Gaza : trêve fragile entre l’occupant et la résistance palestinienne

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Maryam El Shawa debout devant les décombres du bâtiment Hassona après que des avions de guerre israéliens aient bombardé l'édifice dans le quartier de Rimal à Gaza - Photo : réseaux sociaux
Maram Humaid & Linah AlsaafinL’occupant israélien et les organisations armées dans la bande de Gaza ont cessé leurs tirs après le cessez-le-feu négocié sous l’égide de l’Égypte.

Gaza City – Un calme rassurant s’est installé au-dessus de la bande de Gaza après une nuit d’attaques aériennes israéliennes sur l’enclave côtière assiégée à la suite d’un tir de roquette sur une maison située au centre d’Israël [Palestine de 1948].

Un cessez-le-feu négocié par l’Égypte et annoncé lundi vers 19h00 GMT, a été confirmé par un porte-parole du Hamas. Mais les échanges de tirs entre les groupes de la résistance armée à Gaza et l’armée israélienne d’occupation se sont poursuivis jusqu’à peu avant l’aube ce mardi, ont indiqué des habitants de la bande sous blocus.

La dernière vague de bombardements a eu lieu après le lancement d’un missile à longue portée depuis la bande de Gaza sur la communauté israélienne de Mishmeret – à 20 km au nord de Tel Aviv – tôt lundi matin, blessant sept personnes.

Aucun groupe dans Gaza n’a revendiqué la responsabilité du tir de roquette, mais Israël a accusé le Hamas – le mouvement qui administre la bande de Gaza – et déployé des chars et des réservistes sur la clôture israélienne à l’est de la bande de Gaza.

Durant toute la nuit de lundi, les avions de combat israéliens ont attaqué les positions du Hamas et du Jihad islamique. Le bureau du responsable du Hamas Ismail Haniyeh, a été détruit lors de l’attaque ainsi que plusieurs bâtiments résidentiels.

L’armée israélienne d’occupation a confirmé que ses avions de combat avaient effectué 15 bombardements dans la bande de Gaza.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, sept Palestiniens ont été blessés.

Sameh al-Ghazali, un habitant de Gaza, a perdu son domicile dans la ville de Gaza pendant la nuit.

« Nous avons été choqués lorsque nous avons reçu un appel de l’armée israélienne hier soir nous demandant d’évacuer notre maison en quelques secondes », a déclaré le père de l’un d’entre eux à Al Jazeera.

Le bâtiment résidentiel dans lequel il vivait, qui se composait de trois étages, appartenait à quatre familles Ghazali et hébergeait également la compagnie d’assurances al-Multazem. Toutes les familles vivant dans le secteur ont également évacué leurs maisons.

Un missile F-16 a totalement détruit le bâtiment dans un nuage de poussière.

« Je n’ai pas de mots, » dit Sameh. « Je ne m’attendais pas de ma vie à ce que notre maison soit bombardée. Toute la famille est sous le choc. En un instant, nous avons perdu tous nos souvenirs et tout notre dur travail dans la vie. »

Au moins 10 enfants vivaient dans le bâtiment. Maintenant, les membres de la famille sont dispersés dans les maisons de leurs proches.

« Ce qui est arrivé est le résumé de nos vies à Gaza », a déclaré Sameh. « Tu peux perdre n’importe quoi ou n’importe qui en un clin d’œil. »

Cessez-le-feu

Le cessez-le-feu a été annoncé après que les groupes armés de Gaza aient lancé un barrage de roquettes contre Israël, mais dans un communiqué conjoint, les organisations armées ont déclaré qu’elles arrêteraient de tirer des roquettes si Israël cessait ses attaques aériennes.

« Nous confirmons notre réponse à la médiation égyptienne sur le cessez-le-feu et déclarons notre engagement à calmer le jeu si l’occupation israélienne le fait également », indique le communiqué.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a écourté une visite aux États-Unis, où il devait prononcer un discours lors de la conférence annuelle de l’AIPAC à Washington DC, promettant de « répondre avec force ».

Yair Levin, un ministre du Likoud de Netanyahu, a déclaré au journal israélien Ynet: « Il est clair qu’il n’y a pas de cessez-le-feu. Nous réagissons à chaque attaque. »

Jusqu’à présent ce mardi, l’occupant israélien et les organisations armées de la résistance la bande de Gaza ont cessé leurs échanges de tirs.

Les rivaux de Netanyahu l’ont accusé d’être trop indulgent envers le Hamas. La récente vague d’escalade, selon l’analyste politique Mohsen Abu Ramadan, basée à Gaza, peut donc être attribuée aux prochaines élections israéliennes du 9 avril, dans lesquelles le Premier ministre cherche sa réélection.

« [Les frappes aériennes] font partie des tentatives de Netanyahu de faire ses preuves auprès de ses candidats rivaux », a déclaré Abou Ramadan. « Mais pour le public israélien, il n’a pas atteint son objectif de porter un coup dur aux factions armées de Gaza. Nous pouvons donc nous attendre à ce que Netanyahu ait recours à une nouvelle vague d’attaques ».

Une autre « confrontation » très probable

Que les factions palestiniennes puissent s’en tenir au cessez-le-feu n’était pas évident. Abu Ramadan a déclaré qu’il y avait une « possibilité » que davantage de roquettes soient lancées, compte tenu du calendrier des événements.

Samedi, les Palestiniens à Gaza marqueront le premier anniversaire du début des manifestations de la Grande Marche du Retour.

Les manifestations hebdomadaires, qui ont débuté lors de la commémoration de la Journée de la Terre il y a un an, ont vu des Palestiniens de tous les horizons participer à cinq points de campement – près de la barrière israélienne le long de la bande de Gaza – demandant la levée du blocus imposé par Israël depuis 12 ans.

Dans leurs manifestations, ils demandent également le droit de retourner dans leurs villages et leurs villes d’où ils viennent, situés pour la plupart à quelques kilomètres du côté israélien où leurs grands-parents ont subi un véritable « nettoyage ethnique » dans la période qui a précédé la création de l’État d’Israël.

Plus de 250 Palestiniens ont été assassinés par les forces israéliennes d’occupation lors de ces manifestations et des dizaines de milliers de personnes ont été blessées. Deux soldats israéliens ont été tués au cours de la même période.

Abu Ramadan a déclaré s’attendre à une nouvelle vague de confrontation entre Gaza et Israël.

« Il y aura probablement une intensification de l’usage de la force par les soldats israéliens contre les manifestants », a-t-il déclaré à propos de la manifestation à laquelle participeront des dizaines de milliers de personnes.

« Cela augmente les possibilités que des organisations armées tirent des roquettes en représailles. »

* Maram Humaid est journaliste et traductrice à Gaza. Son compte Twitter :@maramgaza.



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* Linah Alsaafin, diplômée de l’université de Birzeit en Cisjordanie, est née à Cardiff au pays de Galles et a été élevée en Angleterre, aux États-Unis et en Palestine. Jeune palestinienne , elle écrit pour plusieurs médias palestiniens et arabes – Son compte Twitter :@LinahAlsaafin

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26 mars 2019 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine