrance, le défi et la lutte, la confiance et la fierté, la Palestine chante dans Rim Banna.

Écouter Rim Banna (voici un extrait de son album « Maraya ‘al-Ruh » – Les miroirs de mon âme) c’est vivre les épreuves et les tribulations des Palestiniens, comment leurs bébés sont bercés par les comptines, leurs jeunes abattus à bout portant par les soldats israéliens et les colons, et comment leurs héros sont aimés et admirés pour leur résistance.

Rim Banna chante des chansons d’amour pour les hommes et les femmes de Palestine, témoignant de leurs luttes, élevant et protégeant leurs enfants contre une vicieuse machine à tuer qui a occupé leur patrie. Et le résultat est la création d’un répertoire de chansons folkloriques et contemporaines se sont maintenant fondus les unes dans les autres pour s’insérer dans le patrimoine palestinien.

De ses interprétations des berceuses palestiniennes à ses chansons d’amour de « Mash’al », à son « Tayr Hawa » (ci-dessous), les ballades de Rim Banna en Palestine sont devenues partie intégrante des histoires de luttes et de résistance de son peuple.

Dans des chansons belles et déchirantes comme « Sarah » , Rim Banna transforme le meurtre brutal de jeunes enfants palestiniens par l’armée israélienne ou ses colons obscènes en une ballade inoubliable, une chanson folklorique contemporaine de l’histoire de son peuple.

Comme dans le cas du jazz, du blues ou du ragtime, les ballades de Rim Banna tirent leur puissance de leurs liens profonds avec les luttes de son peuple.

En écoutant et en regardant Rim Banna interpréter ses chansons, vous pouvez entendre Umm Kulthum en Égypte, Edith Piaf en France, Joan Baez aux États-Unis, ou Mercedes Sosa en Argentine. ,Elle a uni dans sa voix et dans ses chansons les histoires de son peuple aux joies pleines de défiance des peuples autour du globe. C’est comme si le destin des Palestiniens, dans leur cœur et leur âme, était de voyager autour du monde, d’y trouver le meilleur et le plus beau, de pouvoir ainsi raconter et faire partager ce qu’ils vivent.

On prétend que les Etats-Unis sont le pays le plus puissant de la planète terre et quand le Premier ministre israélien se rend au congrès américain pour prononcer un autre discours plein de vulgarité et de folie, il y a tant d’ovations pour lui par les membres encore plus vulgaires et ineptes du congrès américain, qu’ils ont certainement passé plus de temps debout à applaudir leur bienfaiteur israélien que de réfléchir à leurs devoirs envers les personnes qui les avaient élus.

Mais qu’est-ce que l’AIPAC a dû dépenser pour obtenir une démonstration de force si obscène : transformer l’institution démocratique d’une nation en propagandiste d’une idéologie en faillite – tandis qu’avec une seule et belle chanson, Rim Banna peut faire que le monde entier se lève et chante avec la Palestine ?

* Hamid Dabashi est un professeur irano-américain titulaire de la chaire Hagop Kevorkian en Etudes iraniennes et Littérature comparée à l’Université Columbia de New York. Collègue et ami d’Edward Saïd, il poursuit sa réflexion critique dans le champ des études postcoloniales. Son compte twitter : @HamidDabashi

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26 octobre 2012 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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