Hassan Rouhani : « L’ère de la domination et de l’hégémonie est révolue »

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Le président de la République islamique d'Iran, Hassan Rouhani - Photo : www.president.ir

Par Hassan Rouhani

Discours du président iranien Hassan Rouhani, à la 75e assemblée générale des Nations Unies.

Au nom de Dieu, le compatissant, le miséricordieux
Loué soit Dieu tout-puissant, et la paix et la bénédiction à son prophète, à sa famille et à ses compagnons.

Monsieur le Président
Je suis ravi de vous féliciter, en tant que représentant de notre fraternel voisin, la Turquie, pour votre élection bien méritée à la présidence de la soixante-quinzième session de l’Assemblée générale des Nations unies. Permettez-moi de vous souhaiter, ainsi qu’à l’honorable Secrétaire général et à tous vos collègues, tous les succès dans vos efforts pour réaliser les buts et objectifs des Nations unies.

Excellences
Les peuples du monde, qui avaient pris pour acquis les bénédictions de Dieu en matière de santé et de sécurité, ont été soudainement secoués par l’épidémie de Covid-19. Malgré sa petite taille, le Covid-19 a réussi à remettre si sérieusement en question la gestion mondiale et la gouvernance nationale, que la plus importante assemblée au monde se réunit virtuellement par vidéoconférence.

Le Covid-19 est aujourd’hui une « douleur commune » pour l’humanité, grâce à la croissance rapide de la science, de la technologie et des médias. Cette peine commune a démontré qu’en dépit de tous les progrès, notre ignorance en tant qu’êtres humains dépasse de loin nos connaissances. Le Covid-19 nous appelle à plus d’humilité et de modestie devant le Tout-Puissant et la Vérité de la Création. Il oriente les sociétés humaines vers la piété civile en poussant à l’éthique sociale et individuelle ainsi qu’en prévenant la dégradation de l’environnement et la manipulation de la nature et l’ingérence sans entrave dans la Création.

Ce fléau universel qui a franchi les frontières artificielles du pouvoir et de la richesse nous rappelle, une fois de plus, en tant que membres de la société humaine, qu’il serait impossible de faire face aux problèmes mondiaux communs sans une participation mondiale.

Nous vivons tous des moments difficiles dans le monde entier durant cette pandémie. Cependant, ma nation, le peuple iranien résilient, au lieu de bénéficier d’un partenariat et d’une coopération au niveau mondial, est aux prises avec les sanctions les plus sévères de l’histoire, imposées en violation flagrante de la Charte des Nations unies, des accords internationaux et de la résolution 2231 du Conseil de sécurité.

Les images diffusées dans le monde entier concernant le traitement d’un Afro-Américain par la police américaine nous rappellent notre propre vécu. Nous identifions instantanément les pieds appuyés sur le cou comme les pieds de l’arrogance sur le cou des nations indépendantes. Pendant des décennies, la vaillante nation iranienne a payé un prix aussi élevé pour sa quête de liberté et sa libération de la domination et du despotisme.

Cependant, la nation iranienne a non seulement résisté à la pression, mais elle a prospéré et progressé tout en poursuivant avec persévérance son rôle historique et civilisationnel d’axe de paix et de stabilité, de précurseur du dialogue et de la tolérance et de champion de la lutte contre l’occupation et l’extrémisme :

* Nous avons soutenu le peuple d’Afghanistan contre l’occupant soviétique, les seigneurs de guerre nationaux, les extrémistes, les terroristes d’Al-Qaida et l’occupant américain. Et nous avons joué un rôle central dans tous les processus de paix et de réconciliation, qu’il s’agisse de la conférence de Bonn de 2001 ou d’initiatives régionales.

* Au milieu des années 1980, nous avons appelé à des arrangements de sécurité collective dans le golfe Persique, alors même que toutes les puissances mondiales et régionales soutenaient la « guerre des pétroliers » de Saddam Hussein.

* En 2013, nous avons proposé un plan d’action intitulé « Un monde contre la violence et l’extrémisme » (WAVE), qui a été adopté à l’unanimité par cette Assemblée. En 2018, nous avons proposé un pacte de non-agression à nos voisins et en 2019 nous avons présenté HOPE (Hormuz Peace Endeavor) à cette Assemblée générale, une initiative pour renforcer la paix et la stabilité dans le Golfe persique.

* Nous avons été le premier pays de la région à soutenir le peuple et le gouvernement du Koweït contre l’occupation par Saddam ; et c’est l’Iran qui a fait échouer son rêve de dominer tous ses anciens alliés arabes.

* Nous nous sommes tenus aux côtés du peuple irakien contre la tyrannie de Saddam, l’occupation américaine et la sauvagerie de Daesh. Nous avons soutenu tous les Irakiens, qu’ils soient kurdes ou arabes, sunnites ou chiites, yazidis ou chrétiens, et nous avons soutenu les réalisations démocratiques du peuple irakien depuis le Conseil de gouvernement en 2003 jusqu’à tous les gouvernements élus depuis.

* Nous nous sommes tenus aux côtés du peuple syrien contre des dizaines de groupes terroristes Takfiri, de séparatistes et de combattants étrangers. Nous avons présenté notre plan de paix en quatre points, centré sur l’autodétermination du peuple syrien, en 2013, alors que d’autres cherchaient une solution militaire. En 2016, nous avons créé le processus d’Astana – en partenariat avec la Russie et la Turquie – visant à atteindre la paix et la stabilité politique en Syrie.

* Nous avons soutenu le peuple et le gouvernement du Liban contre les occupants sionistes, les bellicistes nationaux et les comploteurs étrangers.

* Nous n’avons jamais ignoré l’occupation, le génocide, les déplacements forcés et le racisme en Palestine et nous n’avons jamais conclu d’accord sur la Sainte al-Quds et les droits fondamentaux du peuple palestinien. Et en 2012, nous avons présenté une solution démocratique par le biais d’un référendum en Palestine.

* Nous avons demandé avec véhémence que justice soit rendue au peuple assiégé du Yémen et avons présenté un plan de paix en quatre points au début des hostilités en 2015.

* Nous nous sommes battus seuls contre les extrémistes et les terroristes de Daesh – qui prétendaient se battre pour l’Islam – dans cette région sensible du monde, afin que la communauté internationale reconnaisse le vrai visage de l’Islam : l’Islam modéré et rationnel, et non l’extrémisme et la démagogie. Notre héros assassiné, le général martyr Suleimani, était le champion de la lutte contre l’extrémisme violent au Moyen-Orient et s’est battu pour protéger tous les citoyens de cette région – religieux ou laïques, musulmans ou chrétiens, chiites ou sunnites – contre les réactionnaires médiévaux.

* Et en 2015, nous avons signé le JCPOA, le considérant comme l’un des plus grands accomplissements de l’histoire de la diplomatie, et nous y sommes restés fidèles malgré les violations persistantes des États-Unis.

Monsieur le Président
Une telle nation ne mérite pas de sanctions. La réponse à la paix n’est pas la guerre. La récompense pour la lutte contre l’extrémisme n’est pas l’assassinat. La réaction au choix des gens par les urnes en Iran, en Irak et au Liban n’est pas étrangère à l’agitation et au soutien de processus non démocratiques et d’émeutes de rue.

Les paroles et les revendications ne sont pas ce qui nous importe, et voici les faits :

* Ils prétendent être venus dans notre région pour combattre Saddam Hussein, le monstre même qu’ils ont eux-mêmes créé, entretenu et financé dans sa guerre imposée contre l’Iran, en l’équipant d’armes chimiques et de la machine de guerre la plus sophistiquée.

* Ils se vantent de lutter contre le terrorisme et contre Daesh, alors que c’est eux qui ont créé ce réseau de terreur. Et ils ont l’audace d’attendre une gratitude régionale pour un tel comportement.

* Ils nous accusent – sans aucun fondement – d’essayer de construire des armes nucléaires, et ils imposent des sanctions à d’autres sous prétexte de prolifération nucléaire. Et ce, alors qu’ils ont l’infamie d’être le seul utilisateur de bombes atomiques dans l’histoire de l’humanité ; et alors que le seul possesseur d’armes nucléaires en Asie occidentale dirige leur comédie de la non-prolifération.

* Ils parlent des droits de l’homme, alors qu’ils ont ciblé – par leur « pression maximale » – la santé, le bien-être et même le droit à la vie de tous les Iraniens.

* Ils sont directement impliqués, avec leurs complices régionaux, dans tous les cas d’occupation, de guerre et d’agression, que ce soit en Palestine, en Afghanistan, au Yémen, en Syrie, en Irak, au Liban, en Libye, au Soudan ou en Somalie. Pourtant, ils accusent l’Iran de leurs propres défaites inévitables face à la volonté des peuples de la région.

* Ils ont vendu des centaines de milliards de dollars d’armes à leurs clients, transformant ainsi notre région en un véritable baril de poudre. Pourtant, ils tentent en vain de priver l’Iran de ses exigences minimales en matière de défense et font fi du droit international et du consensus mondial, dans le but d’étendre les restrictions sur les armes à l’encontre de l’Iran, en violation de la lettre de la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Je tiens ici à exprimer notre gratitude aux présidents du Conseil de sécurité pour les mois d’août et de septembre 2020, ainsi qu’à treize de ses membres – en particulier la Russie et la Chine – qui ont par deux fois dit un « NON » décisif et retentissant à la tentative illégale des États-Unis d’exploiter le Conseil et sa résolution 2231.

C’est une victoire non seulement pour l’Iran, mais aussi pour la communauté mondiale – pendant la période de transition de l’ordre international dans le monde post-occidental – qu’un aspirant à l’hégémonie soit humilié dans un tel isolement dont il est l’unique responsable.

Mesdames et Messieurs
Où peut-on trouver un précédent permettant à un gouvernement de revenir, sans aucune raison, sur le résultat de 13 années de pourparlers multilatéraux – auxquels son prédécesseur a également participé -, de violer sans vergogne une résolution du Conseil de sécurité et même de punir d’autres personnes pour s’être conformées à une résolution du CSNU ? Et prétendre simultanément rechercher des négociations et un « important accord » ?

Les États-Unis ne peuvent nous imposer ni négociations, ni guerre. La vie est dure sous les sanctions. Mais plus difficile encore est la vie sans indépendance.

La liberté politique chez nous est importante. Nous – en tant que plus ancienne démocratie du Moyen-Orient – sommes fiers que notre peuple détermine son destin et nous n’échangerons pas la liberté intérieure contre une ingérence étrangère. La démocratie est le droit souverain d’une nation, et non le droit d’ingérence d’un pouvoir étranger – encore moins d’un pouvoir étranger terroriste et interventionniste qui reste captif des illusions du 19 août 1953, lorsque ses prédécesseurs ont renversé la seule démocratie du Moyen-Orient par un coup d’État.

La dignité et la prospérité de notre nation sont essentielles pour nous ; et elles sont atteintes grâce à une diplomatie qui s’appuie sur la volonté nationale couplée à la résilience.

Nous ne sommes pas une monnaie d’échange dans les élections et la politique intérieure des États-Unis. Toute administration américaine après les prochaines élections n’aura d’autre choix que de se soumettre à la résistance de la nation iranienne.

Et pour le monde : Aujourd’hui, il est temps de dire « non » à l’intimidation et à l’arrogance. L’ère de la domination et de l’hégémonie est révolue depuis longtemps. Nos nations et nos enfants méritent un monde meilleur et plus sûr, fondé sur l’État de droit.

L’heure est venue de faire le bon choix.

Je vous remercie de votre attention.

22 septembre 2020 – President.ir – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah