De la nécessité de la démocratie dans notre lutte

Ismaïl Haniyeh, responsable du bureau politique du mouvement Hamas (résistance islamique) - Photo : archives Info-Palestine.eu

Par Ismaïl Haniyeh

Les élections doivent être un point d’entrée et un moyen d’atteindre un but qui dépasse le vote lui-même.

Nous participons actuellement au dialogue du Caire avec nos frères du mouvement Fatah et le reste des organisations palestiniennes et des personnalités nationales.

Notre délégation est soutenue par une volonté et une détermination qui ne connaissent aucune hésitation pour parvenir à un accord général. Depuis ma position à la présidence du mouvement Hamas et à travers des échanges directs avec tout notre peuple, je voudrais ici détailler la position et la vision que nous poursuivons dans cette voie prometteuse vers l’unité, le partenariat et la libération nationale.

Le mouvement Hamas s’est fixé comme objectif principal dans sa lutte continue contre l’occupation sioniste : la libération de notre peuple des chaînes de l’occupation et la réalisation de son droit de libérer toutes les terres palestiniennes et de parvenir à l’autodétermination pour vivre dans la liberté et la dignité.

L’objectif inclut que dans leur futur État, avec Jérusalem comme capitale après être retournés sur leurs terres d’où ils ont été déplacés, les Palestiniens construiront leur système politique basé sur la justice et la démocratie.

Étant donné que les élections sont l’une des formes permettant au peuple d’exercer son droit de choisir ses représentants dans divers organes, institutions et postes de direction, leur conduite et leurs pratiques démocratiques sont l’un des principes de l’activité politique du Hamas, que ce soit au sein de sa propre structure ou dans la situation politique générale palestinienne.

Notre peuple a suivi de près la première étape des élections internes du Hamas à Gaza et comment le mouvement a démontré son engagement en faveur d’élections régulières, dans le cadre d’une concurrence loyale et du respect de la volonté de ses membres de choisir des institutions consultatives et exécutives.

La même chose a été faite dans les prisons, et elle se poursuivra comme prévu en Cisjordanie et à l’étranger.

Le Hamas croit au renforcement de l’unité nationale et à la possibilité de tourner la page de la division en tant que point d’entrée essentiel pour maximiser l’autogestion politique des Palestiniens et comme étape essentielle pour mobiliser les forces des nations arabes et islamiques afin de vaincre les projets d’expansion sioniste dans la région.

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En ces temps où les puissances régionales et internationales se disputent la première place pour légitimer l’occupation de nos terres, [les sionistes] veulent imposer un État hégémonique dans la région en signant des accords de normalisation qui ignorent nos droits fondamentaux et remodèlent la définition des amis et des ennemis dans la région en contredisant l’Histoire et les faits géographiques.

Ces élections ouvrent la porte au choix d’une nouvelle direction palestinienne, légitime, capable de s’engager dans un processus politique pour résoudre le conflit et qui garantisse les droits des Palestiniens, en avançant aussi comme objectif la sécurité et la stabilité dans la région et à travers le monde.

Pour le Hamas, la participation de notre peuple aux élections, tant ceux qui vivent à l’intérieur du territoire palestinien qu’à l’extérieur dans la diaspora, remet sur le devant de la scène notre espoir de réaliser notre rêve de liberté, d’indépendance et de retour sur nos terres.

Le Hamas a activement pris part à la vie syndicale et aux processus électoraux dans le monde étudiant, croyant en la centralité de l’idée de changement et obtenant une position forte par le biais des urnes. Nous avons pris des positions positives lors des différentes élections demandées par l’Autorité palestinienne et avons participé aux élections municipales de 2005, d’où nous sommes sortis avec d’excellents résultats.

Nous avons remporté la majorité des sièges aux élections du conseil législatif de 2006, qui ont été certifiés équitables et transparentes par les institutions régionales et internationales.

Avec le début des pourparlers avec le Fatah sur la tenue d’élections fin 2019, le Hamas a fait de nombreuses concessions pour ouvrir la voie à la tenue des prochains scrutins. De nombreuses factions et organisations palestiniennes ont accueilli favorablement ces positions.

Bien que les organisations impliquées aient présenté une initiative connue sous le nom de « Initiative des huit organisations » en septembre 2019 – que le Hamas a approuvée – le processus n’a pas commencé pour des raisons que je ne mentionne pas ici. Il y avait un besoin urgent d’unifier la position palestinienne, car la pression américaine pour mettre fin à la question palestinienne par le sinistre Accord du siècle était à son niveau le plus féroce.

Néanmoins, la position du Hamas sur les élections est restée positive. Le mouvement a progressé à grands pas et a fait preuve d’une grande flexibilité, ouvrant de larges horizons pour le lancement des processus électoraux et la publication de décrets d’élection présidentielle.

Conduite à tenir pour aller au bout du processus électoral

Avec le début du processus électoral, le Hamas a souligné le fait qu’il devrait être précédé d’un dialogue national sérieux et responsable qui établisse une feuille de route pour aller au terme du processus électoral dans ses trois étapes : le conseil législatif, la présidence et le conseil national.

Un dialogue doit être activé pour surmonter les obstacles qui peuvent entraver cette voie nationale et pour que chacun assume ses responsabilités historiques. Les élections donnent au peuple palestinien les moyens d’exercer son droit inhérent de choisir ses représentants pour divers organes représentatifs et de direction, ne permettant en aucune façon la confiscation de leur volonté ni de passer ses choix sous silence.

Le Hamas a mis en œuvre de manière honnête et responsable les résultats du premier tour de dialogue. Nous exprimons également notre satisfaction face à l’esprit positif de nos frères à la direction du mouvement Fatah. Le Hamas est tout à fait prêt à aller au bout du processus de dialogue et à mettre en œuvre ce qui a été convenu au niveau national pour achever cette démonstration de démocratie au profit du peuple palestinien.

Le Hamas veut que ces élections soient un début pour mettre de l’ordre dans la maison palestinienne et reconstruire un système politique qui réponde aux défis, pour qu’aucun différend politique ultérieur ne puisse se développer et s’enraciner.

Au contraire, notre système politique devrait être en mesure d’absorber efficacement les différents et les désaccords qui peuvent survenir, et de faire face aux changements qui affectent la situation politique au niveau des comportements et des institutions.

Pour atteindre l’ensemble des objectifs nationaux de ces élections, le Hamas a défini sa préférence pour participer aux élections législatives par l’établissement d’une liste nationale unifiée qui comprenne le plus large spectre politique national basé sur la préservation des droits nationaux, tels que confirmés par le document d’accord national et les résultats de la réunion des secrétaires généraux des organisations palestiniennes.

Ensuite, sur la base de la loi palestinienne un gouvernement d’unité peut être formé, auquel tous devraient participer, même les forces qui n’ont pas pris part aux élections au conseil législatif, afin que ce gouvernement puisse gérer le reste du processus électoral, superviser l’élimination de tous résidus de la division, et adopter une voie pour une véritable réconciliation interne qui englobe toutes les composantes.

Il n’est pas possible de parler de rétablir et de consolider la situation palestinienne sans inclure toutes les composantes de notre peuple, qu’il s’agisse des réfugiés ou de la diaspora. Un accord limité à notre peuple à l’intérieur de la Palestine ne peut être accepté.

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La diaspora palestinienne fait partie intégrante de notre peuple, et elle a payé le prix de son expulsion de ses terres depuis des décennies. Elle est au cœur du droit sacré au retour et constitue l’un des aspects les plus critiques du conflit avec l’occupation.

Un nouveau conseil national

En conséquence, le Hamas estime que les élections devraient aboutir à la formation d’un nouveau conseil national, comme point de départ pour reconstruire l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

En tant que représentante de tous les Palestiniens, cette organisation doit reposer sur des bases démocratiques et renouveler ses institutions par le partenariat et l’inclusion de toutes les factions de notre peuple. En outre, elle doit gérer le conflit politique avec la puissance occupante, porter la cause palestinienne dans tous les forums et agir conformément au cadre national général.

Après avoir achevé le processus de construction du système politique au niveau de l’Autorité palestinienne et de l’OLP à travers les élections, nous devons inclure toutes les organisations, les institutions élues et les organes communautaires à l’étape la plus importante – qui constitue l’un des objectifs des divers processus électoraux – c’est-à-dire la formulation d’une stratégie de lutte globale, unifiée et intégrée pour atteindre les objectifs de notre peuple, à savoir la libération et le retour dans nos foyers.

Cette stratégie doit être basée sur le principe de la résistance sous ses diverses formes et en utilisant tous les outils de lutte dont nous disposons, y compris la résistance armée, en mettant à ce stade l’accent sur la résistance populaire.

Dans ce cadre stratégique, les responsabilités doivent être redistribuées, compte tenu des capacités de chaque parti et institution, de sa spécialisation et de sa capacité dans les différents domaines, pour former un creuset où fusionnent toutes les énergies de notre peuple, et en la capacité duquel nous avons confiance pour atteindre nos objectifs.

Sur cette base, le Hamas estime que les élections générales à ses différentes étapes sont une voie nationale sérieuse et un espace pour rétablir la situation palestinienne d’une manière véritablement participative, dans laquelle la volonté du peuple est suprême et conditionne notre activité à toutes les étapes pour suivre cette voie. Nous rejetterons chaque initiative qui perturbe ou obstrue ce chemin.

Il y a un débat parmi les élites politiques sur l’efficacité des élections. Est-ce un moyen de mettre fin à la division pour parvenir à l’unité ou est-ce une source de division supplémentaire ?

Chaque opinion a ses raisons, mais dans la situation dans laquelle nous vivons, nous ne prenons pas forcément une position conventionnelle, d’autant plus que nous avons tenté depuis le début de la division toutes les options et méthodes.

Alors, que les élections soient un point de départ et un moyen pour parvenir à une fin qui dépasse les élections elles-mêmes !

Notre tâche aujourd’hui ne se limite pas à la manière dont cette voie évolue, mais plutôt à la manière dont cette voie réussit, et nous procédons avec sincérité et engagement pour mettre en œuvre tout ce qui a été décidé. Nous avons maintenant « franchi notre Rubicon » et nous ne reviendrons jamais en arrière.

* Ismaël Haniyeh est à la tête du bureau politique du Mouvement de la résistance islamique (Hamas).



23 mars 2021 – Hamas.ps – Traduction : Chronique de Palestine