Dans quelles conditions le Hamas participera-t-il à de prochaines élections ?

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Gaza, avril 2016 - Rassemblement du mouvement Hamas contre les tentatives d'annexion par l'occupant israélien des lieux sains d'Al-Qods (Jérusalem) - Photo : Archives/Hamas

Par Adnan Abu Amer

Le premier responsable du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a déclaré le 28 octobre passé que le Hamas était prêt à participer aux élections palestiniennes et à respecter les résultats de celles-ci pourvu que soit assurée la transparence et que soit respecté, sans crainte ni hésitation, le verdict des urnes.

Le leader de Hamas à Gaza, Yahia Sinwar a annoncé la disposition du parti à tenir des élections ainsi que son intention de rectifier des axes stratégiques dans l’histoire du peuple palestinien.

Haniyeh et Sinwar se sont exprimés durant une conférence de presse tenue à Gaza après une réunion entre les factions palestiniennes d’une part et, d’autre part, une délégation de la Commission Électorale Centrale qui a visité Gaza le 27 octobre.

Le Hamas semble avoir donné son assentiment à des élections limitées aux législatives, sans insister sur l’idée de tenir celles-ci en même temps que les présidentielles comme il le demandait auparavant. Après la réunion de Gaza, le président de la commission des élections, Hisham Kahil, a déclaré le 30 octobre à la radio la Voix de la Palestine, que le Hamas avait accepté de tenir les élections législatives en premier pour être suivies par les présidentielles.

Ces déclarations affermissent le point de vue de Hamas que les élections – que le Président Mahmoud Abbas devrait annoncer dans un décret présidentiel – approchent. A ce sujet, il est important de considérer les options de qui s’offrent à Hamas s’il décide de participer aux élections. Il peut y entrer de façon indépendante à travers des listes partisanes fermées, faire des alliances avec d’autres forces ou bien inclure des candidats indépendants ou des technocrates dans ses listes.

Voici une déclaration de Hazem Qassem, le porte-parole du Hamas, à Al-Monitor : « le système électoral qui sera mis en œuvre lors des prochaines élections, de même que son mécanisme et sa programmation dans le temps, reposent sur le consensus national, la meilleure garantie pour des élections libres et transparentes. Quant à la participation du Hamas aux élections, qu’elle se fasse en solo ou avec un allié, elle sera discutée en temps voulu, comme sera discutée la participation des dirigeants du Hamas aux listes électorales. Mais ce qui est certain est notre participation forte et positive aussi bien aux élections législatives que présidentielles. »

La préparation des élections palestiniennes en est toujours à ses préliminaires et des pas de nature constitutionnelle doivent encore être accomplis, dont principalement la parution d’un décret présidentiel précisant les dates, un accord sur un système électoral, la supervision des opérations de dépouillement et l’entérinement des résultats – plutôt que de susciter des recours contre ces mêmes résultats. Rappelons pour exemple le refus par le Fatah de la victoire du Hamas aux élections de 2006.

En dépit de l’incertitude qui règne , Hamas a intérêt à se préparer aux élections, que ce soit en prospectant dans ses propres rangs , en envisageant des alliances partisanes ou en soutenant des candidats en dehors de ses rangs.

Abdel Sattar Qassem , un professeur de sciences politiques à l’Université Nationale d’An Najah a déclaré à Al Monitor « le problème avec le Hamas est qu’il manque de flexibilité politique et a des difficultés à établir des relations avec des gens qui se trouvent en dehors de son cercle organisationnel et idéologique. Le Hamas ne fait confiance qu’aux siens et ne fait que très rarement appel aux intellectuels. Il préfère le système des districts électoraux et ses options en matière d’alliance électorale sont limitées au Jihad Islamique.

En 2006, Hamas a inclus dans ses listes électorales des candidats indépendants. Parmi eux, il y avait Ziad Abu Amr qui représentait Gaza mais qui, plus tard, a rallié Abbas. Abu Amr et est maintenant vice-ministre à Ramallah. Il y avait aussi Hussam al-Tawil, un candidat chrétien (mort en 2012) et Hassan Kreishe qui représentait Tulkarem et qui est maintenant second porte-parole adjoint du Conseil Législatif Palestinien en Cisjordanie.

Il est donc possible que Hamas décide de placer des candidats indépendants dans ses listes organisationnelles – s’ils acceptent – ou bien appelle sa base électorale à voter en faveur de candidats indépendants, pourvu qu’il y ait accord à propos des politiques générales touchant aux candidats et aux relations post-électorales du Hamas. Le Hamas a peur que les candidats qu’elle soutient se tournent contre lui une fois élus.

Voici ce qu’a déclaré Yahya Moussa, un dirigeant en vue du Hamas et président du Comité de Supervision du Conseil Législatif Palestinien : « Mon sentiment est qu’il ne faut pas répéter les modèles précédents fondés sur des listes organisationnelles partisanes. Le Hamas a retenu l’expérience, qu’elle estime valable dans la longue durée, de la Haute Commission Nationale pour la Grande Marche du Retour et la Rupture du Siège qui a pu matérialiser un consensus national unanime. Ce modèle peut être reproduit dans les élections législatives ».

La Haute Commission Nationale pour la Grande Marche du Retour et la Rupture du Siège a été fondée en mars 2018, et est constituée du Hamas, du Fatah, du Jihad Islamique, du Front Populaire pour la Libération de la Palestine, du Front Démocratique pour la Libération de la Palestine, du Parti Populaire Palestinien et d’un certain nombre d’autres entités palestiniennes, organisations des Droits de l’Homme, tribus, personnalités, comités de réfugiés, institutions de santé ainsi que divers secteurs de la société palestinienne.

Moussa a ajouté que le Hamas qui, d’après lui, contrôle presque à lui seul Gaza, devrait « ouvrir des discussions prolongées avec toutes les factions afin que personne ne se dérobe à ses responsabilités après les élections ».

Il est possible que le Hamas n’ait pas encore décidé de la façon dont il participerait aux élections législatives et attende les résultats de ses discussions avec l’Autorité Palestinienne et les factions afin d’en savoir plus sur le processus électoral.

Le Hamas peut aussi garder le silence à propos de ses manœuvres électorales, cela afin de préserver ses atouts. Pour le moment, ses cadres sont en état d’alerte, au cas où il y aurait une décision soudaine de Abbas donnant une date toute proche pour les élections.

Jihad Harb, un chercheur au Palestinian Center for Policy and Survey Research a déclaré à Al-Monitor : « Les préparations du Hamas aux élections législatives lui imposent de trouver des alliances en dehors de ses cercles habituels, avec des universitaires, des technocrates et hommes d’affaires. Il doit aussi tolérer différentes composantes de la société palestinienne tels que les réfugiés, les citoyens sans affiliation, les agriculteurs… Il doit rompre avec ses pratiques électorales précédentes ».

En Cisjordanie, la situation de Hamas devient plus complexe à cause des persécutions répressives israéliennes. De ce fait, de nombreux candidats susceptibles d’être soutenus par Hamas peuvent avoir peur de rejoindre les listes de celui-ci et préféreraient se porter candidats indépendants ne briguant que le soutien des électeurs de cette formation.

Ghassan al-Khatib, un ancien ministre de la planification à Ramallah et directeur du Centre des Médias et de la Communication a déclaré à Al-Monitor « Dans chaque tour électoral, Hamas présente des listes unifiées et de nouveaux visages, augmentant ainsi ses chances de gagner… Mais les sondages d’opinion indiquent que la popularité du Hamas à Gaza a baissé à cause des performances jugées plutôt inefficaces de son gouvernement. Et cela, bien sûr , a des répercussions sur sa force électorale ».

Hamas est bien conscient que son règne sur Gaza depuis le milieu de l’année 2007 n’a pas été idéal et a été parsemé d’échecs, en partie parce que Hamas était novice en matière de travail gouvernemental et aussi à cause du blocus imposé par Israël, l’Autorité Palestinienne et les États régionaux.

D’après les derniers sondages, effectués en 2018 par le Palestinian Center for Policy and Survey Research afin d’étudier la gouvernance de Hamas, 4% de la population de Gaza croyaient que la situation était positive alors que, respectivement, 43% et 21% de ces Palestiniens accusaient l’Autorité Palestinienne et Hamas d’être responsable de la mauvaise situation.

Ces chiffres peuvent avoir un impact sur les choix de candidats que Hamas fera. Et parce certaines figures qui ont servi dans différents postes gouvernementaux peuvent être perçus négativement par les électeurs, Hamas pourra proposer de nouveaux candidats issus des couches dirigeantes de son organisation et qui jouissent de popularité. Quand une date pour les élections législatives sera annoncée, Hamas va présenter aux Palestiniens ses candidats.

A1 * Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé en Histoire de la question palestinienne, sécurité nationale, sciences politiques et civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

7 novembre 2019 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Najib Aloui