Israël ? Un état-voyou

Photo : Faiz Abu Rmeleh/ActiveStills
Haïfa, 18 juillet 2014 - La police israélienne se saisit violemment d'un manifestant alors que des Palestiniens vivant en Israël protestent contre l’attaque israélienne sur Gaza - Photo : Faiz Abu Rmeleh/ActiveStills

Par Asa Winstanley

La semaine dernière, l’administration du président américain Donald Trump a annoncé qu’elle imposait des sanctions économiques au procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI).

Le décret a été annoncé par le secrétaire d’État Mike Pompeo, qui a déclaré que les États-Unis « Ne toléreront pas les tentatives illégitimes [de la CPI] de soumettre les Américains à sa juridiction. »

C’est la réponse agressive des États-Unis aux enquêtes annoncées par la Cour sur les crimes de guerre américains en Afghanistan, et les crimes de guerre israéliens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Ces enquêtes de la CPI n’en sont encore qu’à leurs débuts, mais les États-Unis ont déjà réagi de manière draconienne afin d’échapper à la justice.

Ils ont également fait en sorte de protéger Israël, l’un des pays qui commettent les pires violations des droits de l’homme au monde, mais un allié clé.

La nouvelle initiative de l’administration Trump a été décrite par ma collègue Maureen Murphy de The Electronic Intifada comme « l’option nucléaire » de Trump contre le tribunal international.

La CPI a été créée dans le but que les auteurs de violations des droits de l’homme dans le monde entier puissent avoir à rendre des comptes dans les termes les plus concrets – en étant pas seulement condamnés, mais réellement jugés et emprisonnés pour leurs crimes.

Mais jusqu’à présent, la Cour n’a pas réussi à se montrer à la hauteur de ce noble idéal. Jusqu’à présent, elle n’a poursuivi que des ressortissants africains.

Dès que le tribunal a été créé, les États-Unis ont choisi d’en rester à l’écart. En tant que première superpuissance mondiale depuis au moins 1945, les États-Unis sont le premier auteur de crimes de guerre au monde.

La série presque interminable de guerres impérialistes menées par les États-Unis pour le contrôle et la domination du monde a été la cause directe de millions de morts.

En aidant à soutenir, financer, former, armer et encourager un régime raciste et violent tel qu’Israël, l’empire américain est aussi un ordre mondial de torture et d’injustice – tout comme l’était l’empire britannique avant lui.

Il n’est donc pas surprenant de constater qu’une grande partie de l’impulsion donnée aux sanctions américaines contre la CPI est la décision de la Cour (enfin… après de longues années de tergiversations) de poursuivre Israël pour ses crimes de guerre.

Le régime sioniste jouant un rôle idéologique clé dans l’ordre mondial américain, les administrations américaines successives ont augmenté le niveau de soutien du pays à Israël – en particulier au cours des décennies qui ont suivi 1967.

Trump ne fait pas exception à cette règle. Il n’est que le dernier exemple de la même tendance : tous les présidents américains successifs – qu’ils soient démocrates ou républicains – parviennent à être plus pro-israéliens que le précédent. Joe Biden, s’il parvient à remporter les prochaines élections – ce qui n’est nullement garanti – ne s’opposera certainement pas à cette tendance. Il sera encore plus pro-israélien que Trump.

Lorsque Biden était vice-président, après tout, le président Barack Obama a conclu sa dernière année de mandat en engageant une aide militaire stupéfiante de 38 milliards de dollars à Israël pour la décennie suivante.

Le niveau de fanatisme américano-israélien contre la CPI, et la perspective de devoir répondre de leurs actes de violence, est assez stupéfiant.

Dans les Palestine Papers, l’ancienne ministre israélienne de la « Justice », Tzipi Livni, a déclaré de manière infâme : « Je suis avocate… mais je suis contre le droit – le droit international en particulier. Le droit en général ».

La directrice du groupe juridique du Mossad, Shurat HaDin, a un jour appelé Israël à envahir littéralement La Haye en représailles, suite aux tentatives des avocats de traduire en justice son personnel militaire.

Israël devrait : « Utiliser toute la force nécessaire pour résister à toute tentative d’arrestation des officiers de l’armée israélienne accusés de crimes de guerre partout dans le monde. Il faut faire comprendre aux pays étrangers que nous ne rigolons pas », a écrit Nitsana Darshan-Leitner dans un journal israélien.

La menace de devoir faire face à leurs crimes devant un tribunal est très réelle pour les officiers israéliens. Ils sont très conscients du danger.

Jusqu’à ce que les pays européens commencent à réécrire leurs lois sur la juridiction universelle afin de protéger Israël, il n’était pas rare que les criminels de guerre israéliens doivent éviter des endroits comme Londres.

Il y a quinze ans cette semaine, Doron Almog, un ancien général de l’armée israélienne, a dû faire demi-tour et s’enfuir à Tel-Aviv après avoir atterri à Londres pour participer à des conférences.

La police britannique avait prévu de l’arrêter pour une affaire de crimes de guerre, mais d’une manière ou d’une autre, l’ambassade israélienne a été avertie et lui a conseillé de ne pas quitter l’avion. On ne sait toujours pas qui a livré cette information aux Israéliens.

Un juge avait décidé qu’il devait répondre de son rôle dans la direction des forces d’occupation israéliennes qui imposaient un régime militaire brutal aux Palestiniens de la bande de Gaza, pendant les premières années de la seconde Intifada.

Almog a supervisé la destruction violente et systématique par bulldozer de nombreuses maisons palestiniennes dans la bande de Gaza, écrasant même des gens à mort dans le processus, y compris la militante de solidarité américaine Rachel Corrie.

Quelques années après avoir fui l’aéroport d’Heathrow, des journalistes ont révélé que la police britannique avait pris la décision de ne pas monter à bord de l’avion uniquement parce qu’elle craignait de se faire tirer dessus par le personnel israélien armé qui protégeait Almog.

Il est grand temps que l’impunité israélienne, américaine et britannique prenne fin.

Asa Winstanley * Asa Winstanley est un journaliste indépendant basé à Londres qui séjourne régulièrement dans les TPO. Son premier livre “Corporate Complicity in Israel’s Occupation” est publié chez Pluto Press. Voir son site web


12 septembre 2020 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine

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