Zélinsky veut faire de l’Ukraine un «second Israël», violent, raciste et ségrégationniste

Rassemblement néo-nazi Kiev, le 22 février 2017. De dignes émules des milices sionistes ? - Photo : archives

Par Jonathan Cook

La référence du président ukrainien à Israël renforce les dires de Moscou selon lesquels Kiev a l’intention de mettre en place un programme de « dé-russification » violent.

Le gouvernement israélien a essayé de garder un profil aussi bas que possible sur la guerre en Ukraine, mais Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, semble déterminé à traîner Israël sur le devant de la scène.

Zelensky a lancé un appel direct au parlement israélien le mois dernier, implorant pour avoir des armes, en particulier le système d’interception Iron Dome qu’Israël utilise pour arrêter les roquettes à courte portée tirées depuis Gaza par des Palestiniens essayant d’attirer l’attention sur le siège de l’enclave par Israël depuis maintenant 15 ans.

Mais plutôt que d’être flattés par cette attention, de nombreux politiques israéliens se sont opposés au discours de Zelensky. Dans ce document, il a comparé le traitement de l’Ukraine par la Russie à la « solution finale » des nazis pour les Juifs européens.

Zelensky, qui est juif, espérait que le parallèle ferait mouche. Pour la plupart des oreilles israéliennes, cela semblait au contraire offensant. Jusqu’à présent, Israël a [officiellement] refusé de fournir des armes à l’Ukraine ou de se joindre à l’Occident pour mener une guerre économique contre la Russie.

Une des difficultés à franchir ce pas, est que les principaux partis politiques et communautés religieuses israéliens ont des liens géographiques et émotionnels forts avec la Russie. Ou que Moscou est un acteur majeur au Moyen-Orient, notamment dans la Syrie voisine. Israël coordonne étroitement avec la Russie les frappes aériennes régulières en Syrie – elles-mêmes en totale violation du droit international.

Israël a fait de son mieux pour emprunter une voie diplomatique compliquée à propos de l’Ukraine. D’une part, Israël est un client régional des États-Unis, sous la protection de Washington, et souhaite faire plaisir à son patron. Et d’autre part, les intérêts militaires d’Israël sont de maintenir de bonnes relations avec Moscou.

En outre, les dirigeants israéliens craignent de renforcer l’idée largement propagée selon laquelle ce que fait l’armée russe en Ukraine équivaut à des crimes de guerre, créant ainsi un précédent très public qui pourrait être retourné contre Israël pour ses propres abus dans les territoires occupés.

Jouant au de médiateur, le Premier ministre israélien Naftali Bennett a même exhorté Zelensky à accepter une proposition de cessez-le-feu russe.

Cadavres en masse

Néanmoins, Zelensky a l’intention avec Israël de faire pencher la balance en faveur de l’Ukraine. Il comprend que le sort de son pays a bénéficié de la sympathie des médias occidentaux dominants et de ceux qui les écoutent. Il a tout intérêt à renforcer ce sentiment pour pousser Israël à soutenir plus ouvertement l’Ukraine.

Dans son discours au parlement, il s’est approprié une citation d’une ancienne Premier ministre israélienne, Golda Meir, qui affirmait que « nos ennemis veulent que nous cessions d’exister ». La Russie prévoyait de faire de même avec l’Ukraine, a averti Zelensky.

La semaine dernière, après l’apparition des premières images de cadavres en masse à Bucha, près de Kiev, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, a changé de ton. Il a commenté sur Twitter : « Porter intentionnellement atteinte à une population civile est un crime de guerre et je le condamne fermement ».

Vraisemblablement, Israël espère pouvoir échapper lui-même à ce type de condamnations en affirmant qu’il n’a aucune « intention» de nuire aux civils palestiniens », bien qu’il maltraite et opprime si souvent ces mêmes civils.

Et puis, jeudi dernier, Israël a cédé du terrain en se joignant aux États-Unis et à l’Europe en votant la suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Moscou avait averti les pays qu’il traiterait cette décision comme un « geste inamical », avec des répercussions sur les relations diplomatiques.

Un « grand Israël »

Le vote israélien à l’ONU a suivi de près la déclaration de Zelensky faisant la promotion d’Israël comme modèle pour l’Ukraine d’après-guerre. Il a déclaré que son pays deviendrait un « grand Israël », les forces militaires étant fortement présentes dans tous les aspects de la société ukrainienne.

Il a observé que dans « tous les établissements, supermarchés, cinémas, il y aura des gens avec des armes ». Dans un avenir prévisible, l’Ukraine se développerait comme une société hautement militarisée comme Israël plutôt que d’être « absolument libérale, européenne ». Presque après coup, il a cru bon d’ajouter que l’Ukraine éviterait de devenir « autoritaire ».

Le rapprochement avec Israël a commencé il y a quelque temps sous Zelensky. En 2020, il a ravi Israël en retirant l’Ukraine d’un comité de l’ONU créé en 1975 « pour permettre au peuple palestinien d’exercer… le droit à l’autodétermination… le droit à l’indépendance et à la souveraineté nationales, et le droit de retourner dans ses foyers et ses biens d’où ils ont été expulsés ».

Mais la réelle signification de modeler une future Ukraine sur Israël est largement occultée.

Israël est fortement militarisé parce qu’en tant qu’État colonial essayant de déposséder et de remplacer la population indigène, il doit traiter les Palestiniens comme un ennemi qui doit soit être soumis, soit expulsé.

Pendant des décennies, l’armée israélienne et les milices de colons ont agi main dans la main pour expulser de force les Palestiniens de leur terre (un nettoyage ethnique) et les maintenir dans des ghettos et à l’écart des communautés exclusivement juives installées à leur place (un système d’apartheid). Est-ce ce que Zelensky veut pour l’Ukraine : une société profondément divisée par la ségrégation où l’armée et les milices ukrainiennes chassent ceux qui ne sont pas vraiment ukrainiens ?

Région du Donbass

Paradoxalement, cela se rapproche de l’accusation que Vladimir Poutine a portée contre le gouvernement ukrainien alors qu’il justifiait l’invasion russe fin février. Il a affirmé que l’Ukraine devait être « dénazifiée » – une affirmation qui a suscité des dénégations dans les capitales occidentales.

Mais le vœu de Zelensky de créer une Ukraine sur le modèle d’Israël, pourrait-on dire, donne toute sa valeur à l’argument du dirigeant russe.

Kiev n’aura pas besoin de stationner des soldats et des milices dans chaque cinéma et supermarché si Zelensky remplit son vœu de chasser l’armée russe d’Ukraine. Il aura besoin d’une armée nombreuse et bien équipée pour défendre ses frontières nord et est. Mais le président ukrainien, semble-t-il, ne considère pas la Russie comme le seul ennemi de l’Ukraine.

Alors, pour qui d’autre s’inquiète-t-il ? Pour comprendre cela, nous devons analyser les discours emphatiques de Poutine.

L’allégation de « dénazification » du président russe, justifiant l’invasion de l’Ukraine, reposait sur l’idée que des éléments fascistes de l’armée ukrainienne avaient mené des pogroms et un nettoyage ethnique contre une large population de Russes de souche à l’intérieur de l’Ukraine, dans la région du Donbass à la frontière avec la Russie. .

La Russie a affirmé que, en partie, ses troupes étaient maintenant présentes pour empêcher l’Ukraine de mener de tels pogroms – souvent qualifiés de « dé-russification » – dans l’est du pays. Poutine a même utilisé le terme de « génocide ».

Partis politiques interdits

On peut contester l’affirmation de Poutine, tout en reconnaissant qu’elle n’a pas été inventée de toutes pièces – bien que vous puissiez l’imaginer si vous n’écoutez que les médias occidentaux.

L’Ukraine est plongée dans ce qui équivaut à une guerre civile dans sa artie est, depuis que des manifestations à grande échelle à Kiev en 2014 ont renversé un gouvernement jugé favorable à la Russie et l’ont remplacé par un autre désireux de s’intégrer à l’OTAN.

Pour certains observateurs, ce qui s’est passé il y a huit ans ressemblait étrangement à un « coup d’État en douceur » soutenu par les États-Unis, avec un haut responsable de la Maison Blanche qui avait été envoyé à Kiev à l’époque, Victoria Nuland, filmée en train de discuter de qui devrait être installé comme le nouveau président.

Les actions ultérieures du nouveau gouvernement nationaliste ne consistaient pas seulement à contrarier la Russie en faisant pression pour une plus grande intégration dans l’OTAN et l’Union européenne.

Kiev a également adopté une législation dégradant sévèrement le statut de la langue russe, parlée par de larges secteurs de la population, et fusionnant des milices néonazies et ouvertement anti-russes comme le bataillon Azov, dans l’armée ukrainienne.

Depuis l’invasion, Zelensky a également interdit onze partis d’opposition parce que considérés comme soutenant la Russie ou les communautés russes d’Ukraine.

L’allégation de « dénazification » de Poutine a été exploitée par les médias occidentaux pour qualifier de « désinformation russe » toute mention d’un problème néonazi de longue date en Ukraine – même si tous ces médias ont largement rendu compte de ce problème il y a quelques années.

Mais la question – du moins du point de vue de Moscou – à propos du bataillon Azov et de groupes apparentés est qu’ils représentent une puissante souche d’ultra-nationalisme ukrainien qui non seulement célèbre la collaboration ukrainienne historique avec l’Allemagne nazie, mais considère les Russes d’origine en Ukraine comme une menace.

Dans un rare exemple où Zelensky a récemment été interpellé à ce sujet par les médias occidentaux, il a admis qu’il y avait des milices néo-nazies qui « défendaient notre pays ». Il semblait imaginer que le public occidental serait rassuré par le fait que ces groupes d’extrême droite avaient été intégrés à l’armée ukrainienne et opéraient sous le drapeau national.

Cinquième colonne

Depuis le changement de gouvernement en 2014, des groupes comme Azov ont été à l’avant-garde d’une guerre civile dans la région du Donbass, où se concentrent les Russes de souche. Les combats ont fait au moins 14 000 morts et chassé plusieurs centaines de milliers d’Ukrainiens de leurs foyers.

Cela peut expliquer pourquoi, lors d’une visite dans l’une de ces villes de l’Est, même le correspondant de la BBC a dû admettre – bien qu’à contrecœur – que certains Ukrainiens qu’il a interviewés semblaient considérer leur propre gouvernement, sous Zelensky, comme plus problématique que Poutine ou le Kremlin.

Cela nous ramène à la question de savoir pourquoi Zelensky pourrait être si désireux de modeler l’Ukraine sur Israël – et pourquoi un tel développement rendrait Moscou très nerveux.

Israël considère tous les Palestiniens sous sa domination – qu’ils soient citoyens à l’intérieur d’Israël ou sujets sous occupation militaire – comme une cinquième colonne potentielle, travaillant à détruire le « Grand Israël » de l’intérieur au nom de millions de Palestiniens supplémentaires de la diaspora et du monde arabe au sens large.

Ce récit ultra-nationaliste a sous-tendu le développement d’Israël en tant que forteresse ethnique hautement militarisée engagée à opprimer tous les Palestiniens restés à l’intérieur de ses murs, dans le but ultime de les chasser.

Pour quiconque n’est pas sous l’emprise du « choc des civilisations » du sionisme, du récit d’une guerre sans fin, ce qu’Israël a fait aux Palestiniens ressemble beaucoup à l’apartheid – la raison pour laquelle tant de groupes juridiques et de défense des droits ont récemment commencé à le dire à haute voix.

Mais alors qu’une grande partie du monde déplore de plus en plus le traitement réservé aux Palestiniens par Israël, les dirigeants ukrainiens donnent l’impression de croire que ce modèle d’apartheid extrême, ethno-nationaliste, est idéal pour l’Ukraine.

Ce qui, si cela se confirme, donnerait de la crédibilité – mais ne justifierait pas – certains des raisonnements de Poutine pour lancer une invasion : anticiper l’expulsion des communautés ethniques russes historiques d’Ukraine et leur remplacement aux portes de la Russie par ceux qui sympathisent avec l’idéologie néonazie du bataillon Azov.

Marée de sang à venir

Les experts occidentaux ont fait grand cas du fait que Zelensky était juif pour balayer les allégations d’un problème néonazi en Ukraine. Mais on ne sait pas quel contrôle le président ukrainien exerce sur ces milices, ni dans quelle mesure un ultra-nationalisme exprimé principalement en termes de haine véhémente de tout ce qui est russe se répand parmi les Ukrainiens, alors que la guerre fait des ravages.

Les cadavres qui jonchent les rues dans des endroits comme Bucha, et les vidéos montrant semble-t-il des Ukrainiens exécutant des prisonniers de guerre russes, sont des signes de la rapidité avec laquelle ces divisions deviennent encore plus toxiques, approfondissant le traumatisme de huit années de guerre civile.

Dans de telles circonstances, l’Occident devrait faire de son mieux pour imposer un cessez-le-feu des deux côtés le plus rapidement possible. Au lieu de cela, les États occidentaux attisent les flammes en inondant l’Ukraine d’armes pour intensifier les combats et augmenter le nombre de morts.

Même si l’Ukraine parvient finalement à chasser l’armée russe, les armes occidentales resteront entre les mains des Ukrainiens, y compris des milices comme le bataillon Azov.

Si le rêve de Zelensky de voir l’Ukraine devenir un « grand Israël » se réalise avec le départ des soldats russes, cela ne marquera très probablement pas la fin de l’effusion de sang, mais simplement un nouveau chapitre dans les souffrances endurées par l’Ukraine.

12 avril 2022 – Jonathan-Cook.net – Traduction : Chronique de Palestine