Jour de la Nakba : 72 ans de nettoyage ethnique et de dépossession

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École de fortune ouverte pour les enfants palestiniens pendant la Nakba de 1948 - Photo : Wikicommons

Par Ali Younes

Alors que le projet sioniste a imposé son rêve d’une patrie en Palestine, l’expulsion des Palestiniens n’a jamais cessé.

Le 15 mai 1948 est une date encrée dans l’infamie pour des générations de Palestiniens qui la connaissent sous le nom de Nakba, ou « la catastrophe », après la déclaration de l’État d’Israël en Palestine.

Vendredi, les Palestiniens marquent le 72e anniversaire de la Nakba depuis que le Yishuv, la communauté juive pré-étatique en Palestine, s’est transformé en Israël après que l’ancien parrain colonial, le Royaume-Uni, ait quitté la Palestine qu’il avait envahie et occupée pendant la Première Guerre mondiale.

Pour les Palestiniens, la Nakba ne représente pas seulement un événement historique, mais un processus continu qui a commencé dans les années 1880 lorsque des colons sionistes européens ont commencé à s’installer en Palestine pour jeter les bases de leur futur État.

Alors que le projet sioniste a violemment imposé son rêve de créer une patrie en Palestine en 1948 après avoir repoussé cinq armées arabes sous-équipées, le déplacement forcé des Palestiniens n’a jamais cessé.

Entre 1947 et 1949, environ 750 000 Palestiniens sur une population de 1,9 million ont été expulsés de leurs villes et villages pour faire place aux nouveaux immigrants juifs.

La plupart de ces Palestiniens ont fui vers les pays voisins, où ils se sont installés comme réfugiés.

Seuls 150 000 Palestiniens ont pu rester en Israël, qui a été fondé sur 78% de la surface totale de la Palestine historique. Les 22% restants de la partie orientale de la Palestine ont ensuite été annexés par la Jordanie et rebaptisés Cisjordanie, et ses résidents sont devenus des citoyens jordaniens.

En juin 1967, la Cisjordanie a été occupée par Israël avec la bande de Gaza, qui était sous contrôle militaire égyptien.

Selon le Bureau central palestinien des statistiques, environ cinq millions de citoyens palestiniens vivent en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza soumise au blocus, et 1,5 million en Israël. Six millions de Palestiniens vivent dans la diaspora, dans les pays voisins et dans le monde entier.

De nombreux Palestiniens, cependant, affirment que la victoire sioniste n’est pas totale.

La Nakba « n’est pas du passé »

L’universitaire palestinien Joseph Massad soutient que les Palestiniens peuvent regagner leur patrie en résistant aux tentatives des sionistes de les effacer de l’histoire et de leur faire accepter leur défaite.

Massad, professeur de politique arabe moderne et d’histoire à l’université de Colombia à New York, a écrit dans Resisting the Nakba que les Palestiniens ont réussi à déjouer le projet sioniste de leur expulsion totale en contestant avec succès le récit sioniste selon lequel la Nakba appartient au passé.

« En résistant à la Nakba, les Palestiniens ont frappé au cœur du projet sioniste qui tient absolument à ce que la Nakba soit considérée comme un événement du passé. En résistant à Israël, les Palestiniens ont forcé le monde à voir la Nakba comme une action présente, une action qui, contrairement à la prétention sioniste, est en effet réversible », a écrit Massad.
« C’est précisément ce qui exaspère Israël et le mouvement sioniste. L’incapacité d’Israël à mener à bien sa mission de colonisation complète de la Palestine, d’expulsion de tous les Palestiniens, de « rassemblement » de tous les Juifs du monde dans sa colonie, le met mal à l’aise et maintient son projet toujours dans un présent continu ».

L’argument principal de Massad est que la conviction et la « résistance » palestiniennes ont évolué au cours des décennies en se saisissant de l’art et la culture comme uclé pour maintenir le sens collectif de la nation et rendre la Nakba réversible.

« Le problème pour Israël n’est pas de croire et de savoir qu’il n’y a pas un seul endroit dans sa colonie qui n’ait pas eu une ancienne population arabe, mais de réaliser qu’il n’y a pas de place aujourd’hui dans son « État juif » imaginaire qui n’ait pas encore une population arabe qui le revendique », a écrit Massad.

L’actuel gouvernement israélien du Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévu d’annexer de grandes parties de la Cisjordanie occupée dans les mois à venir, conformément à la proposition du gouvernement américain communément appelée « Deal of the Century ».

L’annexion prévue mettrait effectivement fin aux accords d’Oslo de 1993 entre l’Organisation de libération de la Palestine et Israël, qui stipulaient la création d’un État palestinien en Cisjordanie occupée, à Gaza et à Jérusalem-Est dans les cinq ans suivant leur signature.

Adnan Abu Odeh, un Palestinien et ancien responsable de la Cour royale de Jordanie sous le règne de feu le roi Hussein, a déclaré qu’il croyait toujours à la réversibilité de la Nakba et que les Palestiniens se reconstitueraient un jour en Palestine en tant que nation, malgré les conditions politiques actuelles qui leur sont défavorables.

Abu Odeh, âgé de 87 ans et qui est né dans la ville palestinienne de Naplouse pendant l’occupation britannique de la Palestine, a déclaré à Al Jazeera qu’il « ne croit pas qu’Israël restera sous sa forme actuelle pour l’éternité, en partie parce qu’il est toujours considéré par les Arabes comme un corps étranger incrusté au milieu de leur région ».

Il a ajouté qu’en dépit des traités de paix officiels entre l’Égypte et la Jordanie avec Israël, ainsi que des progrès réalisés par Israël dans l’établissement de relations officielles et non officielles avec plusieurs pays arabes, le fait est qu’Israël s’allie uniquement avec les gouvernements arabes, et non avec leur peuple.

« Les Arabes considèrent toujours la cause palestinienne comme leur cause, même si leurs régimes ne l’ont pas fait », a-t-il encore déclaré.

Quant à l’avenir des Palestiniens qui sont confrontés à un ennemi beaucoup plus puissant et à des régimes arabes souvent hostiles, le message de Massad est de maintenir la résistance en vie.

« Ceux qui conseillent aux Palestiniens d’accepter la Nakba savent qu’accepter la Nakba, c’est lui permettre de continuer sans aucune entrave. Ce sont les Palestiniens qui savent. La seule façon de mettre fin à la Nakba, affirment encore et toujours les Palestiniens, est de continuer à y résister. »

Ali Younes est sur Twitter @Ali_reports

15 mai 2020 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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