« La lumière de ma vie s’en est allée »…

Photo : Mohammed Asad/Middle East Monitor
Khaled Bassam Mahmoud Abu Saïd, 14 ans, Abdul Hameed Mohammed Abdul Aziz Abou Zaher, 13 ans, et Mohammed Ibrahim Abdullah Al-Sutari, 13 ans, ont été tués par une frappe d'un drone israélien le 29 octobre 2018 - Photo : Mohammed Asad/Middle East Monitor
Maram HumaidLes familles de trois garçons palestiniens assassinés dans une attaque aérienne israélienne dénoncent les affirmations d’Israël selon laquelle ils installaient un engin explosif.

Vivant près de la clôture, les trois garçons – Khaled Abu Said, 13 ans, Abdulhamid Abu Daher, 13 ans, et Mohammed Assatri, 14 ans – s’étaient retrouvés lundi pour installer des filets pour attraper des oiseaux, selon leurs familles.

Monira Assatri, la mère de Mohammed âgée de 47 ans, pleure son fils unique parmi ses cinq filles. Elle a déclaré que le jeune homme de 14 ans avait pris une douche, s’était habillé et était allé voir ses amis le soir de son assassinat.

« Quelques heures plus tard, nous avons entendu un bombardement suivi de beaucoup de bruit dehors, de sirènes d’ambulances et de gens qui criaient », a-t-elle réussi à dire, continuant de pleurer. « Je me suis précipité dans la chambre de Mohammed et il n’était pas là. J’ai dit à ma fille qu’il était possible que son frère ne soit plus des nôtres… »

Les habitants de la région ont commencé à se rassembler près de la maison de la famille de Mohammed et à demander de ses nouvelles. Son père s’est donc rendu à l’hôpital.

« Mohammed et ses voisins avaient l’habitude de chasser de temps en temps dans les terres proches de notre maison. Comme vous pouvez le constater, nous vivons très près de la zone frontalière, nos fils y vont donc pour jouer », a déclaré Assatri à Al Jazeera.

« Bruit de bombardements »

L’agence de presse palestinienne Wafa a communiqué que l’armée israélienne « aurait ouvert le feu sur les ambulances et les aurait empêchées de se rendre » sur les lieux du bombardement, au nord-est de Khan Younis.

Dans un communiqué, l’armée israélienne a prétendu que son avion avait tiré sur trois Palestiniens qui s’étaient approchés de la clôture et « auraient apparemment participé à la pose d’un engin explosif à proximité ».

Les familles des garçons ont dénoncé les affirmations israéliennes, niant leur intention de préparer un acte violent.

Trois heures après les assassinat par le raid aérien, des membres du personnel du Croissant-Rouge ont reçu l’autorisation israélienne d’évacuer les corps.

« Nous dormons et nous réveillons au son des bombardements, comme nous vivons près de la zone frontalière. Nous sommes toujours prêts nuit après nuit à ce que quelque chose puisse arriver », a poursuivi Assatri.

« La semaine dernière, je me demandais pourquoi j’avais soudain perdu mon appétit pour la nourriture. Maintenant, je le sais. La lune de mon cœur est partie, la lumière de ma vie a disparu », dit-elle en éclatant de nouveau en larmes.

« Comment des soldats israéliens peuvent-ils tuer des enfants innocents de cette manière ? Ne les ont-ils pas vus dans leurs caméras ? J’appelle tous les organismes arabes et internationaux à enquêter sur le meurtre de nos enfants. »

Au cours de l’offensive de 2014, l’armée israélienne a totalement détruit le domicile de la famille Assatri en même temps que d’autres maisons dans le même secteur.

« Il y a à peine un an, notre maison a été reconstruite. D’autres maisons sont encore en construction », dit-elle.

À quelques mètres de leur maison, la mère de Khalid Said a raconté qu’elle avait appris que son fils de 13 ans avait été assassiné juste après le début des bombardements.

Le père de Khalid est parti à la recherche de son fils et a rencontré des personnes le long du chemin qui l’ont informé que son fils était parmi les enfants tués.

« Nous avons des terres agricoles là-bas. Khalid s’y rendait tous les jours », a-t-elle confié à Al Jazeera. « Le passe-temps de mon fils était d’élever des moutons et de chasser des oiseaux. Il était toujours en train de travailler la terre. »

Contester les mensonges de l’armée d’occupation

Les membres de la famille ont été surpris par les allégations selon lesquelles leur fils et leurs amis auraient installé une bombe.

« Comment pourraient-ils obtenir un engin explosif ? Je crois que s’ils le voyaient, ils ne pourraient peut-être pas le reconnaître. Personne ici n’a d’affiliation militaire », a déclaré la mère de Saïd.

« L’occupation israélienne a délibérément tué mon fils. C’est une tuerie brutale de trois enfants. Et s’ils avaient tiré dans le ciel ou près d’eux ? Ils se seraient enfuis instantanément », dit-elle avec colère.

Aisha Abu Daher, âgé de 53 ans, est la mère du petit Abdulhamid.

« Il était mon plus jeune enfant. Il était si cher à mon cœur », dit la mère en deuil.

« Il était plein d’énergie et d’ambition. Il rêvait d’une vie meilleure pour nous tous », raconte-t-elle.

Daher parle d’un jour comme un autre. « Nous étions assis à boire du thé et il est allé passer du temps avec ses amis. »

Elle a exhorté la communauté internationale « à intervenir pour protéger nos enfants des crimes permanents commis par Israël ».

« Mon fils a grandi et est mort dans la pauvreté et au milieu des destructions. Il a travaillé pour un bon avenir, mais il a été tué avant d’avoir vu une seule bonne journée dans sa vie. »

Avec l’assassinat des trois enfants, le nombre de victimes depuis le début de la Grande Marche du Retour à Gaza s’élève à 218, dont 19% sont des enfants, selon le porte-parole du ministère palestinien de la Santé à Gaza.

Au cours des sept derniers mois, les Palestiniens de la bande de Gaza ont organisé des manifestations régulières le long de la clôture avec Israël pour réclamer le droit de retourner dans leurs foyers, dont ils ont été expulsés de force en 1948.

Ils exigent également la fin du blocus de Gaza qui dure depuis des années et qui a dévasté l’économie de l’enclave côtière et privé plus de deux millions d’habitants de nombreuses denrées de base.

30 octobre 2018 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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