Le parti communiste est la seule force capable de défier le fascisme dans la société israélienne

Le porte-parole de la « Liste commune » Ayman Odeh entre dans un bureau de vote à Haïfa, le 17 mars 2015 - Photo : Akrm Drawshi/Activestills.org

Par Naim Mousa

L’effondrement de la « gauche sioniste » lors des dernières élections en Israël laisse Hadash et le Parti communiste comme seule force capable de s’opposer à la montée du fascisme.

Les résultats des dernières élections israéliennes n’ont peut-être surpris personne, du moins en ce qui concerne le retour de Netanyahu. Cependant, ils ont une double conséquence qui s’avérera déterminante pour l’évoluion future d’Israël et son impact sur la lutte des Palestiniens pour l’autodétermination nationale et l’égalité.

Premièrement, la montée, la légitimation et la normalisation de l’extrême-droite et de ses composantes fascistes changeront à jamais le paysage politique du pays.

Deuxièmement, l’effondrement complet et total – non, plutôt l’extinction – de la soi-disante « gauche sioniste » en Israël laisse le Parti communiste (le noyau du parti Hadash) comme seule force de gauche dans le pays et lui offre une occasion en or de diriger la gauche israélienne et palestinienne dans leur lutte contre le kahanisme et l’ultra-nationalisme en Israël.

Tout d’abord, il est important de noter que le sionisme en général est de droite. C’est une idéologie colonialiste qui a émergé en Europe à l’apogée de l’impérialisme et c’est fondamentalement une idéologie qui sert les intérêts de l’impérialisme occidental.

La montée de l’extrême droite israélienne moderne (ou plus précisément de l’extrême extrême-droite), qui s’est traduite par le fait que le parti du sionisme religieux dirigé par Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir est devenu le troisième parti le plus important de la Knesset (parlement israélien), trouve ses racines à la fin des années 1990 avec le premier mandat de Netanyahu comme Premier ministre de 1996 à 1999.

Durant cette période, il a mis en œuvre de nombreuses réformes néolibérales, visant à privatiser et à libéraliser les différents secteurs économiques du pays. Après son court mandat de Premier ministre, il a continué à mettre en œuvre ses réformes en tant que ministre des Finances de 2003 à 2005.

Cette tendance à la libéralisation du marché, à la privatisation et à la restriction des droits du salariat et aux pressions sur les institutions, s’est poursuivie jusqu’à la fin de son mandat de Premier ministre.

La libéralisation économique d’Israël sous Netanyahou est la principale cause de l’augmentation du coût de la vie en Israël, notamment en matière de logement.

Lorsque le coût de la vie commence à augmenter, les gens sont confrontés à deux alternatives : résister au système capitaliste qui les soumet à ces niveaux de vie, ou tourner leur colère vers les communautés marginalisées ou d’autres « ennemis étrangers ».

Il n’est donc pas surprenant que la libéralisation économique d’Israël corresponde à une augmentation des incitations des politiciens israéliens et du public contre les Palestiniens et d’autres minorités (comme la communauté éthiopienne).

La pénétration du capitalisme financier israélien dans tous les aspects de la vie économique et privée en Israël transforme ce pays en une société hyper-individualiste, où l’aliénation de la classe ouvrière atteint des sommets.

Les citoyens juifs et palestiniens ont été jetés dans une mêlée générale alors qu’ils luttent pour survivre dans cette réalité économique, qui a éliminé de nombreux canaux par lesquels la coopération judéo-arabe s’était construite au fil des ans, en particulier après les accords d’Oslo qui ont vu une interaction accrue entre les citoyens palestiniens et juifs d’Israël sur le plan économique et social.

Cette aliénation est très susceptible d’être exploitée par les partis de droite, dont l’incitation à la haine violente, raciste et sans complexe contre les Palestiniens est une distraction facile pour les personnes confrontées à des difficultés économiques.

Cela ne veut pas dire que la montée de l’extrême droite est déconnectée de l’enracinement de l’occupation, cependant.

La poursuite de l’occupation et de l’oppression du peuple palestinien entraînera inévitablement une résistance de sa part, ce qui permettra à la droite israélienne de poursuivre ses campagnes de haine contre lui, tout en continuant à mettre en œuvre ses politiques néolibérales dans le pays, lesquelles creusent les inégalités et poussent les masses laborieuses d’Israël encore plus loin dans la subordination au capital.

La montée de la droite juive-suprémaciste en Israël, dirigée par le Parti du pouvoir juif de Ben-Gvir, n’est pas seulement dangereuse pour les Palestiniens, mais aussi pour les Israéliens.

La droite israélienne dirigée par Netanyahu travaillera rapidement et agressivement à l’approfondissement de l’occupation, à l’incitation contre les Palestiniens et à l’expulsion forcée des Palestiniens de Jérusalem-Est et de toute la Cisjordanie occupée.

Mais cette politique permettra également au capitalisme israélien et au capital financier en général de continuer à se développer, de devenir plus centralisé et concentré entre les mains des entreprises israéliennes.

Les travailleurs israéliens ne feront que se radicaliser, car ils sont submergés par la haine et la violence vomies par des gens comme Ben-Gvir, et beaucoup s’inquiètent à juste titre de la menace qui pèse sur les institutions représentatives d’Israël (du moins dans les frontières de 1967). 

Il y a plusieurs leçons importantes à tirer de cette élection. Elles ont montré au monde entier que la « gauche sioniste » a pratiquement disparu de la politique israélienne. Le seul parti qui peut être considéré comme faisant partie de la « gauche » est le Meretz, et il y a cinq mois à peine, il a voté en faveur de l’extension de l’ordonnance d’urgence qui accorde aux colons juifs israéliens de la Cisjordanie occupée une gouvernance civile, alors que les Palestiniens de la même région sont soumis à un régime militaire.

Et pourtant, le Meretz n’a pas réussi à franchir le seuil électoral. En outre, le parti travailliste israélien, censé être de « centre-gauche » – le parti de David Ben-Gourion et d’Yitzhak Rabin, le parti qui a fondé l’État d’Israël – a reçu moins de voix que les deux listes arabes qui ont franchi le seuil électoral.

En d’autres termes, le public juif israélien a pratiquement abandonné ses mouvements de gauche (du moins ce qu’il en restait).

Nous devons également comprendre le rôle des citoyens palestiniens d’Israël dans les dernières élections, et l’échec de la Liste commune à construire une large coalition de gauche. 

La Liste commune était initialement composée de quatre des partis politiques à majorité palestinienne en Israël : Hadash, Balad, Ra’am et Ta’al. Lorsque la Liste commune a été créée en 2015 à l’initiative de Hadash, elle a suscité un immense espoir et un grand optimisme chez les citoyens palestiniens en permettant l’arrivée d’un bloc important à la Knesset israélienne pour contrer les partis sionistes, en particulier les partis de droite dirigés par Netanyahu.

Cette popularité a culminé en 2020, lorsque la Liste commune a obtenu un nombre historique de 15 sièges à la Knesset, conservant sa position de troisième parti au parlement. Cela était principalement dû à une augmentation significative de la participation électorale arabe, mais aussi au fait que Hadash s’était assuré des votes de la communauté juive, de nombreux électeurs juifs-israéliens cherchant une alternative à la « gauche sioniste » défaillante.

Cependant, le parti islamique Ra’am s’est séparé de la Liste commune en 2021 et a choisi de rejoindre la coalition israélienne au pouvoir qui a lancé une guerre contre Gaza et a brutalement réprimé les citoyens palestiniens d’Israël qui manifestaient contre ce bain de sang.

En outre, Balad et Ta’al n’ont pas encore prouvé leur capacité à se présenter seuls aux élections israéliennes et, dans le cas de Balad, ont exigé de prendre la direction au sein de la Liste commune, ce qui n’était pas proportionnel aux voix qu’ils apportaient à la coalition. 

Tous ces facteurs ont conduit à la fin de la Liste commune lors de ces dernières élections.

Cependant, malgré l’éclatement de la Liste commune et l’incitation continue à la haine par l’extrême droite israélienne, les électeurs arabes ont surpris tout le monde en augmentant leur participation d’environ 10 points par rapport aux élections précédentes, ce qui a permis à Ra’am et Hadash-Ta’al d’obtenir 5 sièges chacun.

Hadash a prouvé une fois de plus sa capacité à mobiliser les citoyens palestiniens, tandis que Balad a gaspillé un nombre considérable de voix en n’atteignant pas le seuil de représentation, alors que ces voix auraient pu contribuer à une voix commune plus forte au parlement.

La trahison de Ra’am envers le mouvement palestinien en rejoignant la coalition gouvernementale sortante et le pari politique injustifiable de Balad auront un impact sur leur légitimité aux yeux des citoyens palestiniens.

Au lendemain de l’élection, il est clair que Hadash est le seul parti de la communauté palestinienne capable de construire une large coalition palestinienne. Le Parti communiste d’Israël (PCI, qui constitue le noyau de la liste Hadash, a joué un rôle central en Israël dans l’organisation et la mobilisation des citoyens palestiniens d’Israël et du mouvement de gauche plus largement dans le pays.

Le PCI a été et reste le seul parti commun juif-arabe en Israël depuis sa création en 1948. En tant que tel, c’est le seul parti en Israël qui a été exclusivement mis en place pour mobiliser les citoyens palestiniens et juifs d’Israël dans la lutte contre la montée de l’ultra-nationalisme en Israël. 

Hadash et le Parti communiste ont une voie limipde devant eux. L’effondrement lamentable de la « gauche sioniste » a créé un vide au sein du mouvement de gauche en Israël qui doit être comblé de toute urgence par le Parti communiste et Hadash.

Leur plate-forme économique vise à éliminer le néolibéralisme en Israël, ce qui trouve un écho dans la classe ouvrière juive, et aucun des autres partis arabes – ni même le parti travailliste ou le Meretz – n’a de position économique forte concernant les conditions économiques de la classe ouvrière en Israël, tant juive que palestinienne.

Alors que l’extrême droite continue de faire main basse sur Israël, le Parti communiste d’Israël est la seule force encore debout prête à lui faire face.

12 novembre 2022 – MondoWeiss – Traduction : Chronique de Palestine

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